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Des dirigeants pétroliers soutiennent l'idée d'une propriété autochtone de Trans Mountain

Des participants au Sommet autochtone sur l'énergie écoutent les membres d'un panel discuter sur scène des enjeux énergétiques.

Des participants au Sommet autochtone sur l'énergie écoutent les membres d'un panel discuter sur scène des enjeux énergétiques.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Geneviève Normand

Des présidents de certaines compagnies pétrolières canadiennes se rangent derrière les groupes autochtones intéressés à investir dans le pipeline Trans Mountain et son projet d'expansion en vue d'en devenir les prochains propriétaires.

Des chefs autochtones de plusieurs Premières Nations sont réunis cette semaine dans la communauté Tsuut’ina, à proximité de Calgary, pour discuter de l’état de l’industrie énergétique et du sort du projet d’oléoduc.

Ce Sommet autochtone sur l’énergie, organisé par le Conseil des ressources indiennes, rassemble également plusieurs représentants de la classe politique et de l’industrie pétrolière et gazière.

Certains hauts dirigeants d’entreprises voient d’un bon œil l’intérêt que portent des groupes autochtones au rachat potentiel du pipeline Trans Mountain.

« Si les Premières Nations investissaient dans TMX et avaient des intérêts, cela indiquerait clairement au Canada qu’il y a de l’acceptabilité », a indiqué le président-directeur général de Tamarack Energy, Brian Schmidt. « Ça démontrerait qu’il existe un autre côté à la médaille et je pense que ce message n’est pas bien véhiculé dans plusieurs régions du Canada. »

Le PDG de l’entreprise Modern Resources abonde dans le même sens.

« Je suis certainement en faveur, a affirmé Christopher Slubicki. Une participation des Premières Nations voudrait dire qu’elles en bénéficieraient non seulement aujourd’hui grâce aux occasions d’emplois, mais aussi pour les 60 à 70 prochaines années, alors c’est très positif. »

Rendons-nous à l’évidence : il n’y pas d’investissement au Canada. Les investissements quittent le pays. Alors si les Premières Nations pouvaient devenir partenaires et aider avec le financement, ce serait formidable.

Brian Schmidt, président-directeur général de Tamarack Energy

L'Association canadienne des producteurs pétroliers, qui parle au nom de l'industrie, s'est dite encouragée par l'intérêt manifesté par des groupes autochtones. « Le niveau d'engagement et les relations commerciales se sont accentuées et nous voyons plusieurs partenariats positifs entre les peuples autochtones et l'industrie du pétrole et du gaz. Ces relations sont à l'avantage des communautés autochtones et permettent de construire une industrie et un Canada plus forts », a affirmé l'Association dans une déclaration transmise à Radio-Canada.

Le chef de la Première Nation Blood Tribe Roy Fox s'adresse aux journalistes en compagnie des dirigeants pétroliers Brian Schmidt de Tamarack Energy (au centre) et de Christopher Slubicki de Mordern Resources (à droite).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef de la Première Nation Blood Tribe Roy Fox s'adresse aux journalistes en compagnie des dirigeants pétroliers Brian Schmidt de Tamarack Energy (au centre) et de Christopher Slubicki de Mordern Resources (à droite).

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

La certitude d’abord et avant tout

Les leaders et représentants d’organisations autochtones qui appuient le pipeline indiquent que le projet a surtout besoin de garanties.

La construction de l’oléoduc a été interrompue à la suite d’une décision de la Cour d’appel fédérale rendue en août qui exigeait une évaluation plus approfondie des impacts du projet sur la faune marine et des consultations supplémentaires avec les peuples autochtones.

« Je brasse des affaires [avec l’industrie] depuis longtemps », a expliqué le chef de la Première Nation Blood Tribe, Roy Fox. « Il y a une chose qui compte pour les investisseurs et c’est la certitude. Si une occasion d’investissement n’est pas certaine, ils ne vont pas investir. »

La nation Blood Tribe est située dans le sud de l’Alberta. Quelque 3000 barils de pétrole sont produits chaque jour sur son territoire. Son chef a par ailleurs qualifié la relation que sa nation entretient avec le secteur énergétique comme étant « peut-être la meilleure » de toutes.

« Ça fait 70 ans que ma tribu participe au développement pétrolier et gazier et jamais nous n’avons causé de tort aux gens, aux animaux, à la terre, à l’eau ou à l’air », a affirmé Roy Fox, aussi connu sous le nom traditionnel Makiinimaa.

