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chronique

Ski de bosses : rien ne va plus

Mikaël Kingsbury en finale des bosses à Pyeongchang.
Mikaël Kingsbury en finale des bosses à Pyeongchang Photo: Getty Images / Cameron Spencer
Dominick Gauthier

BILLET - Ce n'est jamais facile de s'autocritiquer. Malgré le fait que j'ai quitté le sport du ski de bosses officiellement en 2011, je sens encore que je fais partie de cette famille. Mon intention n'est pas de frapper sur quelqu'un qui est déjà au plancher, mais on ne peut pas non plus prétendre que tout va très bien, Madame la Marquise.

Il n’y a pas si longtemps, plusieurs détracteurs disaient que le ski de bosses était un sport où il était facile de gagner, puisque nos Canadiens se bousculaient sur les podiums internationaux.

Je suis bien conscient qu’il s’agit d’un sport de niche, mais il faut tout de même admettre qu’il y aura toujours une élimination naturelle lorsqu’on parle de sports d’action où le risque est très élevé. Des bosses, il y en a sur toutes les montagnes du monde. Si vous êtes skieur, vous avez déjà fait face à des bosses, alors vous êtes tous des skieurs de bosses.

Par contre, ceux qui ont les aptitudes et le désir de skier quatre bosses à la seconde sur un mur glacé dans une pente de 30 degrés et d’exécuter des sauts périlleux… Il y en aura toujours beaucoup moins! Arrêtons alors de dire que personne ne fait du ski de bosses, s’il vous plaît.

Cela dit, nous avons toujours eu une culture d’excellence dans ce sport, malgré des hauts et des bas. Cette fois-ci, la situation semble être pire avec l’ampleur de ce creux que nous sommes en train de constater depuis deux ans et surtout avec le début catastrophique de la saison 2018-2019.

Le seul représentant du Canada à avoir touché le podium en cinq épreuves de Coupe du monde cette saison est Mikaël Kingsbury. En d’autres mots, sur une possibilité de 30 médailles (en combinant hommes et femmes), le Canada n’en a gagné que 4, toutes grâce à Mikaël. Ai-je besoin de vous rappeler qu’aux Jeux olympiques de Sotchi, le Canada avait gagné quatre des six médailles possibles?

Oui, il y a eu des retraites et des blessures, mais ce n’est pas une excuse. Il n’y a pas si longtemps, il y avait toujours quelqu’un pour prendre la relève.

Il y a eu les départs des deux excellents directeurs de haute performance Marc-André Moreau et David Mirota, mais il est impossible que leur départ tout récent ait déjà un impact sur les performances actuelles. La même chose pour l’entraîneur Rob Kober ou le directeur général Bruce Robinson. Ces changements peuvent miner l’avenir, mais pas à court terme.

La France, qui elle aussi a vécu des bas depuis sa domination des années 1980 et 1990, au point de voir son programme de ski de bosses à peu près disparaître, compte maintenant trois médailles de plus que le Canada cette saison. Nous pourrions donc attribuer tout ceci à un cycle naturel et aléatoire. Mais personnellement, les phénomènes aléatoires dans le sport, je n’y crois pas.

Peut-être qu’il y a eu un manque de développement dans les programmes provinciaux. Mais alors, comment expliquer que le Kazakhstan a gagné autant de médailles que le Canada après cinq épreuves de Coupe du monde? Je peux vous garantir que ce n’est pas à cause d’un programme extraordinaire de développement. Il doit y avoir à peine une trentaine de bosseurs compétitifs dans ce pays.

Les déboires du Canada sont peut-être tout simplement attribuables au fait que le reste du monde a copié nos techniques et méthodes tout en les améliorant à la manière Kaizen.

Voilà une raison plus plausible!

Mikaël Kingsbury (à gauche) et son entraîneur Rob KoberRob Kober (à droite) a été l'entraîneur de Mikaël Kingsbury jusqu'en 2018. Photo : Courtoisie: Freestyle Canada

Le Canada se fait donc battre, en quelque sorte, à son propre jeu. Ces petits pays se sont concentrés sur la qualité et non sur la quantité. Depuis longtemps, le Canada est sur le radar de tous ses concurrents. Plusieurs entraîneurs d’ici ont aussi travaillé à l’étranger. Je me souviens encore d’avoir vu les différentes nations qui filmaient constamment et « secrètement » les Canadiens. Ils allaient jusqu’à filmer leurs séances d’échauffement dans le chalet de ski!

À plus long terme, le Canada reprendra sûrement sa place de chef de file. Entre-temps, il y a de quoi s’inquiéter.

Heureusement, il y a de nouveaux noms chez les femmes, comme Maia Schwinghammer et Sofiane Gagnon. Chez les hommes, nul ne semble capable de s’approcher de Kingsbury ou même de Philippe Marquis, qui skie sur un genou et demi.

Si des pays comme la Suède, la France et le Kazakhstan sont capables de prendre les deux places libres sur le podium aux côtés de Kingsbury, il n’y a aucune raison que le Canada ne soit pas capable de trouver une solution et de reprendre le flambeau d’ici les prochains JO.

Il n’y a rien comme une performance devant son propre public pour redonner de la vigueur à un athlète. Je vous incite à aller les encourager à Mont-Tremblant le 26 janvier. Vous jouerez un rôle décisif. Ce sera également la dernière compétition avant les mondiaux qui auront lieu à Deer Valley, en Utah, où le Canada aura l’occasion de sauver sa saison.

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