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Le président français prévient qu'il ne répondra pas à toutes les demandes

Le président, Emmanuel Macron, fait un discours devant 600 maires à Souillac, dans le sud de la France.
Le président français Emmanuel Macron poursuivait son « grand débat national » à Souillac, dans le sud de la France. Photo: AFP/Getty Images / Ludovic Marin
Reuters

« Avoir un projet au niveau de la nation, ce n'est pas faire droit à toutes les demandes », a prévenu Emmanuel Macron vendredi, lors d'une rencontre dans le Lot avec quelque 600 maires d'Occitanie, en marge du grand débat national qui doit permettre de clore la crise des gilets jaunes.

Trois jours après un premier débat marathon d'une durée de six heures et demie à Grand-Bourgtheroulde, dans l'Eure, devant 650 élus normands, le chef de l'État a répété le même exercice pendant près de sept heures face à d'autres élus réunis à Souillac, leur écharpe de maire en bandoulière.

Emmanuel Macron, qui mise sur la grande concertation nationale qui se terminera le 15 mars pour tourner la page sur deux mois de crise, a rappelé la nécessité « de recréer un consensus » tout en soulignant que ce « n'est jamais l'unanimité ».

« Ce débat doit avoir pour vocation de récréer, par la délibération, cette part de consensus dont nous avons besoin en infléchissant certaines choses, en construisant le nouveau contrat de la nation que nous devons bâtir », a-t-il souligné.

Interpellé sur la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, une mesure en vigueur depuis le 1er juillet et fortement contestée, le chef de l'État a ouvert un peu plus grande la porte qu'il n'avait qu'entrebâillée mardi, en laissant entendre que de 10 à 20 % du réseau pourrait repasser à une limitation de 90 km/h.

« Le gouvernement a eu raison de s'attaquer au sujet de l'insécurité routière, c'est un débat important et c'était courageux », a-t-il dit concernant cette mesure défendue par son premier ministre Édouard Philippe. « Force est de constater que ce n'est pas compris. Je ne suis pas dans le déni de réalité. »

« Je suis passé sur certaines routes, on n'arrive pas à monter à 80 km/h déjà. Sur d'autres, ça énerve davantage, car on peut y aller un peu plus fort en montant à 85-90 km/h. On peut essayer ensemble de garder notre efficacité et avancer », a-t-il ajouté.

« Discours de drague »

Chargé d'ouvrir le débat, Jean-Michel Sanfourche, maire sans étiquette de Souillac, est entré très vite dans le vif du sujet pour demander pêle-mêle, en faveur de davantage de justice sociale, « la suppression de la taxe d'habitation pour tous sur la résidence principale, des aides optiques effectives dès maintenant sans attendre 2020 ou encore l'annulation de l'augmentation de la CSG [contribution sociale généralisée, NDLR] pour les retraités ».

Faisant écho à des doutes exprimés par des gilets jaunes et certains membres de l'opposition quant à la sincérité du grand débat, le maire de Saint-Cirgues (département du Lot), Christian Venries, a appelé le chef de l'État à éviter de faire de cet exercice « un grand bluff » ou un « discours de drague ».

Trois jours après la polémique sur des propos du chef de l'État estimant que certains pauvres « déconnaient », l'édile a également appelé Emmanuel Macron à « arrêter de stigmatiser » et « de jeter en pâture les plus faibles et les plus démunis ».

Les questions de mobilité et d'accès aux transports publics ont également occupé une grande part du débat, soulevées notamment par Aurélie Corbineau, maire de Verdun-sur-Garonne.

« Il y a des trains allant vers Toulouse qui sont remplis à 200 %, avec des gens qui voyagent dans les toilettes [...] Il faut investir dans les réseaux de bus et de train pour sortir les personnes de l'isolement et du sentiment d'abandon de l'État », a insisté l'élue de Tarn-et-Garonne.

Maire issu du parti Les Républicains (LR) de Montauban, Brigitte Barèges a été la première à mettre sur la table la question de l'immigration, relayant la volonté de certains gilets jaunes d'arrêter l'« immigration massive ».

« Je suis là pour parler d'une souffrance, il n'y a pas d'ONG pour les gilets jaunes, et pourtant ils le mériteraient », a déclaré l'élue, huée par plusieurs élus.

« Je ne suis pas sourd »

Dans la matinée, lors d'une visite surprise dans une autre commune du Lot, à Saint-Sozy, Emmanuel Macron avait assuré qu'il n'était pas « sourd » aux revendications des Français, mais que le redressement du pays passerait par l'implication de tous.

À la sortie de l'école intercommunale où il a rencontré les enseignants et les élèves, il a dialogué avec quelques habitants – son premier « bain de foule » depuis le 4 décembre, lorsqu'il avait été vivement pris à partie par une poignée de gilets jaunes lors de son déplacement à la préfecture du Puy-en-Velay.

Les habitants de Saint-Sozy l'ont notamment interpellé sur le montant des pensions, l'accès aux services publics dans les zones rurales, dont la désertification médicale.

« Un pays, on le redresse tous ensemble [...] on ne change pas la vie d'un pays comme ça en quelques mois », a-t-il dit à cette occasion. « Je ne suis pas sourd, c'est pour ça que je vais au contact, c'est pour ça que j'ai lancé le débat. »

Comme à Grand Bourgtheroulde mardi, Souillac, commune de moins de 4000 habitants a été placée sous haute sécurité.

Le stationnement y est interdit depuis jeudi 14 h, les manifestations aussi et de nombreux commerces sont fermés. Pour entrer dans la ville, les habitants doivent présenter aux forces de l'ordre carte d'identité et justificatif de domicile et, pour les commerçants, leur affiliation au registre du commerce.

Un gilet jaune argumente avec un gendarme lors d'une manifestation à Souillac, en France.Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté en marge de la rencontre avec les maires à Souillac vendredi. Photo : AFP/Getty Images / Pascal Pavani

Dans la matinée, une cinquantaine de gilets jaunes ont réussi à entrer dans la ville, mais ont été repoussés par les forces de l'ordre qui ont procédé à au moins une interpellation après quelques heurts. Les manifestants ont été cantonnés sur une petite place du centre-ville.

Des manifestants venus de l’Aveyron ont déroulé la banderole : « Manu, arrête tes macroneries, tu ne vas pas réussir à nous endormir avec ton grand débat », tout en scandant « Macron démission » et en chantant La Marseillaise.

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