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La mère de Gilles Duceppe retrouvée morte gelée dans l'est de Montréal

Le reportage de Catherine Kovacs

La mère de l'ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, Hélène Rowley Hotte, est morte d'hypothermie, tôt dimanche matin, dans la cour arrière d'une résidence privée pour personnes âgées autonomes du complexe Lux Gouverneur, à Montréal.

Le Bureau du coroner a confirmé l'identité de la victime en début d'après-midi, lundi.

Selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), la Montréalaise de 93 ans est sortie dans la cour arrière après avoir entendu une alarme d’incendie, qui s’est déclenchée vers 4 h 15.

Comme elle avait des problèmes d’audition, il est possible qu'elle n'ait pas entendu le message subséquent disant que son bâtiment n'avait pas à être évacué. De plus, la porte qu’elle avait empruntée s'était verrouillée derrière elle.

La nonagénaire s’est donc retrouvée coincée dehors, alors que le mercure était passé sous la barre des -15 degrés Celsius. Son corps, qui gisait dans la neige, n'a été découvert que plusieurs heures plus tard, vers 11 h 45.

Les premiers éléments d'enquête font croire au SPVM qu'il ne s'agit pas d'une affaire criminelle.

Selon CBC, le réseau anglais de Radio-Canada, l'alarme a été déclenchée en raison de la présence de monoxyde de carbone. Quelque 100 résidents auraient alors été transférés dans un bâtiment voisin le temps de permettre aux pompiers d'intervenir. Ils seraient retournés dans leur bâtiment à 6 h 20.

Enquête du coroner

La coroner Géhane Kamel a été chargée de faire la lumière sur les circonstances entourant la mort de Mme Rowley Hotte.

Dans un communiqué, son bureau a précisé qu'elle travaillait « de concert avec les policiers pour bien comprendre les événements » et qu'elle communiquait avec la famille.

« L'investigation en cours permettra de faire la lumière sur les causes et les circonstances de ce malheureux décès et les conclusions seront rendues publiques seulement au terme de l'enquête, dans le rapport d'investigation », indique-t-on.

Selon une source de La Presse canadienne, la dame était en bonne santé physique et mentale.

Une sortie captée par les caméras de sécurité

Façade de la résidence Lux GouverneurLa femme de 93 ans s'est retrouvée coincée dehors par un froid glacial. Photo : Valeria Cori-Manocchio/CBC

Dans un communiqué, la direction des résidences Lux affirme que Mme Rowley Hotte a rapidement perdu conscience, et révèle que sa sortie a été filmée par des caméras de sécurité.

« Contrairement à l'information partagée dans certains médias, Mme Rowley Hotte portait des vêtements d'hiver lorsqu'elle est sortie à l'extérieur de la résidence. Nos caméras de sécurité montrent qu'elle s'est évanouie quelque temps après être sortie », peut-on y lire.

La direction a dit collaborer avec les enquêteurs. Se disant « désolée » de ce « malheureux événement », elle a indiqué qu’elle n’émettrait pas d’autres commentaires avant les résultats de l’enquête.

Situé au 5500, rue Sherbrooke Est, près de la station de métro L'Assomption, dans l'arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, le complexe Lux Gouverneur a été inauguré en 2009. Il compte trois bâtiments et accueille une clientèle autonome et semi-autonome.

Le complexe appartient à la chaîne hôtelière Gouverneur.

Québec attendra le rapport du coroner avant d'agir

Dans un point de presse en fin de journée, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a souligné que la résidence avait renouvelé sa certification en avril 2018 et qu'elle respectait donc les 28 normes conditionnelles à cette certification. Elle a aussi indiqué que six personnes y assuraient la surveillance de la résidence la nuit, plus que les deux exigées par Québec.

Elle a dit ignorer si un décompte des résidents avait été fait après l'alarme d'incendie, ce qui ne semble toutefois pas être le cas.

