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Ottawa mobilise ses alliés face à Pékin et ça fonctionne, croit l'ex-ambassadeur Saint-Jacques

Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) ont été arrêtés par les autorités chinoises.
Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) ont été arrêtés par les autorités chinoises. Photo: La Presse canadienne/Twitter

Le Canada a raison de rameuter ses alliés pour dénoncer la décision des autorités chinoises de placer en détention l'ex-diplomate Michael Kovrig et l'homme d'affaires Michael Spavor, affirme l'ex-ambassadeur canadien à Pékin Guy Saint-Jacques.

Il en tient pour preuve le fait que l’ambassadeur chinois au Canada, Lu Shaye, a invité jeudi le premier ministre canadien Justin Trudeau à arrêter de solliciter l'appui de pays alliés et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, à ne pas faire valoir la position canadienne lors du Forum de Davos, comme elle a déjà promis de le faire.

Une douzaine de pays ont déjà appuyé le Canada dans ce dossier, a souligné vendredi l'ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, après un témoignage présenté à huis clos devant le comité des affaires étrangères de la Chambre des communes.

« Pour qu’il [l'ambassadeur Lu] en parle, ça confirme l’efficacité de cette approche. C’est la première fois que des pays occidentaux se regroupent pour dénoncer un comportement reprochable à la Chine », a analysé M. Saint-Jacques lors d’une entrevue accordée jeudi à 24/60.

« Dire, par exemple, à Mme Freeland : "n’allez pas chercher d’autres appuis", ça indique que notre stratégie fonctionne », a aussi dit celui qui a représenté les intérêts d’Ottawa à Pékin de 2012 à 2016. « J’ai toujours dit que la Chine est préoccupée par son image à l’échelle internationale. »

Je pense qu’il faut continuer avec ça, parce que tout ça amène davantage d’attention sur la Chine, sur sa réputation, et ils vont devoir en tenir compte s’ils veulent prendre d’autres mesures de représailles à l’endroit du Canada. Il faut être ferme.

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur à Pékin

Trudeau martèle le message de l'appui international

Le premier ministre canadien a souligné à gros traits que le Canada bénéficie d'un important appui international en commentant le litige diplomatique avec la Chine au terme de la réunion de son Cabinet, vendredi à Sherbrooke.

« Je pense que depuis quelques semaines on a vu qu’il y a beaucoup de pays de partout dans le monde qui partagent notre préoccupation pour la sécurité des Canadiens et la sécurité de leurs propres citoyens », a-t-il commenté. « Le fait que tant de pays ont publiquement souligné que l'attitude que la Chine a prise est une source d’inquiétude est un message important », a-t-il ajouté en anglais.

Interrogé par la suite sur les avertissements de l'ambassadeur Lu, qui a évoqué des « répercussions » si Ottawa devait interdire à Huawei l'accès au futur réseau 5G, M. Trudeau a martelé le même message.

« Quand un pays comme la Chine commence à mêler des intérêts commerciaux avec l’emprisonnement de citoyens d’un autre pays, nous sommes rendus dans une situation où l’application de la règle de droit n’est pas au premier plan. C’est une chose qui me préoccupe, et qui préoccupe bien des gens à travers le monde. »

Selon M. Saint-Jacques, les propos de M. Lu sont bel et bien représentatifs de l’état d’esprit du gouvernement chinois. « Depuis que Xi Jinping a pris le pouvoir en Chine, il n’y a plus personne qui peut offrir des opinions divergentes. Je pense que ce qu’on entend de la part de M. Lu, ça reflète tout à fait la pensée à Pékin. »

Selon Ottawa, l’Australie, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, les Pays-Bas, l'Espagne, la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie ont exprimé leur appui au Canada dans ce dossier.

La Chine est un grand pays. Et je pense que nous seuls nous ne pourrons peut-être pas résoudre le problème. [...] Les alliés du Canada se sont manifestés en grand nombre et nous leur sommes tous reconnaissants.

John McCallum, ambassadeur canadien en Chine

L’immunité diplomatique de M. Kovrig violée?

L’ancien ambassadeur canadien dit par ailleurs être particulièrement inquiet face à la possibilité que la Chine ne respecte pas l’immunité diplomatique « résiduelle » dont bénéficie Michael Kovrig.

