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Le Kernza, céréale de l’avenir?

Un sac rempli de grains de Kernza.

Des grains de Kernza

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Marc-Yvan Hébert

Dès l'automne 2019, une nouvelle céréale vivace, le Kernza, sera semée dans plusieurs fermes du Manitoba. Cette culture unique pourrait transformer le monde de l'agriculture tel qu'on le connaît.

Richard Magnusson est producteur de grains à Roseau, dans le nord du Minnesota. Depuis plusieurs générations, sa famille cultive des plantes vivaces comme le trèfle et des herbes à gazon, des cultures qui se prêtent bien aux hivers rigoureux et aux printemps humides de sa région.

Richard Magnusson au volant d'un tracteur.

Richard Magnusson récolte un champ de Kernza.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Or, depuis quelques années, Richard Magnusson et ses voisins cultivent une toute nouvelle plante vivace, destinée à la consommation humaine : le Kernza.

La culture des vivaces est le nirvana de l’agriculture. Aucun besoin de semer ni de labourer les champs. Et nous produisons de la nourriture!

Richard Magnusson, producteur de grains

Depuis des millénaires, la culture de céréales est faite à partir de plantes annuelles, sélectionnées pour produire une seule récolte. Chaque année, le cycle recommence, avec de nouvelles semences.

Or, cette façon de produire de la nourriture a un impact énorme sur nos écosystèmes. Source de consommation majeure de combustibles fossiles, l’agriculture est aussi la cause principale de la pollution des plans d’eau.

L’agropyre intermédiaire : la vivace qui promet

Dans les années 80, des chercheurs de Pennsylvanie répertorient une centaine de plantes vivaces qui pourraient se prêter à la production de céréales à grande échelle.

Kernza dans un champ.

Kernza dans un champ.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Une plante se démarque : l’agropyre intermédiaire, introduite sur le continent comme culture de fourrage.

L’agropyre intermédiaire a été choisi pour la grosseur de sa graine et sa résistance aux rigueurs de l’hiver. De plus, le grain a bon goût!

Don Wyse, professeur d’agronomie à l’Université du Minnesota

Le grain a une forte teneur en protéines, en calcium et en oméga-3. De plus, la plante est excellente pour la santé des sols.

Alors que les racines d’une plante annuelle comme le blé ne pénètrent environ qu'à un mètre dans le sol, l’agropyre a un réseau complexe de racines allant jusqu'à cinq mètres de profondeur.

Une infographie montrant la différence entre les racines de blé et de Kernza.

Les racines de blé s'enfoncent moins profondément que celles de Kernza.

Photo : Radio-Canada

Cela aide à prévenir l’érosion du sol et à réduire la pollution de la nappe phréatique.

Pendant une dizaine d’années, les chercheurs comme Don Wyse, professeur d’agronomie à l’Université du Minnesota, croisent des milliers de spécimens d’agropyre. Ils veulent augmenter la taille du grain et la solidité de la tige tout en gardant la force des racines.

Un chercheur dans un champ de Kernza.

Don Wyse dans un champ de Kernza à l'Université du Minnesota

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Peut-on garder des racines fortes pour assurer la pérennité de la plante, tout en augmentant la taille de la graine? Notre défi portait donc sur la physiologie de la plante.

Don Wyse, professeur d’agronomie à l’Université du Minnesota

En 2013, une première variété d’agropyre destinée à la production agricole est créée. On l’appelle « Kernza ».

Une variété canadienne

Entre-temps, à l’Université du Manitoba, le biologiste Doug Cattani tente de créer une variété de Kernza bien adaptée au climat canadien.

Un homme dans un champ de Kernza au Manitoba.

Doug Cattani dans un champ de Kernza à l'Université du Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

En cours de route, son travail de sélection est facilité par la météo : le Manitoba connaît deux hivers rigoureux, suivis chacun d’une fonte rapide et d’un regel soudain.

Cette série d’événements nous a fait perdre 60 % de nos plants. Par contre, nous savons que ceux qui ont résisté sont adaptés à notre printemps.

