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Vivre avec un bébé dans un centre pour sans-abri

Des jouets, un siège pour bébé, des sacs dans une pièce commune

En plus d'accueillir des itinérants, l'Auberge du coeur L'Envolée offre des services à des mères célibataires.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cousineau

Marie-Eve Cousineau

L'Auberge du cœur L'Envolée, destinée aux itinérants, accueille de jeunes mères avec leur poupon et prévoit construire un immeuble de logements où ces femmes pourront vivre à long terme.

Suzanna a quitté le Maroc pour fuir son mari et sa belle-mère qui la violentaient. Enceinte de sept mois, elle a atterri au Canada sans savoir où aller. Elle n’avait « rien dans [sa] poche » que son passeport canadien – son père, aujourd’hui décédé, lui a transmis sa citoyenneté canadienne – et le désir d’offrir un avenir meilleur à son garçon. « Le plus important, c’est la sécurité de mon fils », affirme la jeune mère de 19 ans.

Suzanna a été dirigée vers l’Auberge du cœur L’Envolée, à Laval. Elle y a habité pendant de nombreux mois avec son bébé. Des intervenants s’occupaient d’eux jour et nuit. « Sans L'Envolée, je n'allais pas être une personne solide comme ça, confie-t-elle. Ils m'ont aidée pour ses vaccins, [m’ont appris] comment m'occuper d'un bébé. Je suis vraiment une jeune maman. »

L’Auberge du cœur L’Envolée héberge des mères et des bébés depuis sept ans. Les mamans sont des sans-abri ou encore ont été confiées à l’organisme par la Direction de la protection de la jeunesse. Pour conserver la garde de leur nouveau-né, elles doivent rester à l’Auberge sous supervision. « L'objectif du séjour, à ce moment-là, c'est d'aider les mamans à développer des habiletés parentales pour être capables ensuite de partir en autonomie », explique la directrice de L’Envolée, Éléna Sauvageau.

Beaucoup de mères, souvent monoparentales, n’ont pas eu de modèles parentaux. « Elles ont besoin d’être outillées, d’être soutenues par l’infirmière, qui vient régulièrement ici, souligne l’intervenante Catherine Nadon-Martin. Elles ont besoin d’être motivées, [qu’on leur dise] : “Tu as un rendez-vous, il ne faut pas l’oublier.” »

Le deuil de la séparation

Malgré cet encadrement, certaines mères perdent la garde de leur enfant. Un drame et un deuil pour la maman, une onde de choc dans l’Auberge. « Pour les intervenants aussi, c’est difficile, mentionne Éléna Sauvageau. C’est quelque chose qu’on ne veut pas faire, qu’on ne souhaite pas. Ça peut faire vivre aussi beaucoup d’émotions aux autres jeunes. On a beaucoup de jeunes qui ont été placés en très bas âge. Ils s’attachent à ces bébés-là. »

Certaines mères récupèrent la garde de leur enfant plus tard. C'est le cas de Jessica Demers, la première jeune mère à avoir séjourné dans le studio de l'Auberge du cœur L'Envolée. Son garçon a 6 ans. Elle en partage la garde avec le père depuis trois ans.

« J'ai perdu la garde [à cause de mon] tempérament trop varié, dit Jessica Demers. J'avais une instabilité résidentielle. Aujourd'hui, je suis une fille beaucoup plus responsable. J’ai travaillé sur moi-même. [Je suis demeurée en] contact avec L'Envolée. Quand j'avais des situations difficiles, je venais voir le travailleur social. »

Pour mieux accompagner les jeunes, l’Auberge du cœur L’Envolée prévoit construire prochainement un immeuble de logements, derrière ses installations actuelles.

« Lorsqu’elles quittent L’Envolée, les jeunes filles sentent beaucoup d’anxiété, raconte Éléna Sauvageau. Elles se sentent très isolées. »

Le bâtiment comptera une trentaine de logements, dont quatre studios pour les jeunes mères. Un accompagnement moins soutenu y sera offert.

Société