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Sommet économique arabe de Beyrouth : absences et divisions minent la rencontre

Trois hommes et une femme qui participent au sommet.
Le ministre sortant des Affaires étrangères libanaises Gibran Bassil (centre) lors du sommet organisé pour permettre au Liban de renforcer sa position diplomatique. Photo: Radio-Canada / Marie-Ève Bédard
Marie-Eve Bédard

Un sommet économique arabe tenu à Beyrouth ce dimanche a exhorté les pays donateurs internationaux et arabes à fournir des fonds pour « soulager la situation critique des réfugiés et déplacés ». C'est ce qu'affirme le communiqué final lu par le ministre sortant des Affaires étrangères libanaises Gibran Bassil à l'issue de la rencontre.

« Nous appelons la communauté internationale à soutenir les pays arabes accueillant les déplacés et les réfugiés syriens et à mettre en œuvre des projets de développement afin de réduire les impacts économiques et sociaux de cet accueil, et demandons au Secrétariat d'organiser une réunion des donateurs internationaux, des organisations spécialisées et des fonds arabes avec la participation des pays arabes accueillant les réfugiés et déplacés syriens en vue d'un accord sur un mécanisme clair pour financer ces projets », peut-on lire dans le communiqué.

Le Liban souhaitait une déclaration conjointe de la vingtaine de pays participants plus catégorique, appelant au retour immédiat des réfugiés syriens chez eux quelle que soit la situation politique, mais il a perdu cette bataille. Ce sommet, le premier de la sorte depuis 2013, est en quelque sorte une série d’échecs pour le petit pays du cèdre qui voyait grand en accueillant ses voisins.

Centre-ville bouclé, sécurité accrue, accès aux grands hôtels où se tenaient les rencontres interdit : tout était en place pour recevoir les chefs d’État. Mais seulement deux d’entre eux se sont présentés. Le président de la Mauritanie et, au dernier moment, l’émir du Qatar. Le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani n'est resté qu’une petite heure, mais sa présence a mis un baume sur l’ego meurtri de la diplomatie libanaise.

Alors que l’Arabie saoudite a fait le choix de dépêcher une délégation de second rang, la décision in extremis du Qatar, qui fait l’objet d’un blocus des pays du golfe et de l’Égypte, a été saluée par le ministre sortant Gibran Bassil.

L'émir du Qatar a brisé le siège sur le Qatar en brisant le siège [imposé par les pays du golfe] sur le Sommet arabe.

Le ministre sortant des Affaires étrangères libanaises Gibran Bassil

Avant même le début des rencontres préliminaires entre les ministres de l’Économie et du Commerce, les querelles régionales ont en effet menacé la tenue de la rencontre. La Libye s’est désistée dans la controverse, sa présence rejetée par le Hezbollah et le parti Amal libanais pour protester contre la disparition d’un religieux, l’iman Moussa Sadr, il y a des décennies en Libye, alors que la présence ou pas de la Syrie a déchiré les délégations.

En fin de journée, Gibran Bassil s’est dit persuadé que le retour de la Syrie à la table des nations arabes était en bon chemin.

« Victoire » diplomatique

Le premier ministre Saad Hariri a choisi de voir l’aboutissement du Sommet, peu importe qui représentait finalement les pays, comme une victoire importante pour le Liban.

Une coquetterie toute libanaise, croit le professeur de sciences politiques à l’American University de Beyrouth Hilal Khassan. Le Liban adore les apparences, dit-il. M. Khassan ne s’étonne d'ailleurs pas des divisions autour du Sommet. Les Arabes, dit-il, ne s’entendent sur rien.

« Dans cette perspective, l’ordre du jour était pour le moins ostentatoire, c’était irréaliste : l’élimination de la pauvreté d’ici 2030, c’est trop ambitieux quand la majorité des pays sont en proie à la violence et à des crises économiques. Tout le Sommet devait souligner que le capital humain est d’une importance primordiale pour relancer la région. Ce sont des promesses vides de la part de pays qui humilient leurs peuples quotidiennement à force de répression et de corruption. C’est comme demander à Satan de mener la prière! »

Comme beaucoup de Libanais dans la rue, le professeur Khassan est convaincu que les États-Unis auraient joué en coulisse pour inciter les chefs d’État à bouder le Sommet.

« Ils veulent montrer leur colère face à l’échec du Liban à mater l’influence du Hezbollah ici et en Syrie. Donc, ils ont fait pression sur leurs alliés arabes. »

Rami Khoury, qui enseigne aussi à l’American University de Beyrouth, croit que ce serait étonnant que les États-Unis soient allés si loin, mais à la fois, il trouve que ce serait conséquent avec les politiques actuelles de la Maison-Blanche au Moyen-Orient.

C’est enfantin et c’est cruel s’il s’avère que les Américains se sont servis de leur influence comme ça. Mais au fond, ce n’est peut-être pas surprenant. Ce serait un comportement criminel. C’est du terrorisme diplomatique. Après, ils disent favoriser la stabilité et la paix au Moyen-Orient, ça n’a pas de sens.

Rami Khoury, professeur à l'American University de Beyrouth

M. Khoury ne veut pas parler de réussite ou d’échec de ce sommet.

« Ces sommets sont de la pure symbolique. Tous les enjeux qui sont à l’agenda sont source de division. Mais même s’ils n’accomplissent rien, c’est bon de se rencontrer. Ça permet de clarifier des positions de principe même si rien n’en découle. Aucun des pays n’a la capacité. Dans les deux tiers des pays présents, les gens descendent dans la rue en masse et régulièrement pour manifester contre leurs gouvernements. Ce ne sont pas les sommets qui vont changer la situation. Le monde arabe actuel, c’est un bordel, et ces sommets en sont le miroir. »

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