Celui-ci a été vice-consul de l'ambassade canadienne à Pékin de septembre 2014 à août 2016, puis consul au consulat général du Canada à Hong Kong, un territoire chinois ayant le statut de région administrative spéciale.

Depuis février 2017, il travaille toutefois pour l'International Crisis Group, grâce à un congé sans solde. Il travaillait pour cette ONG lorsqu’il a été arrêté pour atteinte à la sécurité de l’État.

« Ce qui est plus inquiétant dans le cas de M. Kovrig – c’est ce qui a été révélé lorsque M. McCallum l’a rencontré lors de la deuxième visite consulaire jeudi dernier - c’est qu’on le questionne uniquement sur son travail alors qu’il était à l’ambassade du Canada », a dit M. Saint-Jacques.

Selon la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, un diplomate a l’immunité diplomatique non seulement durant son séjour dans le pays, mais il y a aussi cette notion d’immunité diplomatique résiduelle : on n’a pas le droit de l’interroger dans le futur sur ce travail qu’il a fait.

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur à Pékin

Le gouvernement canadien n’a jamais confirmé ces informations. Le Globe and Mail a toutefois révélé mercredi, sur la foi de sources non identifiées, qu’Ottawa a convoqué l’ambassadeur chinois Lu pour se plaindre que M. Kovrig était interrogé sur son travail diplomatique.

Ces informations jettent un autre éclairage sur des propos tenus vendredi dernier par Justin Trudeau. « Dans l'un des dossiers, l'immunité diplomatique n'est pas respectée, avait-il dit. Nous sommes en contact actuellement à ce sujet avec les autorités chinoises et nos partenaires internationaux. »

L'ambassadeur McCallum a indiqué mercredi que MM. Kovrig et Spavor, soupçonnés « d'activités menaçant la sécurité nationale » dans des affaires distinctes, sont interrogés par les autorités chinoises jusqu’à quatre heures par jour, et que cela pourrait continuer pendant six mois. Les deux hommes ne peuvent pas contacter d’avocat et n’ont accès aux services consulaires qu’une seule fois par mois.

L'ambassadeur du Canada en Chine, John McCallum.L'ambassadeur du Canada en Chine, John McCallum, lors d'une rencontre du cabinet fédéral à Sherbrooke, le 16 janvier 2019. Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

« Prématuré » pour Trudeau d’appeler Xi Jinping

L’ex-ambassadeur Guy Saint-Jacques a par ailleurs expliqué pourquoi l’ambassadeur Lu, qu’il connaît bien, a semblé amusé lorsqu’un journaliste lui a demandé si M. Trudeau devrait appeler le président chinois Xi Jinping. « Pour lui, c’est tout à fait impensable que M. Trudeau appelle M. Xi. C’est encore prématuré », a-t-il fait valoir.

Pour eux, les seuls appels que M. Xi prend, c’est ceux de Donald Trump ou de Vladimir Poutine, le Canada étant dans une deuxième catégorie dans les relations avec la Chine. On n’est pas un pays très important. Son rire [signifie] : "pour qui vous vous prenez?"

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur à Pékin

« De toute façon, je pense qu’il y a encore du travail au niveau diplomatique qui doit être fait, rapidement, avant qu’on arrive au stade où il faudra un appel au niveau du premier ministre, parce que ça, c’est vraiment le dernier recours, et puis il faut avoir préparé le terrain avant », a-t-il noté.

L’ex-ambassadeur canadien croit toutefois que M. Trudeau devrait penser à dépêcher un envoyé spécial pour mener ce dialogue avec la Chine.

John McCallum a aussi affirmé vendredi qu'il était trop tôt pour que M. Trudeau appelle M. Xi dans ce dossier. Cette approche est « la dernière flèche dans le carquois » des options du Canada, a-t-il commenté après son témoignage aux Communes.

Je pense que d'autres actions doivent être prises avant. C'est approprié et correct pour lui de le faire au bon moment. Et je suis sûr qu'il le fera. Mais je pense que ce serait plus efficace si d'autres stratégies sont déployées avant d'en arriver là.

John McCallum, ambassadeur canadien en Chine
Avec les informations de La Presse canadienne

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