•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plusieurs menaces planent sur l'économie mondiale, prévient l'ONU

Les deux hommes se serrent la main.

Les présidents américain et chinois, Donald Trump et Xi Jinping, lors d'une conférence de presse à Pékin en novembre 2017.

Photo : Getty Images / AFP/Nicolas Asfouri

Bernard Barbeau

Les indicateurs habituels pointent vers un essor de l'économie mondiale cette année, mais l'ONU avertit que de nombreux facteurs risquent de changer la donne, en particulier les différends commerciaux et les catastrophes liées aux changements climatiques.

En apparence, l'économie mondiale semble solide, convient la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans un rapport rendu public lundi.

L’activité économique, mesurée par la croissance du produit intérieur brut (PIB), devrait s’accélérer à un rythme soutenu de 3 % en 2019, dit-elle.

Si les indicateurs économiques mondiaux restent largement favorables, ils ne racontent pas toute l'histoire. [...] Derrière ces chiffres, on peut discerner une accumulation de risques à court terme qui menacent les perspectives de croissance mondiale.

António Guterres, secrétaire général de l’ONU

Les tensions commerciales entre les plus grandes économies de la planète se sont considérablement aggravées en 2018, souligne le rapport Situation et perspectives de l’économie mondiale.

« Les mesures prises par les États-Unis en vue d’augmenter les droits d’importation ont suscité des représailles et des contre-représailles », écrit la CNUCED, en soulignant que le Canada, l’Union européenne et la Chine se sont tous adressés à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour déplorer les mesures prises unilatéralement par Washington.

La croissance du commerce mondial s’est ainsi « essoufflée ».

« Un épisode prolongé de tensions accrues et une montée en flèche de l’imposition de nouveaux droits de douane entre les plus grandes économies du monde représentent un risque considérable », peut-on lire dans le rapport.

Leur incidence sur l’économie mondiale pourrait être importante : ralentissement de l’investissement, hausse des prix à la consommation et altération de la confiance des entreprises.

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

Mais « le nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) lève un degré d'incertitude important concernant les relations du Canada avec son principal partenaire commercial et atténue certains risques de dégradation de son économie », salue la Conférence.

Les trois hommes sont assis à une table; leurs ministres responsables du dossier sont derrière eux.

Le premier ministre Justin Trudeau participe à une cérémonie de signature du nouvel ALÉNA avec le président Donald Trump et le président Enrique Peña Nieto à Buenos Aires, en Argentine

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Perspectives canadiennes

L’ONU s’attend à ce que l’économie canadienne jouisse d’une croissance saine de 2 % en 2019 et de 2,2 % en 2020 (2,5 % et 2 % aux États-Unis; 2,1 % et 1,9 % dans l’ensemble des pays développés). Elle prévoit aussi une « forte croissance » des investissements au Canada.

Là où l’économie canadienne est plus vulnérable, c’est au chapitre de l’endettement des ménages « qui dépasse de loin celui de nombreux autres pays développés ».

Le nombre d'emprunts à taux variable étant à la hausse, de nombreux ménages canadiens sont exposés aux risques associés à la hausse des taux d'intérêt. Les dépenses des ménages pourraient donc ralentir de façon marquée si les taux augmentent rapidement.

« Une grande incertitude entoure la trajectoire de l’ajustement de la politique monétaire dans les économies des pays développés, en particulier des États-Unis, estime la CNUCED. […] Une forte hausse des tensions inflationnistes pourrait inciter la Réserve fédérale américaine (Fed) à relever les taux d’intérêt à un rythme beaucoup plus rapide que prévu, ce qui entraînerait un resserrement brutal des conditions de liquidité mondiales. »

Et elle note que les hausses de taux de la Banque du Canada sont généralement comparables à celles de la Fed.

Le Brexit occasionne aussi son lot d’inquiétudes.

« L’éventuelle incapacité des décideurs en Europe [de conclure un accord] avant le retrait prévu du Royaume-Uni de l’Union européenne, en mars 2019, menace la stabilité financière, étant donné l’importance des banques européennes dans l’orientation des flux financiers transfrontières mondiaux », signale la CNUCED.

Dans un document distinct sur les tendances en matière d’investissements, la CNUCED note que les investissements d’entreprises vers l’étranger ont reculé en 2018 pour une troisième année de suite, atteignant un creux comparable à celui constaté après la crise financière mondiale de 2008. « La baisse s’est concentrée dans les pays développés, où les mouvements internationaux de capital ont diminué de 40 % […] principalement en raison du rapatriement important de revenus accumulés par les multinationales américaines à la suite de réformes fiscales. » Cependant, les prochains mois devraient permettre à ces pays de revenir à un niveau « moyen » d’investissements de l’étranger.

Les cheminées fumantes d'une raffinerie.

Contrairement aux derniers projets d’exploitation de sables bitumineux d’Imperial Oil, le projet Aspen mise sur une extraction souterraine du carburant plutôt que sur l’exploitation d’une mine à ciel ouvert.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Poids économique des changements climatiques

Le rapport Situation et perspectives de l’économie mondiale met également en relief à quel point les bouleversements climatiques peuvent influer sur l’économie.

« La transition essentielle vers une production et une consommation respectueuses de l'environnement ne se produit pas assez rapidement et les effets du changement climatique se généralisent et s’aggravent », a insisté António Guterres en le présentant.

L’ONU est d’avis que les différents gouvernements doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour réduire le recours aux combustibles fossiles et aux technologies à fortes émissions de carbone.

« Cet objectif peut être atteint au moyen d’outils tels que des mesures de tarification du carbone, des règlements en matière d’efficacité énergétique […] et la réduction des régimes socialement inefficaces de subvention des combustibles fossiles », souligne la CNUCED. Elle suggère également l’adoption de mesures d’économie de l’énergie.

La diversification économique est un impératif pour les pays qui demeurent fortement tributaires de la production de combustibles fossiles.

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

« Les chocs climatiques ont des conséquences [partout], exposant d’importants groupes de population au risque d’être déplacés et endommageant fortement les infrastructures essentielles », souligne la Conférence. Elle rapporte que le nombre de grandes catastrophes climatiques occasionnant des pertes financières importantes (inondations, sécheresses, érosion, feux de forêt…) a plus que triplé depuis le début des années 1980, passant d’un peu plus de 200 par année à près de 700.

Les dégâts causés à des infrastructures comme les ports et les aéroports peuvent avoir des répercussions sur le commerce international et sur le développement durable de nations vulnérables.

Plusieurs pays en développement continuent par ailleurs de voir leur revenu par habitant diminuer.

Encore cette année, ce devrait être le cas dans le centre, l’ouest et le sud de l’Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine et dans les Caraïbes, des régions où près du quart de la population mondiale vit dans une extrême pauvreté.

« La croissance économique est inégale et n'arrive souvent pas là où elle est la plus nécessaire », regrette la CNUCED. « De nombreux pays continuent d'être laissés pour compte. »

Développement économique

Économie