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  • Endettement des ménages : La couleur de la paie en 1969

    Enseigne d'une commerce de prêt avec une horloge pivotante.
    Les commerces de prêts avec pignon sur rue étaient nombreux au Québec en 1969. Photo: Radio-Canada

    Janvier, le mois le plus déprimant de l'année? C'est du moins bien souvent à cette période de l'année que l'on prend conscience de nos dettes, notamment avec la réception des comptes des Fêtes. Il y a 50 ans, quelle était la situation? De nos archives, voici un dossier sur l'endettement des ménages datant de 1969.

    À l'automne 1969, l’émission Dossier se penchait sur les problèmes budgétaires des ménages québécois.

    Dans une série de reportages se déclinant en six volets : Le logement, la nourriture, le mobilier, les vêtements, l’automobile et les loisirs, le journaliste Jean-François Bertrand allait à la rencontre de familles en difficulté.

    Nous vous présentons cinq témoignages tirés de la série La couleur de ma paie.

    Le mobilier

    Ce n’est pas d’hier que les grands magasins de meubles et d’électroménagers offrent « d’acheter maintenant et de payer plus tard. »

    En 1969, les vendeurs qui travaillaient dans ce genre d’établissement ont aussi la réputation d’être baratineurs.

    « Tu deviens estomaqué de l’entendre parler et tu ne vois pas le contrat », explique ce père de famille à l’émission du 16 octobre 1969. « J’imagine que c’est aussi parce qu’on est un peu gêné d’acheter sur la finance », ajoute-t-il.

    Après sa transaction dans ce grand magasin de la plaza Saint-Hubert qu’il ne souhaite pas nommer, on lui a remis un petit carnet qui détaillait les paiements mensuels à faire.

    Il y avait certes des intérêts, mais au bout d’un certain temps, il semblait à cette famille qu’elle ne viendrait jamais à bout de payer son mobilier.

    Une ressource du centre d’économie familiale du quartier leur a révélé que les frais d’administration et les intérêts étaient abusifs. Le détaillant a même dû leur remettre un trop-perçu.

    « Ça ne va pas bien, mais ça s'améliore », confie l’homme qui entend bien se sortir complètement « de la finance ».

    L’automobile

    Ce père de famille a aussi connu la vente sous pression lors de l’acquisition d’une automobile.

    Tout avait été préparé lorsqu’il est passé dans ce garage conseillé par un proche.

    Il avait grand besoin d’une voiture et ne souhaitait pas déplaire.

    « J’ai passé sur les chiffres, j’ai simplement ignoré les chiffres et quand je suis arrivé à la maison, c’est là que j’ai réalisé que je venais de faire une erreur. »

    « Est-ce qu’il est possible qu’à un certain niveau, vous ayez été roulé pour la vente de cette automobile? » lui demande le journaliste Jean-François Bertrand.

    Aucun doute dans la tête de cet homme, qui a aussi réalisé avec l’expérience que son véhicule valait beaucoup moins que ce qu’il a payé.

    Il ne compte pas se retrouver dans cette mauvaise posture de sitôt.

    « Il faudra réellement qu’on soit mal pris pour emprunter, parce que c’est pas tellement une situation agréable pour quelqu’un qui a à cœur de payer ses dettes », conclut-il.

    Les vêtements

    « Quand tu as fait un mariage d'amour à vingt ans, tu ne penses pas à l'argent », explique cette femme tombée dans la spirale des cartes de crédit à l’émission du 6 novembre 1969.

    Elle admet son penchant pour les vêtements et confesse une grande folie qu’elle regrette aujourd’hui : son manteau de fourrure de près de 500 dollars. « J'aime trop ce qui est à la mode et puis je trouve qu'ils nous mettent ça trop beau et trop facile à obtenir. »

    La lune de miel est à présent bien terminée. Le couple peine à trouver de l’aide pour consolider ses dettes s’élevant à près de 6000 $.

    Maintenant âgée de 26 ans, la femme décrit bien concrètement le poids de leurs dettes : la boîte aux lettres se remplit de comptes pratiquement tous les jours et le téléphone n’arrête pas de sonner.

    « On ne vit pas, on existe, mais on ne vit pas. »

    La nourriture

    En 1969, il était possible « d’avoir un compte » à l’épicerie. Ce couple a mis un an avant de réaliser dans quel pétrin il s’était placé. Leur dette représentait alors près d’une année de salaire.

    « Quand on est rendu à mettre du crédit dans l'alimentation, c'est que quelque chose ne va pas. »

    Ils se confient en toute transparence, car ils se savent nombreux dans cette situation. « Et disons qu'on est en train de s'en sortir », déclare l’homme à cette émission datée du 13 novembre 1969.

    La Caisse populaire leur a donné le coup de main nécessaire pour se sortir la tête de l’eau.

    Le couple a depuis acquis de meilleures habitudes et s’efforce d’attendre d'économiser de l’argent avant de dépenser.

    Pour finir, mieux consommer

    À travers ces témoignages, un peu de lumière : ce couple qui semble avoir adopté la consommation responsable avant que le terme devienne à la mode.

    Au moment d’emménager dans un nouveau logement, il s’est donné comme défi de ne pas acheter de mobilier.

    Vieux meubles retapés, rideaux reprisés, la femme explique qu’il a fallu user d’imagination pour aménager leur nouvel espace tout en tenant compte des couleurs et de l’harmonie des lieux.

    « Il ne faut pas essayer d’épater », prévient le père de famille tout en confiant s’être grandement amusé au cours de ce projet qui leur a permis d’économiser.

    « On a appris à se contenter de ce qu'on avait. C'est là que c'est important, je pense », conclut-il à l'émission diffusée le 16 octobre 1969.

    50 ans plus tard, l’endettement des ménages est un thème qui revient fréquemment dans l’actualité. Certains témoignages de notre temps pourraient être bien similaires à ceux recueillis dans cette série de reportages de l’émission Dossier en 1969.

    Et où en est la consommation responsable? Au Québec, l’année 2018 aura du moins été celle des discussions autour du Pacte de la transition et du mouvement de la décroissance (Nouvelle fenêtre).

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