•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Ville de London déchirée au sujet des relations avec l'Arabie saoudite

Le reportage de Philippe Leblanc
Radio-Canada

L'accueil très médiatisé d'une jeune réfugiée saoudienne, samedi, à l'aéroport Pearson de Toronto, a fait le tour du monde. Comme beaucoup d'autres Canadiens, les habitants de London en Ontario, où se trouve une entreprise ayant obtenu un important contrat de livraison de véhicules blindés à l'Arabie saoudite, ont suivi ces développements, mais avec un regard complètement différent.

Un texte de Philippe Leblanc

« Je suis heureux que cette personne soit au Canada, affirme Ryan Brooks, qui a vécu toute sa vie à London. J'espère qu'on ne fera pas de lien entre cet incident et le contrat des véhicules blindés. Il ne faudrait pas. Je ne voudrais pas que qui que ce soit perde son emploi injustement. »

L'arrivée au pays de la jeune réfugiée Rahaf Mohammed n'est que le plus récent incident parmi d'autres qui ont suscité des tensions entre le Canada et l'Arabie saoudite. Appel d'Ottawa à la libération de militants saoudiens des droits de la personne, expulsion de l'ambassadeur du Canada, affaires Khashoggi et Badawi : rien pour rassurer une région de près de 500 000 habitants qui a vu la signature du controversé contrat de livraison de véhicules blindés au royaume saoudien comme une bouffée d'air frais pour l'économie de la région.

« Ce contrat-là, ça signifie la prospérité, lance le conseiller municipal du quartier où se situe l'entreprise General Dynamics, Shawn Lewis. Ça veut dire des emplois pour notre région. »

Prospérité dans une région malmenée

Près de 10 000 emplois dépendent de ce controversé contrat de 15 milliards de dollars. Chez General Dynamics évidemment, mais aussi pour 270 fournisseurs de pièces et entreprises de livraison. Un impact énorme dans une région où 70 000 personnes vivent sous le seuil de la pauvreté et ce, même si le taux de chômage, de 5,2 %, est le plus bas en 14 ans.

Les manchettes au sujet des tensions entre Ottawa et Riyad ravivent un vieux débat que les habitants de London semblent incapables de trancher : protection des droits de la personne en Arabie saoudite ou protection du lucratif contrat de livraison de véhicules blindés d'un des plus importants employeurs de la ville?

« Dans la vie, je choisis toujours la meilleure option morale, dit Toby Whalen, mais comment savoir ce qui est le mieux dans ce cas-ci? Je veux aussi protéger nos emplois. »

Le conseiller municipal Shawn Lewis essaie aussi de répondre à cet important questionnement éthique.

Shawn Lewis en entrevue.Le conseiller municipal Shawn Lewis s'inquiète notamment des droits de la communauté LGBT en Arabie saoudite. Photo : Radio-Canada

« En tant qu'homosexuel, le sort de la communauté LGBT en Arabie saoudite m'inquiète, dit-il. Mais il y a aussi des enjeux moraux à annuler le contrat. Ça risque d'empêcher des enfants d'avoir accès à l'université ici, car leurs parents ne pourront pas la leur payer. »

Le président de la Chambre de commerce de London, Gerry McCartney, est beaucoup plus direct dans ses propos. Il croit que le Canada doit honorer ce contrat signé en 2014 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper et il ajoute que le gouvernement de Justin Trudeau devrait cesser de faire la leçon à l'Arabie saoudite.

« Si j'étais Riyad, je me demanderais à quoi joue le Canada. Ottawa risque de mettre notre réputation commerciale en jeu. Si les libéraux ne veulent pas signer d'autres contrats avec l'Arabie saoudite, c'est bien. Mais qu'on ne touche pas à celui-ci », tranche-t-il.

Le débat entourant le contrat des blindés fait régulièrement les manchettes, même si les habitants de London aimeraient qu'on cesse d'en parler. Ils se préparent néanmoins à ce que l'enjeu soit encore au cœur de la campagne électorale fédérale, plus tard cette année.

Politique internationale

Économie