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150 M$ pour régler une dispute historique entre la Tribu des Blood et Ottawa

Un homme aux cheveux gris regarde la caméra d'un air sérieux.
Selon Martin Heavy Head, le montant de l'entente proposée représente moins de la moitié des pertes encourues par la Tribu des Blood. Mais il encourage les membres à l'accepter. Photo: Radio-Canada / Reid Southwick
Radio-Canada

Les membres de la Tribu des Blood de l'Alberta indiquent qu'ils sont arrivés à une entente de 150 millions de dollars avec le gouvernement fédéral pour régler une affaire qui a eu de graves conséquences sur leur économie, disent-ils, au début du XXe siècle.

L’entente proposée vise à dédommager la Première Nation pour les pertes encourues lorsque le fédéral s’est emparé d'un troupeau de bétail de 7500 bêtes qui leur appartenait dans les années 1900.

Si elle est acceptée, chaque membre recevra 2000 $, et les fonds qui restent seront placés dans une fiducie qui permettra de financer des projets d’infrastructure pour la réserve.

Une rangée de maisons saupoudrées de neige. L'argent de l'entente servira notamment à construire de nouvelles maisons, qui sont nécessaires, selon les membres de la bande. Photo : Radio-Canada / Reid Southwick

Un conseiller de la Tribu des Blood affirme que c’est « de loin » leur plus grande entente financière avec Ottawa.

« Le règlement de cette demande reflète l'engagement du Canada pour la réconciliation et sa volonté de réparer les torts historiques causés aux Premières Nations et qui sont le sujet de plaintes spécifiques », peut-on lire dans l’entente.

Parmi les conditions, la Tribu des Blood doit accepter de retirer sa poursuite contre le gouvernement.

Ottawa a manqué à sa promesse, dit la communauté

Selon les documents de la poursuite, la Première Nation a accepté à la fin du XIXe siècle de partager ses terres en échange de ressources, d’expertise et d’éducation, ce qui leur allait leur permettre de « commencer une transition vers une nouvelle économie et un nouveau mode de vie », après l’extinction de leurs troupeaux de bisons.

La Tribu des Blood voulait commencer à s’occuper du bétail, mais Ottawa a manqué à sa promesse du Traité no 7 de leur fournir des animaux, selon la poursuite. Les membres ont dû échanger leurs propres chevaux pour des vaches et élever les animaux seuls. En 1906, ils avaient rassemblé 7500 bêtes.

Des vaches dans un champ en SaskatchewanLa Tribu des Blood accuse le gouvernement d'avoir détruit son économie lorsqu'il s'est emparé de son troupeau de bétail. Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

C’était avant que le gouvernement fédéral ne s’empare de leur troupeau. La poursuite n’explique pas pourquoi Ottawa a pris possession de leurs bêtes, mais l’historien Hugh Dempsey estime que c’est parce que le gouvernement croyait qu’il savait mieux s’en occuper que la communauté.

« Le gouvernement est intervenu et a dit : "On va s’en occuper. On reconnaît que ces vaches sont à vous, elles portent vos marques, mais elles vont faire partie d’un troupeau plus large qui sera géré par le gouvernement" », explique Hugh Dempsey.

Dans la poursuite, la Première Nation reproche notamment à Ottawa d’avoir laissé les bêtes mourir de faim et de les avoir vendues à la moitié de leur valeur, parfois sans le consentement des membres de la Tribu des Blood.

« Ils avaient un pouvoir absolu sur nous, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient », déplore le conseiller de bande Martin Heavy Head.

Ils ont détruit toute l’économie de la Tribu des Blood, parce qu’à l’époque, l’agriculture était l’économie [principale].

Martin Heavy Head, conseiller de la Tribu des Blood

Aucune des accusations portées par la communauté n’a été prouvée en Cour parce que le dossier a été suspendu. En 2000, deux ans après le début de la poursuite, la Première Nation a essayé de régler le différend par un processus de revendications spécifiques mis sur pied par le gouvernement.

Ça n’a rien donné jusqu’au début du mois, quand la Première Nation a révélé qu’elle avait atteint une entente de 150 millions de dollars avec Ottawa.

Le gouvernement fédéral a refusé de commenter cette entente spécifique, mais il indique qu’en général le fait de régler ces disputes avec les Autochtones permet de « réparer des torts historiques, de rétablir des relations et de faire avancer la réconciliation, ce qui est à l’avantage de tous les Canadiens ».

2000 membres doivent voter

Pour que l’entente soit ratifiée, au moins un quart de la communauté, soit 2000 personnes, devra voter le 11 mars. Un bureau de vote sera situé dans la réserve, et un autre, dans un hôtel du sud-est de Calgary.

Selon Martin Heavy Head, la valeur de la compensation représente moins de la moitié des dommages encourus, mais Ottawa a imposé une limite à ce qu’il est prêt à payer.

Il encourage les membres à voter en faveur de l’entente.

« Au lieu de retourner à la case départ, de recommencer les négociations et de travailler 20 ans de plus, ou aussi longtemps que ça prendrait, on doit accepter cette limite », dit-il.

Un homme à lunettes regarde la caméra. Derrière lui, des champs enneigés.Harvey Sweetgrass s'inquiète que l'argent de l'entente ne soit pas utilisé correctement. Photo : Radio-Canada / Reid Southwick

Toutefois, Harvey Sweetgrass, un membre de la réserve, hésite.

« Cet argent sera très utile s’il est bien géré et s’il est distribué au bon endroit, dit-il. On a eu des ententes dans le passé et elles n’ont rien donné. Les gens votent oui et donnent l’occasion aux leaders de le faire, mais ça ne fonctionne pas vraiment comme on l’avait prévu. »

Don Bottle, qui vit lui aussi dans la communauté, encourage ses concitoyens à se prononcer en faveur de l'entente.

« Ça créerait des emplois et ça améliorerait la vie des gens en leur donnant des fonds [...] pour acheter ce dont ils ont besoin pour leurs maisons, leurs enfants, dit-il. On a besoin de moderniser nos bâtiments. Ce serait super d’avoir un casino dans la réserve et un motel pour permettre à nos gens de travailler. »

« En plus, ça [aiderait] l'ensemble de la communauté pour qu’on puisse avoir ce que nos ancêtres auraient dû obtenir dans le passé. »

D'après des informations de Reid Southwick, CBC

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