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Bellingcat : les enquêteurs du web

Des hommes inspectent la carcasse de l'avion
Poste de pilotage du vol MH17 de la Malaysia Airlines après son écrasement en Ukraine Photo: Reuters / Antonio Bronic
Johanne Faucher

Grâce à YouTube, Facebook, Instagram, Twitter, les enquêteurs de l'organisation Bellingcat font des découvertes fracassantes. En décortiquant le web, ils démasquent des auteurs de crimes graves.

Bellingcat s’est d’abord fait connaître par son enquête sur l’écrasement du vol MH17 de la Malaysia Airlines le 17 juillet 2014. L’avion qui partait d’Amsterdam à destination de Kuala Lumpur a soudainement disparu alors qu’il survolait un territoire de l’Ukraine contrôlé à l’époque par des rebelles prorusses.

Les 298 victimes étaient majoritairement des habitants des Pays-Bas. Le bureau de la sécurité aérienne de ce pays a fait enquête et a découvert que l’avion aurait été abattu par un missile russe.

Bellingcat est allée plus loin. Avec une analyse minutieuse d’images vidéo et de photos, ses enquêteurs ont réussi à identifier l’unité militaire à l’origine du tir : il s’agissait non seulement d’un missile russe… mais aussi de soldats russes.

Les enquêteurs de Bellingcat ne sont jamais allés sur les lieux de la tragédie. Ils ont mené leur analyse à partir des médias sociaux.

La Russie nie toujours son implication dans l’écrasement.

De l’Angleterre à l’Ukraine en passant par la Syrie

Le Britannique Eliott Higgins a commencé, seul dans son sous-sol, alors qu’il était au chômage en 2014. Il n’est ni journaliste ni expert en géopolitique et il n'a jamais mis les pieds à Damas, en Syrie. Comme passe-temps, il s’est mis à décortiquer tout ce qu’il trouvait sur Internet à propos du conflit syrien.

C’est ainsi qu’il a créé Bellingcat.

Eliott Higgins lors d'une conférence de presse sur l'écrasement du vol  MH17 de la Malaysia AirlinesEliott Higgins, fondateur de Bellingcat Photo : Getty Images / Pierre Crom

L’organisation compte aujourd’hui 13 enquêteurs. Des journalistes ou de simples citoyens ayant une certaine expertise technique, dispersés aux États-Unis et dans différents pays d’Europe.

L’un de ses employés, Hadi Al-Khatib, est un jeune réfugié syrien. Depuis Berlin, en Allemagne, il analyse tout ce qu’il trouve sur le conflit qui ravage son pays natal.

Hadi a amassé jusqu’ici près de 800 000 vidéos. Il les archive dans une immense base de données qu’il a créée : Syrian Archive.

Quotidiennement, il y a jusqu'à 500 vidéos uniquement sur YouTube. Mais si on ajoute à ça les messages Facebook, Twitter et d’autres plateformes, il y en a des milliers.

Hadi Al-Khatib, enquêteur

Il espère que ces vidéos serviront un jour de preuve dans un éventuel procès de crime contre l’humanité contre le président de la Syrie, Bachar Al-Assad.

« Bellingcat enquête simplement en fouillant sur Internet pour trouver des documents, des vidéos, des photos et des bases de données qui permettent de documenter des violations des droits de la personne, sur des cas de corruption ou d’autres problèmes dans le monde », explique-t-il à Radio-Canada.

L'enfant est enveloppé dans une couverture bleueUn homme transporte un enfant atteint par l’attaque du 4 avril 2017 à Khan Cheikhoun, en Syrie Photo : Reuters / Ammar Abdullah

L’organisation est devenue l’une des meilleures sources d'information sur le conflit syrien. Elle a été l'une des premières à rendre compte de l'utilisation, par le régime Al-Assad, d’armes chimiques.

Par exemple, Bellingcat a pu confirmer que les armes chimiques utilisées contre les résidents de Khan Cheikhoun, le 4 avril 2017, auraient été larguées par des avions de chasse de l’armée de Bachar Al-Assad. Une découverte qui contredit la version du président syrien.

Bellingcat a également produit des preuves intéressantes dans l’enquête sur l’assassinat du journaliste biélorusse Pavel Sheremet, en juillet 2016 à Kiev.

Dans une autre enquête, l’organisation a réussi à identifier les deux individus soupçonnés d’avoir empoisonné l’ex-espion Sergey Skripal et sa fille en Angleterre. Les deux hommes ne seraient pas de simples touristes, comme le prétend la Russie, mais bien deux agents des services secrets russes.

Les deux hommes sont dans une station de trainAlexander Petrov et Ruslan Boshirov, accusés du meurtre de Sergey Skripal, filmés par une caméra de surveillance en Angleterre Photo : Reuters / Handout .

Révolution tranquille

Pour le fondateur Eliot Higgins, il s’agit d’une « révolution tranquille » réalisée à partir de téléphones intelligents, de réseaux sociaux et d’informations disponibles en ligne.

Pour lui, cette nouvelle manière de mener des enquêtes peut « défier les puissants et les amener à répondre de leurs actes ».

Bellingcat est financée principalement par des dons, entre autres de la Fondation Open Society, du milliardaire Georges Soros.

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