Une relation parfois sous-estimée

Côte à côte en mêlée de presse, lui et le président Brian Schmidt ont indiqué vouloir continuer à développer cette relation d’affaires.

D’ailleurs, le dirigeant pétrolier a été désigné chef honoraire par la nation Blood Tribe l’automne dernier. Son nom traditionnel est Aakaikkitstakii.

« Nous travaillons tous avec les Premières Nations dans les régions éloignées depuis des décennies, a expliqué Briand Schmidt. Je pense que l’industrie travaille assez bien avec les Premières Nations, mais je ne pense pas que les gens réalisent cela au Canada. »

Le président-directeur général de la pétrolière Tamarack Energy Brian Schmidt (au centre) a été nommé chef honoraire de la Première Nation Blood Tribe, dans le sud de l'Alberta.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président-directeur général de la pétrolière Tamarack Energy Brian Schmidt (au centre) a été nommé chef honoraire de la Première Nation Blood Tribe, dans le sud de l'Alberta.

Photo : Mandee Sugimoto

Efforts concentrés sur la réalisation du projet

L’ancien président de Kinder Morgan Canada, Ian Anderson – maintenant président-directeur général de la société Trans Mountain – a été invité à prendre part mercredi à un panel de l’industrie. Il a rappelé d’emblée que les discussions entourant l’expansion de l’oléoduc ont débuté en 2007 et que le projet devait initialement entrer en service en décembre 2017.

Devant un auditoire attentif, l’homme d’affaires a indiqué que « les idées, les joueurs et les participants se sont tous fait entendre » et que toutes les régions du pays entendent ces voix qui s’élèvent au sujet de la propriété future du pipeline.

« Je ne peux pas dire aujourd’hui quelle en sera l’issue », a-t-il indiqué. Le dirigeant dit travailler à faire avancer le projet « de la bonne façon ». « En ce qui concerne l’investissement futur, ce sera au gouvernement fédéral de décider du comment, du qui et du quand », a déclaré M. Anderson.

Il n’y a pas de projet dans lequel investir à ce point-ci. Nous devons obtenir des certificats et construire ce projet d’intérêt national.

Ian Anderson, président-directeur général de la société d'État Trans Mountain

Pipeline à vendre = occasion de réconciliation?

Certains groupes autochtones s’intéressent au projet d’oléoduc Trans Mountain puisqu’ils voient en cette possibilité d’achat une façon de devenirs financièrement indépendants par rapport à Ottawa.

D’ailleurs, lors de la première journée du Sommet autochtone sur l’énergie, plusieurs chefs ont indiqué qu’un rachat du pipeline pourrait aider à réduire la pauvreté au sein des communautés. Ils ont fait référence à la « souveraineté économique » à multiples reprises.

Delbert Wapass, l’ancien chef de la Première Nation Thunderchild, en Saskatchewan, reconnaît les avantages économiques d’un tel projet, mais perçoit aussi cette occasion comme étant une façon de se réconcilier avec le gouvernement fédéral pour les erreurs du passé.

« Nous sommes en 2019, a-t-il affirmé. Il est grand temps que les Premières Nations deviennent des acteurs principaux d’une économie qui les a rejetées pendant de nombreuses années. »

Delbert Wapass, l'ancien chef de la Première Nation Thunderchild, est le président de l'organisation Project Reconciliation. Il souhaite rallier les Autochtones derrière le projet de pipeline Trans Mountain.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Delbert Wapass, l'ancien chef de la Première Nation Thunderchild, est le président de l'organisation Project Reconciliation. Il souhaite rallier les Autochtones derrière le projet de pipeline Trans Mountain.

Photo : Radio-Canada

Delbert Wapass est en train mettre sur pied le regroupement « Project Réconciliation », qui vise à rallier – comme le fait le Conseil des ressources indiennes – les groupes autochtones qui démontrent un intérêt envers Trans Mountain.

Pour l’instant, il semble que les Premières Nations intéressées proviennent en majorité de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, et certaines aussi en Saskatchewan.

La chef régionale albertaine de l’Assemblée des Premières Nations, Marlene Poitras, a indiqué mercredi qu’elle s’était entretenu avec le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, pour l’informer de l’intérêt des groupes autochtones de sa région envers Trans Mountain.

L’organisation « Project Réconciliation » espère enfin que les Premières Nations deviendront les actionnaires majoritaires de l’oléoduc. « Nous parlons de 51 % en ce moment, mais éventuellement nous aimerions en être propriétaire à 100 % », a précisé Delbert Wapass.

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