Doug Cattani, professeur de biologie à l’Université du Manitoba

Au Minnesota, quelques fermiers récoltent les premiers champs américains de Kernza en 2015. Onze mille kilos de graines qui serviront surtout à la production de bière artisanale.

Le Kernza : un aliment?

Mais la vraie question demeure : la céréale se prête-t-elle à la production de nourriture?

À Minneapolis, la boulangerie Baker’s Field Flour and Bread est l’une des premières à créer une farine de Kernza.

L’arôme est fabuleux : terreux avec des notes de noix. Mais la farine ne ressemble pas du tout à ce que les consommateurs connaissent.

Steve Horton, Baker’s Field Flour and Bread
Des mains avec de la farine.

Farine de blé roux de printemps (gauche) et farine de Kernza.

Photo : Radio-Canada

Outre la couleur particulière, la taille du grain de Kernza est un défi : il est cinq fois plus petit que celui du blé, ce qui rend la production de pain difficile. Malgré ces défis, l’aliment suscite beaucoup d’intérêt.

Un boulanger avec du pain de kernza.

La boulangerie Baker's Field Flour and Bread

Photo : Radio-Canada

Au Birchwood Cafe, le chef Daniel Schmit concocte différents mets avec du Kernza.

Je l’intègre dans le pain, les craquelins, les tortillas, les pâtisseries et même les crêpes. Ce n’est pas tant le goût du Kernza que la philosophie derrière cette céréale qui me motive.

Dan Schmit , chef au Birchwood Cafe

Et ses clients l’apprécient – les ventes de produits faits avec la céréale ne font qu’augmenter.

Ailleurs en ville, l’entreprise Dumpling and Strand fabrique des pâtes fraîches avec de la farine de Kernza.

Pâtes de Kernza.

Pâtes de Kernza

Photo : Radio-Canada

Mais il y a un hic : la farine de Kernza coûte cinq fois plus cher que celle de blé, en raison des stocks limités. Le marketing est donc ralenti par une production très modeste.

Pollution des sources d’eau potable

Les chercheurs de l’Université du Minnesota misent sur l’appui des communautés rurales pour assurer l’avenir de la céréale. Ils rencontrent les fermiers, les élus et les entrepreneurs dans certaines régions pour promouvoir le Kernza.

Des gens en réunion.

Jacob Jungers de l'Université du Minnesota rencontre les résidents de Chatfield au Minnesota.

Photo : Radio-Canada

Les municipalités qu’ils visitent ont une chose en commun : des taux de nitrate très élevés dans leurs nappes phréatiques.

Certaines communautés ont même été obligées de construire des usines de traitement d’eau potable, ce qui a entraîné des dépenses de plusieurs millions de dollars.

Jacob Jungers, professeur d’agronomie à l’Université du Minnesota

Les promoteurs de la céréale sont convaincus que le Kernza pourrait être une piste de solution au problème grandissant de pollution des sources d’eau potable.

À la fin de l’été 2018, la toute première variété canadienne de Kernza est récoltée, sur les parcelles expérimentales de l’Université du Manitoba.

Des agriculteurs dans un champ.

Récolte de la première variété canadienne de Kernza.

Photo : Radio-Canada

Le grain récolté par Doug Cattani et son équipe servira à semer une trentaine d’hectares de Kernza sur des fermes manitobaines à l’automne 2019.

C’est une étape majeure dans ce projet. D’ici 10 ans, j’espère voir naître une production de Kernza qui atteindrait les 2000 à 4000 hectares.

Doug Cattani, professeur de biologie à l’Université du Manitoba

Au Canada comme aux États-Unis, le travail génétique se poursuivra pour améliorer la culture de la céréale. Car, malgré les succès des dernières années, les champs de Kernza produisent, à l’heure actuelle, trois fois moins que le blé.

Il faut une certaine productivité, car les gens cherchent la rentabilité.

Richard Magnusson, producteur de grains

Si une plante vivace souhaite un jour détrôner les géants de l’agriculture conventionnelle, il faudra d’abord qu’elle fasse ses preuves auprès de ceux qui la cultiveront.

Champs de Kernza.

Champs de Kernza

Photo : Radio-Canada

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