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chronique

Faire des affaires pour les femmes innues

Uashat

La communauté innue de Uashat

Photo : Radio-Canada

Luc André

Faire des affaires au féminin sollicite des compétences qui s'obtiennent au prix d'un grand effort. La communauté de Uashat mak Mani-Utenam (Sept-Îles) compte plus de 72 entreprises. Dix pour cent d'entre elles sont la propriété de femmes. Voici les cas de trois entreprises propriété de femmes innues.

L’Épicerie Innu

Josée Rock est propriétaire de L’épicerie Innu, un dépanneur situé à Mani-Utenam, la plus ancienne entreprise de la communauté.

Il y a dix-sept ans, Mme Rock a acquis le dépanneur de sa cousine. Elle en connaissait déjà le fonctionnement, puisqu’elle avait travaillé dans l’entreprise.

Le premier obstacle à franchir est la mise de fonds initiale. Dans le cas de Josée Rock, la somme exigée était de 19 000 $, somme qu’elle n’avait pas. Or, elle s’est rappelé avoir placé les allocations familiales de ses quatre enfants. Un investissement qui atteignait à l’époque 18 000 $. Aujourd’hui cette somme a été remboursée.

Plusieurs autres défis attendaient José Rock. Lorsque vous devenez propriétaire, les compétences sollicitées sont différentes et plus complexes que lorsque vous êtes employé ou même gérant.

Il faut entre autres maîtriser toutes les opérations liées à une entreprise de commerce : les achats, les relations avec les fournisseurs, la gérance du personnel, les mécanismes de contrôle, la gestion financière, les logiciels de comptabilité, etc.

Réunir toutes ces compétences dans une seule personne est pratiquement impossible. Mme Rock s’est tout de même lancée dans l’aventure. Elle a développé ses expertises à force de courage et de persistance et surtout en investissant quotidiennement entre 12 et 15 heures de travail pendant plusieurs années… avec nécessairement des coûts pour la famille et les proches.

Aujourd’hui, le commerce de Josée Rock est florissant. Elle termine les rénovations de son dépanneur. Elle a même pu engager une gérante. Elle peut ainsi consacrer plus de temps à sa famille. Sans compter qu’elle a créé des emplois et que son personnel est majoritairement féminin.

Garderie Nishkiss

Françoise Riverin est propriétaire de la Garderie Nishkiss, une garderie privée qui accueille six enfants depuis quatre ans.

Elle a adapté sa maison selon les normes des CPE édictées par le ministère de la Famille. Les exigences sont énormes. Trois fois par année, les inspecteurs viennent vérifier si les règles d’aménagement de la maison sont respectées. On vérifie chaque pièce de la garderie de même que les menus servis aux enfants.

« Moi, j’ai connu des problèmes concernant le financement qu’on m’a refusé parce que le projet était établi dans ma maison. L’institution financière pensait que mon projet consistait à embellir ma maison et que le projet de garderie serait abandonné par la suite », dit Françoise Riverin.

Elle a donc décidé de réaliser tout de même son projet de garderie, sans appui pour la mise de fonds initiale.

Sa garderie fonctionne bien depuis quatre ans.

Là aussi, Mme Riverin a dû acquérir de nouvelles compétences. Elle a suivi un cours de comptabilité. Elle a conçu elle-même son plan d’affaires. Et surtout elle a cru en son rêve de jeunesse guidée par son amour des enfants. Elle a même accueilli cette année un nouvel enfant à sa garderie : une jeune Inuite de Kangirsuk au Nunavik qu’elle a adoptée.

Selon Mme Riverin, la mise de fonds est généralement remboursée en un an. L’étape suivante consiste à financer les acquisitions qui aideront à améliorer tes locaux ou le matériel disponible pour les enfants.

Dan Esso
Marie France André est propriétaire de la station d’essence et du dépanneur sur la route 138 à Mani-Utenam qui s’appelle Dan Esso.

Au départ, elle avait uniquement une petite station d’essence sans dépanneur. Il y a quelques années, elle a décidé d’agrandir en ajoutant un dépanneur en plus de sa station d’essence. Même si elle avait travaillé une vingtaine d’années à la Baie d’Hudson d’abord comme caissière, puis comme gérante, Mme André affirme qu’être propriétaire comporte beaucoup plus de difficultés.

Un de ses grands défis a été de maîtriser la croissance rapide de son entreprise. Le chiffre d’affaires lorsqu’elle a ajouté le dépanneur à la station-service a été multiplié par sept.

« Avant, j’avais une dette de 50 000 $ et aujourd’hui je me suis endettée de plus d’un million de dollars. Mais avec l’augmentation des revenus, ça devrait être remboursé assez vite », soutient Mme André.

Elle avoue qu’un de ses plus grands défis demeure tout de même le contrôle de la dette qui accompagne, là comme ailleurs, la croissance d’une entreprise.

En résumé, ces trois expériences d’entrepreneuriat au féminin partagent sensiblement les mêmes caractéristiques.

La mise de fonds initiale demeure un obstacle de taille. Les institutions financières semblent frileuses à appuyer les entrepreneures dont c’est la première expérience en affaire.

Et qu’on le veuille ou non, toutes ces femmes ont dû d’abord investir de leur temps et de leur courage avec des conséquences pour leur vie familiale.

L'économie autochtoneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'économie autochtone avec Luc André

Photo : Radio-Canada

Luc André est originaire de la communauté innue de Maliotenam. Il est diplômé en administration et a travaillé pendant plus de trente ans en développement économique. Il connaît de l'intérieur les difficultés auxquelles font face les nations autochtones pour se doter des outils économiques nécessaires à leur émancipation. De plus, il a été aux premières loges de ces petits « miracles » qui parfois surgissent et qui démontrent que les Autochtones sont les mieux placés pour gérer leurs propres affaires.

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