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analyse

Faut-il encourager l'achat de véhicules électriques?

Un véhicule électrique à une borne de recharge.

Le virage des fabricants est amorcé, mais il y a de plus en plus de véhicules sur nos routes et la congestion coûte une fortune. Le développement de la voiture électrique est-il le bon choix?, se demande Gérald Fillion.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher

Gérald Fillion

ANALYSE - La voiture électrique est à la fois une solution et un problème. C'est une bonne idée, sur le plan écologique, que de remplacer un modèle à essence par un autre, électrique. Mais remplacer un véhicule par un autre véhicule ne change rien aux problèmes de congestion et à la croissance constante de leur nombre sur nos routes engorgées. Faut-il vraiment encourager le développement de la voiture électrique?

Il y a de plus en plus de véhicules sur nos routes. On comptait 567 véhicules pour 1000 personnes au Québec en 2017. Dix ans plus tôt, en 2007, c’était 523.

« Durant cette période de 10 ans, est-il écrit dans le rapport 2019 sur l’État de l’énergie de HEC Montréal (Nouvelle fenêtre), le taux de croissance démographique a été de 9 %, alors que le nombre de véhicules de promenade [automobiles et camions légers, selon la classification de la SAAQ] augmentait du double, soit de 18 %. Dans le parc automobile québécois, on comptait 27 % de camions légers en 2007 et 39 % en 2017. »

On achète de plus en plus de camions légers (comme les VUS) et de moins en moins d’automobiles. Toujours selon l’État de l’énergie, le nombre de voitures pour usage personnel a augmenté de 29 % de 1990 à 2016, pour atteindre 3,623 millions de véhicules, mais le nombre de camions légers a bondi de 262 %, pour un total de 1,745 million de véhicules.

Heureusement, les véhicules sont aujourd’hui plus efficaces. La consommation moyenne de carburant a chuté de 17 % pour les voitures et de 12 % pour les camions légers de 1990 à 2016. Et les distances parcourues diminuent aussi, une réduction moyenne de 28 % pour les voitures et de 22 % pour les camions légers.

La congestion coûte une fortune

Une étude de la Commission canadienne de l'écofiscalité (Nouvelle fenêtre) rappelait en 2015 que « c’est dans le Grand Montréal, le Grand Toronto et le Grand Vancouver que les problèmes de congestion sont les plus graves au chapitre des retards et de l’imprévisibilité des temps de déplacement. Selon des études portant sur Toronto et Vancouver, la congestion occasionne des coûts annuels directs d’environ 7 milliards de dollars et de 1,4 milliard, respectivement. À Toronto, ils pourraient atteindre 15 milliards par année en 2031 si aucune mesure n’est prise ».

Pour Montréal, les données ne sont pas à jour. En 2008, « les coûts de la congestion dans le Grand Montréal ont été évalués à 1,8 milliard de dollars » rapporte une étude de la Fondation David Suzuki (Nouvelle fenêtre).

L’intérêt grandit

Au début de 2018, il y avait 21 897 véhicules électriques ou hybrides rechargeables au Québec. L’État de l’énergie affirme qu’en « présumant que les distances parcourues par ces véhicules sont semblables à celles d’une voiture moyenne du parc automobile québécois, ils ont consommé environ 45 GWh (45 millions de kWh) ». C’est près de 20 millions de litres d’essence qui n’ont pas été consommés, selon les calculs du rapport.

« Dans le transport personnel, écrit l’État de l’énergie, une réduction du nombre de véhicules à essence de 40 %, soit d’environ 2 millions de véhicules, contribuerait à l’atteinte de l’objectif de réduction de 40 % de la consommation de produits pétroliers par rapport à 2013, d’ici 2030. Si des véhicules électriques se substituaient à ces véhicules à essence, le Québec pourrait éviter la consommation de 2,7 milliards de litres d’essence. Les véhicules électriques feraient toutefois augmenter la consommation d’électricité de 5 TWh [5 milliards de kWh]. »

Choisir un véhicule électrique est aussi économique. Selon l’édition 2019 du document Choisir un véhicule rechargeable qui répond à vos besoins, produit par le gouvernement du Québec, « sur l’ensemble de leur cycle de vie, un véhicule électrique propulsé par l’hydroélectricité émet moins de GES qu’un véhicule à essence ». Sur une distance de 150 000 km, c’est 65 % moins de GES. Sur 300 000 km, c’est 80 %.

De plus, sur 20 000 km, les dépenses d’entretien (huile et freins), sont de 320 $ pour une automobile à essence contre 83 $ pour un véhicule électrique. Et sur 100 km de déplacement, il faut 10 $ d’essence, contre 2 $ en énergie pour un véhicule électrique.

À près de 22 000 véhicules électriques, le Québec est encore loin de son objectif de 100 000 pour 2020. Mais l’intérêt est grandissant. En entrevue à RDI économie jeudi soir, le PDG de Transition énergétique Québec affirmait recevoir 150 demandes de subvention par jour, pour une borne et/ou une voiture électrique dans le cadre du programme Roulez vert.

Le virage des fabricants est amorcé

Si la voiture électrique demeure encore marginale sur nos routes, la demande grandit et les fabricants sont sur le point d’offrir une gamme de véhicules qui pourraient intéresser les consommateurs.

Voici une liste des constructeurs, tirée du rapport « Global EV Outlook 2018 » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) (Nouvelle fenêtre), qui se sont engagés à offrir un certain nombre de modèles électriques à leurs clients d’ici 2025. Pour certains d'entre eux, les véhicules électriques vont bientôt représenter jusqu’à 25 % de leurs ventes totales.

Sur la planète, il s’est vendu 1,1 million de véhicules électriques en 2017, en hausse de 54 % par rapport à l’année précédente. On compte 3,1 millions de véhicules électriques en circulation, selon le rapport de l’AIE.

On trouve la grande majorité de ces véhicules électriques en Chine et aux États-Unis, mais on remarque qu’en Norvège, 39,2 % des nouveaux modèles vendus sont électriques. En Islande, c’est 11,7 % et en Suède, c’est 6,3 %. Au Canada, ce pourcentage est faible, à seulement 1,1 % des nouvelles ventes.

Donc, oui, on améliore l'efficacité de nos véhicules et la croissance des véhicules électriques va bonifier davantage ce bilan. Mais puisque la congestion coûte cher, faut-il continuer de subventionner l'achat de véhicules électriques? Ou doit-on consacrer toutes nos énergies à améliorer l'offre de transport en commun?

Gérald Fillion

Transports

Économie