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États-Unis : la sénatrice Kamala Harris brigue l'investiture démocrate

Après avoir annoncé sa candidature à l'investiture démocrate, Kamala Harris s'est rendue à l'Université Howard, où elle a répondu aux questions des journalistes.

Photo : Associated Press / Manuel Balce Ceneta

Sophie-Hélène Lebeuf

La sénatrice démocrate Kamala Harris – qui incarne tout le contraire de ce qu'est le président Trump – a rejoint sans surprise, lundi, le bassin croissant des candidats démocrates en vue de l'élection présidentielle de 2020.

Après avoir fait tomber des barrières tout au long de sa carrière, Kamala Harris, âgée de 54 ans, a dans sa mire le plus résistant des plafonds de verre.

Représentant un État parmi les plus progressistes, l'ancienne procureure générale de Californie, aux origines métissées, offrirait un net contraste avec le président Trump si elle remportait l'investiture démocrate, dans un contexte où l'ethnicité et l'immigration occupent une grande place du débat politique et où le mouvement de résistance au milliardaire républicain est beaucoup venu des femmes et de la diversité.

« C'est un moment où je sens que j'ai la responsabilité de me lever et de me battre pour le meilleur de ce que nous sommes », a-t-elle déclaré en entrevue à Good Morning America, au réseau ABC, où elle a annoncé sa candidature.

« Vérité, justice, décence, égalité, liberté, démocratie : ce ne sont pas que des mots », martèle-t-elle dans sa première vidéo de campagne. Elle y dévoile son slogan, « Kamala Harris, pour le peuple », en référence à son passé de procureure.

L’avenir de notre pays dépend de vous et de millions d’autres personnes, qui devons élever nos voix pour défendre nos valeurs américaines.

Kamala Harris, candidate à l'investiture démocrate, dans une vidéo de campagne

Une « Barack Obama féminine »

Vue par certains démocrates comme « la Barack Obama féminine », elle brigue comme lui la présidence après avoir siégé seulement deux ans au Sénat, et a elle aussi des origines métissées. Son père et sa femme sont respectivement d'origines jamaïcaine et indienne.

Kamala Harris serait la première femme afro-américaine et la première femme tout court, ainsi que la première personne ayant un héritage asiatique, à accéder à la Maison-Blanche.

Elle a souvent fait figure de pionnière : en 2003, elle est devenue la première Afro-Américaine à accéder à un poste de procureure de district en Californie, et en 2010, la première femme, la première Afro-Américaine et la première Américaine d'origine asiatique à être élue procureure générale de l'État.

Mme Harris a annoncé sa candidature le jour du 90e anniversaire de naissance de Martin Luther King, célèbre militant pacifiste pour les droits civiques des Afro-Américains.

Elle a fait de la réforme de la justice criminelle l'un de ses principaux chevaux de bataille.

À l'instar de nombreux démocrates, elle a adopté des positions plus progressistes au cours des dernières années, soutenant un programme d'assurance maladie publique pour tous ou encore la légalisation de la marijuana.

Plus libérale que beaucoup de démocrates, elle ne pourfend pas Wall Street pour autant, comme le fait la sénatrice Elizabeth Warren, une adversaire potentielle à l'investiture. Ses opposants de gauche reprochent en outre à Kamala Harris son bilan comme procureure, déplorant notamment l'augmentation de la population carcérale.

Selon le site de prédictions probabilistes 538, qui recense entre autres les votes des élus de Washington, Kamala Harris a voté en accord avec les positions de Donald Trump 17,4 % du temps.

À titre comparatif, le sénateur du Vermont Bernie Sanders et l’ex-représentant du Texas Beto O’Rourke, deux candidats potentiels à l’investiture démocrate, ont voté respectivement en accord avec le point de vue du président 14,1 % et 30,1 % du temps.

Kamala Harris

La sénatrice Kamala Harris parle lors de l'audition du juge Brett Kavanaugh devant le Sénat.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Mme Harris siège à quatre commissions sénatoriales, dont celles du renseignement et de la justice. À ce titre, l’ancienne procureure générale s'est forgé une réputation d’interrogatrice redoutable, par exemple lors du processus de nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême.

Elle a même déstabilisé l’ex-procureur général des États-Unis Jeff Sessions, interrogé sur les contacts de Donald Trump avec la Russie durant la campagne présidentielle. « Je ne suis pas capable de répondre aussi vite. Cela me rend nerveux », lui a-t-il répondu.

Si sa candidature s'annonce parmi celles avec lesquelles il faudra compter, Kamala Harris reste peu connue de l'électorat. Selon une enquête d’opinion de l'Institut de sondage de l’Université Quinnipiac, publiée il y a un mois, 41 % des démocrates ont une opinion favorable à son sujet, contre 4 % ayant une vision défavorable; 54 % disent en connaître trop peu à son sujet pour se prononcer.

Elle doit lancer formellement sa campagne à Oakland, en Californie, sa ville d'origine, dimanche prochain. Elle participera à une activité de campagne en Caroline du Sud, où l'électorat démocrate est majoritairement afro-américain.

Des liens avec Montréal

Née en 1964, à Oakland, Kamala Harris est la fille d'une chercheuse d'origine indienne et d'un professeur d'économie d'origine jamaïcaine.

Dans les années 1970, sa mère, Shyamala Gopalan, spécialisée dans la lutte contre le cancer du sein, a enseigné à l'Université McGill et a été chercheuse à l'Hôpital général juif de Montréal.

Ses deux filles l'ont suivie au Québec, où elles ont étudié à l'École secondaire Westmount.

Après être retournée aux États-Unis, Kamala Harris a obtenu un diplôme en économie et en sciences politiques à l'Université Howard de Washington, surnommée « Black Harvard ».

Titulaire d'un doctorat de l'Université de Californie, elle a été élue procureure du district de San Francisco en 2003, puis procureure générale de la Californie en 2010.

Une course qui devrait opposer beaucoup de candidats

 Elizabeth Warren, de face, en plan rapproché

La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, livrant un discours à Washington D.C.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Une trentaine de personnes envisagent de briguer l'investiture démocrate, selon les observateurs politiques, et pour la première fois, la course pourrait opposer plusieurs personnalités féminines de renom.

Les sénatrices Elizabeth Warren, du Massachusetts, et Kirsten Gillibrand, de New York, ont déjà annoncé qu'elles avaient formé des comités exploratoires, et la représentante Tulsi Gabbard a officialisé ses intentions.

L'ex-maire de San Antonio Julian Castro, ex-secrétaire au Logement et au Développement urbain sous Barack Obama, ainsi que l'ancien représentant du Maryland John Delaney, l'ex-sénateur de Virginie-Occidentale Richard Ojeda et l'entrepreneur Andrew Yang ont aussi annoncé leur candidature.

D'autres figures importantes poursuivent leur réflexion. C'est le cas des sénateurs Bernie Sanders (Vermont), candidat défait à l'investiture démocrate de 2016, Cory Booker (New Jersey), Sherrod Brown (Ohio) et Amy Klobuchar (Minnesota), ainsi que de l'ex-représentant du Texas Beto O'Rourke et de l'ancien vice-président Joe Biden, qui a dit se considérer comme le candidat « le plus qualifié ».

Avec les informations de New York Times, Washington Post, et La Presse canadienne

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