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La NRA s'invite dans le débat sur le registre québécois des armes à feu

Des membres de la NRA sont devant une boutique de la NRA.

La NRA s'est positionnée contre le registre québécois des armes à feu dans deux textes publiés en ce début d'année.

Photo : Reuters / John Sommers II

David Rémillard

Les opposants au registre québécois des armes à feu peuvent compter sur l'appui de la National Rifle Association (NRA), qui s'intéresse visiblement à ce qui se déroule au Québec.

Dans deux textes parus en ligne les 4 et 10 janvier, le puissant lobby américain discrédite le registre des armes d’épaule implanté au Québec.

On y affirme que la mesure « va trop loin » et que « d’honnêtes citoyens » sont traités « comme des criminels » par la Loi sur l’immatriculation des armes à feu, entrée en vigueur le 29 janvier 2018.

Ashley Ingram, une employée de la NRA, a confirmé à Radio-Canada que les deux textes proviennent bien de portails gérés par l’association proarmes.

Cette dernière ne pouvait cependant expliquer cette soudaine prise de position de la NRA par rapport au Québec. « Règle générale, notre direction des affaires publiques ne traite pas les demandes de médias étrangers », a-t-elle ensuite affirmé. Il a finalement été impossible d’obtenir davantage de détails sur les motivations de la NRA.

« Appui moral »

Le mouvement Tous contre un registre québécois des armes à feu qualifie l’appui comme étant « moral », sans plus.

Guy Morin

Guy Morin

Photo : Ici Radio-Canada

Dans une publication sur les réseaux sociaux jeudi, l'organisation a pris soin de faire une « mise au point ». « Nous ne recevons aucun financement public ni aucun appui financier d’aucune organisation, quelle qu’elle soit », pouvait-on y lire.

Joint par Radio-Canada la veille de cette publication, Guy Morin, figure connue du collectif, affichait la même prudence. « C’est sûr que pour nous c’est un bon appui, a-t-il dit d’emblée. Mais on est au Canada, on est au Québec. C’est certain qu’on n’ira pas dans le même sens que la NRA avec le [droit au] port d’arme. »

M. Morin croit que les récentes sorties de la NRA sont exclusivement en lien avec le registre québécois des armes d’épaule, et qu’il n’y a pas d’intention au-delà de cette question.

À titre personnel, il ne cache toutefois pas son accord avec certaines propositions controversées du lobby américain, comme celle d’armer les enseignants dans les écoles pour neutraliser un éventuel tireur de masse.

« Encore là ce n’est pas armer n’importe qui n’importe comment. Ça vient avec des formations, avec de l’entraînement, a-t-il précisé. Mais je pense que si un jour on veut vraiment régler le problème des tueries dans les écoles, il faut penser plus loin que de juste essayer de cacher des gens pour essayer d’éviter des morts. Il faut qu’il y ait des gens qui soient capables de confronter la menace le plus rapidement possible. »

Bon signe

Les militants pour le contrôle des armes à feu voient dans l’intervention de la NRA un signe que le Québec dérange et fait donc la bonne chose en allant de l’avant avec son registre.

Un groupe de militants pro-contrôle des armes à feu à Ottawa

Meaghan Hennegan, qui a été atteinte par balles lors de la fusillade au collège Dawson à Montréal, a plaidé en faveur d'un plus grand contrôle des armes à feu le 3 décembre à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

« Normalement, ils [la NRA] font très attention pour ne pas commenter les lois des autres pays. Maintenant c’est assez clair qu’ils sont contre ce que fait [le Québec] », a souligné Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient.

Mme Rathjen estime que ces interventions auront une portée limitée. « Ça va peut-être énergiser un peu le lobby des armes au Québec. Mais en termes d’impact sur le processus politique en général, je ne crois pas que ça va aider les groupes proarmes », a-t-elle affirmé, ayant confiance que les Québécois ne veulent pas d’une américanisation du système canadien.

La militante s’inquiète tout de même de potentiels rapprochements entre la NRA et des groupes canadiens. « C’est certain qu’au Canada et au Québec, les lois sont différentes et la culture est différente. Mais ce qui est important, c’est de regarder un peu plus près des groupes proarmes qui ont des positions assez extrêmes qui se rejoignent à la NRA. Si nous ne sommes pas vigilants, c’est très possible qu’on se rapproche de ce genre de culture », a-t-elle plaidé.

Opération locale

Pour Francis Langlois, professeur d'histoire au Cégep de Trois-Rivières expert de la question des armes à feu aux États-Unis et au Canada, le positionnement de la NRA contre le registre s’adressait en premier lieu à ses membres américains.

Donald Trump sur une scène

Le président américain Donald Trump a fait un plaidoyer pour les armes à feu lors d'un discours prononcé le 4 mai 2018.

Photo : Reuters / Carlos Barria

« L’idée pour eux, d’abord et avant tout, c’est de montrer ce qui risque d’arriver si on baisse la garde. Donc, le vrai public de la NRA, ce sont vraiment ses membres et le public américain », analyse le chercheur à la chaire Raoul-Dandurand. « [La NRA] veut mobiliser la base de ses membres pour agir au niveau local. »

M. Langlois rappelle que des candidats appuyés par la NRA aux élections de mi-mandat ont été défaits cet automne. « L’association a subi une dégelée, si on veut. [...] Au contraire, beaucoup de candidats démocrates qui faisaient la promotion d’un plus grand contrôle des armes à feu [ont été élus] en ayant une plateforme ouvertement pro-contrôle. »

Sans s’avancer sur les liens potentiels entre Tous contre un registre québécois des armes à feu et la NRA, M. Langlois voit certainement une récupération de leur cause de la part des Américains.

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