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Des normes nuisibles aux enquêteurs incendie?

Les pompiers combattent le brasier à Saint-Fabien.
Les pompiers combattent le brasier à Saint-Fabien. Photo: Raymond Beaudry
Jean-François Nadeau

La santé des commissaires et des pompiers-enquêteurs inquiète un spécialiste des enquêtes sur les causes d'incendies. Le chercheur Arnaud Courti estime que les nouvelles normes imposées par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pourraient avoir des conséquences sérieuses sur le travail des enquêteurs en matière d'incendies.

Depuis avril 2016, la CNESST reconnaît sept cancers comme maladies professionnelles chez les pompiers. Elle impose, pour les prévenir, que les commissaires et les pompiers-enquêteurs portent aussi un appareil respiratoire complet quand ils sont sur les lieux d'un sinistre. La norme ne fait pas de distinction, qu'il s'agisse d'un feu de cuisinière ou d'un incendie majeur.

« C'est un appareil qui est plus difficile pour le corps et pour l'organisme. On avait des pertes de conscience. On a identifié qu'il y aurait des problèmes cardio-respiratoires, une augmentation du taux de crises cardiaques et des difficultés au niveau musculo-squelettique aussi », affirme Arnaud Courti.

Un pompier porte l'appareil respiratoire complet.Un pompier porte l'appareil respiratoire complet. Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

La Ville de Québec a mandaté le chercheur du Centre de recherche et innovation en sécurité civile pour faire une revue de la littérature scientifique disponible sur l'analyse de l'air et la protection respiratoire sur le site d'un incendie.

Pour des normes mieux adaptées

Il recommande que la CNESST établisse une modulation des protections respiratoires adaptées pour les enquêteurs.

« On n'est pas contre l'idée de protéger les enquêteurs. Néanmoins, est-ce qu'on peut avoir un espèce d'arbre décisionnel en fonction de certains critères? »

Arnaud Courti suggère, par exemple, de prendre en compte le type de bâtiment, la durée de l'incendie, les combustibles impliqués, la ventilation et la période de l'année.

« On pourrait préconiser l'appareil complet, un masque à cartouches ou encore, dans certains cas, prendre les petits masques de peinture que l'on retrouve en quincaillerie », souligne-t-il.

Inquiet pour l'avenir des enquêtes

Arnaud Courti craint également que de petites municipalités abandonnent certaines enquêtes incendie, faute de budget pour acquérir l'appareil respiratoire complet dont les coûts sont importants, selon lui.

« Le fait de devoir mettre en pratique cette recommandation de la CNESST, ça va amputer grandement un budget d'une municipalité. Certains services n'auront pas les moyens de le faire. On va se retrouver avec des dossiers de causes indéterminées parce qu'on n'aura tout simplement pas fait l'enquête », affirme-t-il.

Le chercheur a analysé des données américaines et européennes. Les études sur le sujet sont peu nombreuses. Arnaud Courti souhaite pouvoir lancer, d'ici la fin de 2019, une étude québécoise sur l'analyse de l'air et la protection respiratoire sur le site d'un incendie.

La CNESST a déclaré par courriel que des préoccupations ont déjà été soulevées et qu'elle travaille avec ses partenaires pour évaluer la situation et déterminer des solutions.

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