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La paralysie du gouvernement américain, « une bataille pour l’opinion publique »

Vue panoramique du Capitole sous un ciel nuageux et dont la réflexion est visible dans l'eau.

Le Capitole, à Washington, abrite le Congrès des États-Unis, constitué du Sénat et de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Raphaël Bouvier-Auclair

Quand et comment la paralysie partielle du gouvernement se terminera-t-elle? Qui de Donald Trump et de la présidente de la Chambre Nancy Pelosi devra offrir le plus de concessions pour y parvenir? Dans les années 1990, le poids de l'opinion publique a joué un rôle central pour mettre fin à un autre épisode de paralysie partielle du gouvernement.

Avant l’impasse actuelle, c’est une crise survenue à la fin de 1995 et au début de 1996 qui détenait le record de longévité d'une paralysie partielle du gouvernement.

À l’époque, le démocrate Bill Clinton occupait la Maison-Blanche, alors que les républicains contrôlaient les deux chambres du Congrès.

Au centre du différend : une proposition budgétaire républicaine visant à réduire les dépenses, et ainsi la taille de l’État. Or, le plan proposé par le Congrès contenait des compressions, notamment dans les programmes Medicaid et Medicare, mais aussi en environnement – ce que l’administration Clinton a refusé d’approuver.

Bill Clinton et Newt Gingrich, pendant une paralysie partielle du gouvernement américain, dans les années 1990. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bill Clinton et Newt Gingrich, pendant une paralysie partielle du gouvernement américain, dans les années 1990.

Photo : The Associated Press / Marcy Nighswander

L’épisode a été marqué par deux paralysies partielles du gouvernement. La première n’avait duré que quelques jours, mais il a fallu 21 jours pour résoudre la deuxième.

« C’est une bataille pour l’opinion publique », note Craig Smith, qui a été directeur des politiques à la Maison-Blanche sous l’administration Clinton.

Les compromis doivent venir des deux côtés. La question est de savoir qui devra faire les plus grands compromis.

Craig Smith, directeur des politiques de la Maison-Blanche sous Bill Clinton

Des sondages réalisés à l’époque démontraient qu’une majorité d’Américains attribuait aux républicains la responsabilité de la paralysie.

Le politologue de l’Université du Maryland, Roy Meyers, qui s’est penché sur les impasses budgétaires aux États-Unis, se souvient de la stratégie adoptée par Bill Clinton pour obtenir la faveur populaire.

« La plupart des Américains veulent un gouvernement plus petit. Mais quand on leur parle des programmes sociaux, ils semblent les apprécier », explique-t-il.

Bill Clinton avait donc choisi de mettre de l’avant les programmes, notamment Medicaid et Medicare, dont le financement aurait été réduit par le plan budgétaire au coeur de l’impasse.

Le conseiller Craig Smith se souvient que plus les impacts de la paralysie du gouvernement se faisaient sentir, non seulement auprès des fonctionnaires non payés, mais aussi relativement aux services publics, plus la pression s'accentuait pour ouvrir la voie à des négociations, puis à des compromis.

Plus [la paralysie] s’éternisait, plus les gens en ressentaient les effets. Ils ont mis de la pression sur les gens qu’ils tenaient pour responsables de la situation afin qu’ils règlent le problème.

Craig Smith, directeur des politiques à la Maison-Blanche sous Bill Clinton

Bien que Bill Clinton ait finalement consenti à signer un plan budgétaire équilibré, l’ex-conseiller Craig Smith juge que ce sont les républicains qui ont fait le plus de concessions, en acceptant des compressions plus modestes que celles exigées initialement.

Les leaders républicains au Congrès pendant la paralysie partielle du gouvernement en 1995-1996.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les leaders républicains au Congrès pendant la paralysie partielle du gouvernement en 1995-1996.

Photo : Associated Press / WILFREDO LEE

Récemment, Newt Gingrich, qui était alors président républicain de la Chambre des représentants, est revenu publiquement sur cet épisode.

Sur Twitter, il a évoqué une paralysie « douloureuse ». L’ancien président de la Chambre a ajouté que les résultats avaient néanmoins été probants, soulignant entre autres les budgets équilibrés qui ont suivi ce conflit.

Durée des paralysies du gouvernement depuis 1990

  • 1990 : 3 jours
  • 1995 : 5 jours
  • 1995-1996 : 21 jours
  • 2013 : 16 jours
  • 2018 : 3 jours

Et aujourd'hui?

Dans les négociations en cours à propos de l’actuelle paralysie du gouvernement, le poids de l’opinion est évidemment un facteur pris en compte tant par l’entourage du président que par celui des leaders démocrates.

Selon le professeur de droit à l’Université George Mason, Michael Krauss, le contexte est néanmoins différent de celui des années 1990.

Il souligne, par exemple, que l’impasse actuelle porte moins sur des questions budgétaires que sur l’idée même de construire un mur à la frontière des États-Unis et du Mexique.

Les trois politiciens sont assis, en plus du vice-président, devant les journalistes et semblent s'adonner à une joute verbale. Ils gesticulent et ont l'air découragés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président américain Donald Trump rencontre Nancy Pelosi et Chuck Schumer dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.

Photo : Getty Images / Mark Wilson

Même si les sondages favorisent en ce moment les démocrates, note Michael Krauss, le président Trump semble juger avoir suffisamment d’appuis au sein de sa base pour maintenir le cap sur l'enjeu du mur à la frontière.

Est-ce que [Trump et Pelosi] sont entêtées par nature? Est-ce que ce sont des personnes qui ont une appréciation différente de l'opinion publique? J'ai l'impression que la réponse aux deux questions est affirmative.

Michael Krauss, professeur de droit à l'Université George Mason

Des facteurs qui pourraient expliquer l'impasse qui persiste depuis maintenant quatre semaines entre la Maison-Blanche et le Congrès.

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