•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Montrez-moi votre microbiome, et je vous dirai quel âge vous avez

Illustration numérique des bactéries différentes peuplant le microbiome humain.

L'analyse du microbiome pourrait permettre de développer des outils diagnostiques afin de comprendre la longévité.

Photo : iStock

Renaud Manuguerra-Gagné

Le microbiome, l'univers bactérien auquel notre corps sert de maison, a un rôle à jouer dans le maintien de notre santé et l'apparition de maladies. Toutefois, ce dernier pourrait aussi servir d'horloge biologique! Bien plus qu'un indicateur d'âge, cette découverte pourrait permettre d'évaluer l'état de santé d'une personne ainsi que sa capacité à répondre à certains traitements.

Les risques d'avoir plusieurs maladies augmentent avec l’âge. Or, la date de naissance indiquée sur nos documents officiels n’est pas toujours la meilleure façon d’évaluer les risques liés à l’âge.

Le mode de vie, certains gènes, de même qu’une panoplie de facteurs encore méconnus, peuvent influencer notre âge biologique, l’état dans lequel se trouve notre corps en fonction de l’âge, ainsi que les risques pour la santé qui l’accompagnent.

Or, cet âge n’est pas toujours facile à estimer. Des chercheurs ont toutefois développé une méthode particulièrement intéressante, qui se base sur le microbiome, l’immense communauté de bactéries qu’abrite notre système digestif.

À l’aide de l’intelligence artificielle, des chercheurs ont observé que non seulement ce microbiome changeait avec l’âge, mais aussi que ces changements étaient remarquablement similaires entre les individus, au point où il serait possible de l’utiliser pour déterminer l’âge biologique d’une personne à quatre ans près.

Les bactéries comme horloge biologique

Les chercheurs ont d’abord analysé le microbiome de 1165 individus provenant de plusieurs pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Bien qu’il existe une grande variabilité parmi les espèces bactériennes selon les régions du monde, les chercheurs ont pu suivre 95 espèces récurrentes dans leurs échantillons. Ils ont ensuite divisé les individus en trois groupes d’âge : les 20-39 ans, les 40-59 ans et les 60-90 ans.

Par la suite, les chercheurs ont utilisé 90 % de leurs données pour entraîner une intelligence artificielle à reconnaître certains points communs entre la composition des bactéries du microbiome et l’âge de l’individu auquel il appartient.

En utilisant les 10 % restants comme test, ces chercheurs ont montré que leur algorithme était capable de déterminer l’âge d’une personne à quatre ans près, simplement à l’aide des données provenant des bactéries de son microbiome.

Des 95 bactéries identifiées par les chercheurs, 39 avaient un rôle important dans la détermination de l’âge. Étonnamment, il ne s’agissait pas nécessairement de bactéries liées à des états pathologiques.

Par exemple, certaines espèces, telles que Eubacterium hallii, une bactérie importante dans le métabolisme intestinal, augmentaient avec l’âge.

D’autres, telles que Bacteroides vulgatus, qui sont plus nocives et qui jouent un rôle dans des problèmes comme la colite ulcéreuse, diminuaient avec l’âge.

Un outil diagnostique

Avant toute chose, il faudra reproduire ces résultats dans d’autres groupes de personnes à travers le monde, le microbiome étant très facilement influencé par l’alimentation ou le pays d’origine d’une personne.

Selon les chercheurs, il faudra aussi beaucoup d’autres études pour comprendre ce qui pourrait lier ces espèces à notre état de santé. Ces derniers ne savent pas non plus si les variations observées dans le microbiome poussent les personnes à vieillir prématurément ou si elles sont plutôt des effets naturels du vieillissement.

L’objectif des chercheurs n’est toutefois pas de créer une méthode pour déterminer l’âge. Selon eux, il s’agit plutôt d’un outil diagnostique qui permettrait de voir comment le microbiome de personnes atteintes de différentes maladies peut dévier de la « norme ».

Ils pourraient ainsi s’en servir pour évaluer, par exemple, leur réaction à l’alcool, au manque de sommeil, à des changements de diète, et comment ces changements influent sur la longévité. Ils pourraient même s’en servir pour suivre la progression de certaines maladies comme le parkinson ou l’alzheimer, qui ont déjà été liées au comportement de certaines bactéries dans l’intestin.

Cette méthode pourrait aussi servir d'indicateur de performance pour des médicaments ou des traitements contre certaines maladies. Par exemple, des études ont déjà montré que différents traitements contre le cancer pouvaient être influencés non seulement par notre âge, mais aussi par la composition de notre microbiome.

Microbiologie

Science