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Le casse-tête de la retraite pour les immigrants

Bruno Sahut et Françoise Sigur-Cloutier assis à une table de café.
Malgré le tracas administratif, Bruno Sahut (à gauche) encourage son amie Françoise Sigur-Cloutier (à droite) à entreprendre les démarches pour obtenir ses revenus de retraite en France, car il rappelle que même une petite rente mensuelle en plus est toujours bienvenue dans le budget d'un retraité. Photo: Radio-Canada
Lise Ouangari

Les expatriés qui veulent prendre leur retraite au Canada et récupérer leurs revenus de retraite après avoir travaillé dans leur pays d'origine ou dans d'autres pays font face à de lourds défis administratifs. Cette situation peut parfois les décourager d'entreprendre les démarches pour obtenir ces sources de revenus pourtant bien légitimes.

« Il y a une tracasserie administrative qui est quand même assez lourde, alors je me demande si le jeu en vaut vraiment la chandelle », dit la Fransaskoise Françoise Sigur-Cloutier.

Cela fait des années que Françoise Sigur-Cloutier a quitté la France pour s’installer au Canada. Elle est maintenant prête pour la retraite, après avoir travaillé au Québec, en Alberta, en Saskatchewan et en France. Elle n’a toutefois fait aucune démarche pour réclamer ses fonds de retraite en France où elle a travaillé plusieurs années.

Le casse-tête de la retraite pour les immigrants

« Avoir les bonnes informations que je ne connaissais pas jusqu'à présent, commencer la démarche, ramasser tous les papiers nécessaires pour prouver les endroits où on a travaillé... » Autant de défis décourageants, selon elle.

Bruno Sahut, un retraité français établi en Saskatchewan, l’encourage pourtant à le faire.

« Ça prend un certain temps, c'est très laborieux. [ Mais] pour moi, ça me rapporte un petit peu plus d'argent, parce que je n’en ai vraiment pas beaucoup au niveau de ma pension », lui explique son ami, qui a pris une retraite anticipée.

Bruno Sahut croit que le fait d'’avoir gardé tous ses documents a grandement facilité ses démarches. « J'ai gardé tous les documents de mes emplois de l'époque, pendant plus de 40 ans », indique-t-il.

Françoise Sigur-Cloutier pose au comptoir d'un café de Regina.Françoise Sigur-Cloutier déplore le fait qu’il n’y ait pas de consulat français en Saskatchewan, ce qui rend selon elle ses démarches encore plus laborieuses. Photo : Radio-Canada / Lise Ouangari

Françoise Sigur-Cloutier déplore le fait qu’il n’y a pas de consulat français en Saskatchewan, ce qui rend son travail encore plus laborieux, selon elle, quand vient le temps, notamment, de rencontrer un représentant du gouvernement français en personne.

« C'est majeur qu'on n’ait pas de services, déplore-t-elle. Il va falloir qu'à un moment donné tout ce système-là devienne un peu plus fluide et plus facile d'accès. Sinon c'est un casse-tête épouvantable pour tout le monde. »

Des accords avec 60 pays

Pour bien comprendre la complexité des démarches auxquelles font face les retraités qui ne sont pas nés au pays, les experts rappellent qu’il existe deux principaux programmes de pension publics au Canada.

  • Le Régime de pensions du Canada qui s’adresse aux personnes qui ont travaillé et qui ont cotisé.
  • La pension de la Sécurité de la vieillesse qui s’adresse aux citoyens canadiens ou aux résidents qui ont résidé au moins 10 ans au Canada, et auquel peut se greffer le supplément de revenu garanti.

Le Canada a de plus signé des accords de sécurité sociale avec une soixantaine de pays pour tenir compte des années de résidence d’un étranger dans un autre pays et faciliter la reconnaissance de sa participation au régime de retraite de ce pays.

« Les accords prévoient que, dans certains régimes, le Canada va payer la rente en tenant compte des cotisations versées au régime français dans ce cas, et ce qui a été accumulé au Canada comme droit », explique l’économiste retraité Michel Lizée.

Michel Lizée regarde la caméra durant une entrevue dans un studio de Radio-Canada.«Ne pas avoir de plan, c'est prendre le risque de réaliser à 61 ou 62 ans qu'on ne peut pas partir à la retraite et, en meme temps, on n'a peut être plus la santé pour rester au travail, et si on tombe sur les regimes publiques, on tombe sur un revenu qui est trop faible», met en garde Michel Lizée. Photo : Radio-Canada

Toutefois, le gouvernement du Canada précise que, même si ces accords existent, chaque pays a la responsabilité d’administrer et de payer ses propres prestations. Et les retraités doivent faire des demandes séparées pour les prestations du Canada et de l’autre pays.

Michel Lizée estime qu’une personne immigrante a donc le grand défi de bien connaître le fonctionnement des programmes de plusieurs pays.

On a une lacune parce qu'on demande aux personnes, qu'elles soient immigrantes ou non, de faire des exercices très difficiles de planification financière sans avoir les outils pour le faire.

Michel Lizée, économiste

La première astuce à garder en tête, selon lui, est bien souvent la patience.

« Si une personne immigrante qui est en bonne santé constate qu'elle est dans une situation où ses revenus seront trop faibles parce qu'elle ne reçoit rien ou très peu de son pays d'origine et que sa prestation canadienne est faible parce qu'il n'a pas fait sa carrière au Canada, eh bien, une des stratégies les plus évidentes, c'est de retarder la demande », explique Michel Lizée.

Mais, tôt ou tard selon Bruno Sahut, s’attaquer à cette paperasse administrative est sans aucun doute la chose à faire.

Ça fait une différence énorme.

Bruno Sahut, retraité

Malgré le tracas administratif, Bruno Sahut encourage son amie Françoise à entreprendre les démarches pour obtenir ses revenus de retraite en France, car il rappelle que même une petite rente mensuelle de surplus est toujours bienvenue dans le budget d'un retraité.

Et bien qu'elle n'ait pas travaillé longtemps en France, Françoise Sigur-Cloutier est du même avis. Avec la retraite bien méritée qui s'offre à elle, elle compte bien la rendre aussi profitable que possible.

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