Refusant de dire si cette mort était évitable ou de s'avancer sur des correctifs pouvant être apportés dès maintenant, elle a dit s'en remettre pour l'instant au coroner.

« Il est trop tôt pour parler des changements qu’on doit apporter. C’est l’heure du recueillement, c’est l’heure des condoléances [...] Je vais laisser le coroner faire son travail et par la suite, nous serons en mesure de poser des gestes raisonnés et raisonnables », a-t-elle déclaré.

« On ne surveillera jamais assez nos personnes âgées […] S’il faut aller plus loin au niveau de la certification, qui est déjà très, très, très stricte, nous allons le faire », a-t-elle averti, se disant prête à « faire un tour de vis supplémentaire » si cela s'avérait nécessaire.

Se disant « extrêmement préoccupée [et] bouleversée », la ministre Blais, a aussi offert ses « plus sincères condoléances » à la famille de M. Duceppe pour cette « triste histoire ».

Plus tôt, elle a indiqué sur Twitter qu'elle avait demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux de dresser l'état de la situation.

La Loi sur les services de santé et les services sociaux oblige les résidences privées pour personnes âgées à se doter d'un plan de sécurité incendie, qui doit notamment comprendre « une liste des résidents spécifiant, pour chacun d’entre eux, les mesures à prendre pour assurer leur évacuation en lieu sûr ». Les membres du personnel et les personnes responsables d'effectuer la surveillance dans la résidence doivent connaître le contenu du plan et les tâches dont ils sont responsables en cas d'évacuation.

La Régie du bâtiment et le ministère de la Santé et des Services sociaux, notamment, devront réviser certaines procédures, estime Daniel Dancause, conseiller en mesure d'urgence chez Prudent Groupe Conseil.

« Je pense qu’un examen de conscience va devoir être fait, pas particulièrement pour ce cas-là, mais pour l’ensemble de nos résidences, et la raison en est fort simple : la population vieillit, on a des problèmes auditifs, on a des problèmes cognitifs et les systèmes d’alerte, les systèmes de communication phoniques devront en tenir compte », dit-il.

« Il faut être prudent [et ne pas faire] d’hypothèses alors qu’on ne connaît pas tous les détails de l’incident », croit-il, soulignant toutefois que la situation soulève certaines questions.

Il se demande entre autres pourquoi la sortie utilisée par Mme Rowley Hotte ne donne pas sur une voie publique et pourquoi le système de contrôle d’accès à l'édifice n'a pas indiqué qu'elle était à l’extérieur.

Le milieu politique solidaire

« Isabelle et moi sommes bouleversés pas le décès de Mme Rowley », a commenté le premier ministre Legault, en voyage à Paris. « J’offre toutes mes sympathies à Gilles, à ses frères et soeurs, ainsi qu’à toute la famille dans ce moment d’une grande tristesse. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, son prédécesseur, Denis Coderre, le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, et son homologue néo-démocrate, Jagmeet Singh, ont aussi témoigné leur sympathie à M. Duceppe, de même que le maire de l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais.

Quant au Bloc québécois, son nouveau chef, Yves-François Blanchet, a publié un communiqué dans lequel il dit avoir appris « avec stupeur » le décès de Mme Rowley Hotte. « Au Bloc québécois, la famille Duceppe, c’est notre famille à tous », écrit-il. « Au nom de toute l’équipe, je tiens à offrir mes plus sincères condoléances à Gilles Duceppe, ainsi qu’à Yolande, Amélie, Alexis et toute la famille. Nous sommes de tout cœur avec vous à travers cette douloureuse épreuve. »

Hélène Rowley Hotte avait sept enfants, dont Gilles Duceppe. Elle était aussi la veuve de l'acteur Jean Duceppe, décédé en 1990.

Jean Duceppe.Hélène Rowley-Hotte était la veuve de Jean Duceppe, l'acteur qui a donné son nom au célèbre théâtre montréalais. Photo : Théâtre Jean-Duceppe

Grand Montréal

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