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Legault veut doubler les échanges commerciaux avec la France pour moins dépendre des États-Unis

Le reportage de notre correspondant Jean-François Bélanger
Radio-Canada

En visite officielle à Paris, François Legault a annoncé vouloir « doubler » les échanges commerciaux avec la France. En mettant de l'avant « cette relation très spéciale » et « très privilégiée entre le Québec et la France », le premier ministre québécois espère ainsi rendre les entreprises de la province moins dépendantes des États-Unis et des décisions prises par le président Trump.

« Avec le protectionnisme américain qu’on voit actuellement, il y a une urgence de diversifier nos marchés », a déclaré dimanche François Legault, dans une entrevue accordée à TV5 Monde.

Alors que des discussions avec le président français Emmanuel Macron et le premier ministre Édouard Philippe sont au programme du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) lundi, ce dernier prévoit de rencontrer également des dizaines de représentants d'entreprises pour maximiser les relations économiques entre le Québec et l'Hexagone.

L'objectif du premier ministre québécois, qui se définit comme « un homme d'affaires »? « Créer de la richesse ». Il s'agirait même d'un « défi commun » avec la France.

Comment y arriver? En augmentant « de façon très significative » les échanges commerciaux avec la France, a-t-il précisé.

Legault veut « un plan »

À ce jour, les échanges commerciaux entre la France – qui n'est que le troisième partenaire commercial du Québec au sein de l'Union européenne – plafonnent à moins de 5 milliards de dollars. Ce chiffre représente « trois jours d'échange avec les États-Unis », a précisé François Legault, qui se rendra, mercredi, à Davos, en Suisse, pour le Forum économique mondial.

« Cinq milliards, c'est rien. On pourrait doubler ce montant assez facilement », a-t-il mentionné, en espérant la mise en place d'« un plan » et d'un « suivi chiffré ». « 70 % de nos exportations vont vers les États-Unis », a-t-il également noté.

Aucun calendrier précis n'a cependant été évoqué. « Je vais vouloir voir des résultats pour les quatre prochaines années », a-t-il néanmoins fait savoir, en clamant être « un homme de résultats ».

Actuellement, on est trop dépendant des États-Unis. Nos entreprises n’ont pas ce réflexe de venir exporter en France, en Europe. Oui, il y a un océan entre nous deux, mais en même temps, à cause de la langue, il y a une opportunité formidable de faire des choses ensemble.

François Legault, premier ministre du Québec

En entrevue avec Radio-Canada, le premier ministre a souligné avoir en ligne de mire les secteurs manufacturier, des technologies de l'information, de l'innovation et de l'intelligence artificielle pour favoriser la création « d'emplois bien payés [...] à plus de 50 000 $ par année ».

Un souper « économique » a d'ailleurs été organisé dimanche soir à Paris avec plusieurs dirigeants d'entreprise. François Legault prononcera également un discours mardi, devant un parterre de gens d'affaires, au palais Brongniart, l'édifice qui a accueilli la Bourse de Paris.

Oui à l'immigration, mais...

Sur la question de l'immigration, le premier ministre a rappelé qu'il souhaite réduire le nombre de nouveaux arrivants admis au Québec. Ce recul est « temporaire », a-t-il assuré.

« Le problème que nous voyons à la [Coalition avenir Québec], c'est qu'il y a trop [d'immigrants] qui ne sont pas qualifiés, et trop qui ne parlent pas français ou n'acceptent pas de parler français », a-t-il indiqué. M. Legault a aussi expliqué qu'il existe déjà des accords en place avec la France pour accueillir les habitants de l'Hexagone désireux de s'installer chez leurs « cousins » québécois.

Une autre mesure proposée par le gouvernement caquiste – qui fait actuellement l'objet de discussions avec le gouvernement fédéral – est l'imposition d'un test de français dans les trois années suivant l'arrivée d'un immigrant au Québec. Un test qui devrait être « relativement facile pour quelqu'un ayant suivi des cours [de francisation] pendant trois ans », a spécifié François Legault.

Par ailleurs, le premier ministre estime être au diapason du président Macron sur la question des échanges d'étudiants, « très payants économiquement », entre le Québec et la France.

Là où Paris et Québec divergent d'opinion, toutefois, c'est sur le délicat dossier de la laïcité. Pour le premier ministre caquiste, le modèle français « va beaucoup plus loin que la proposition avancée par son gouvernement », où seules les personnes en position d'autorité (policiers, juges, gardiens de prison et enseignants du primaire et du secondaire) devraient s'abstenir du port de tout symbole religieux.

« Je crois qu'il faut un équilibre, faire des compromis. Il y a une volonté des Québécois d'interdire les signes religieux pour les personnes [en position] d'autorité, pas pour les autres travailleurs », a-t-il dit.

François Legault en entrevue à Paris.Le premier ministre Legault veut renforcer les liens entre le Québec et la France. Photo : Radio-Canada

Les leçons des gilets jaunes

Déjà arrivé à Paris samedi, au moment où se déroulait une nouvelle journée de manifestations des gilets jaunes français, François Legault a estimé que ce mouvement de contestation démontre que les politiciens doivent être à l'écoute de leurs concitoyens.

Selon lui, la colère citoyenne découle du fait qu'« il y a une limite à ce que le contribuable peut payer ». « C'est toujours fragile, cette limite; c'est pour cela qu'au Québec, dans les 100 jours de notre nouveau gouvernement, on a réduit les impôts, les taxes. »

Le chef caquiste a recommandé par ailleurs « la prudence » face à la montée du populisme et reconnaît qu'il y a eu des « dérapages » de la part de certains leaders, dont le président américain Donald Trump et Marine Le Pen, la chef du Front national devenu le Rassemblement national.

Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il y a eu ce populisme au Québec.

François Legault, premier ministre du Québec

La souveraineté, c'est du passé, dit Legault

En tant que chef du premier parti à en finir avec l'alternance politique des 40 dernières années au Québec, François Legault a souligné que le gouvernement français n'a plus à se prononcer sur la question du nationalisme québécois.

« Il y a déjà une relation privilégiée entre la France et le Québec. [...] En même temps, je pense qu'on est sortis, le 1er octobre dernier, de cette question nationale qui venait polariser les positions du Parti québécois et du Parti libéral. Il y a eu un parti qui n'en faisait pas un enjeu et qui a été élu; je ne pense pas que c'est un enjeu important. »

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