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Royalmount : le promoteur promet une navette vers le Réseau express métropolitain

Jérôme Labbé

Le promoteur du projet Royalmount, Carbonleo, s'engage à implanter une navette électrique et gratuite pour relier le mégacentre commercial et résidentiel qu'il entend construire à la future gare Mont-Royal du Réseau express métropolitain (REM).

Selon le plan présenté aux médias, cette navette partirait de la station de métro de la Savane et traverserait le secteur résidentiel de la ville défusionnée de Mont-Royal pour se rendre à la gare du REM, qui sera construite en lieu et place de l'actuelle gare de train de banlieue. Un trajet de 2,6 kilomètres.

Une carte du futur trajet de la navette.Agrandir l’imageLa navette emprunterait ce faisant la rue Bougainville, l'avenue Plymouth, le chemin Lucerne, l'avenue Glengarry et le boulevard Graham. Photo : Ville de Mont-Royal

La nouvelle a été annoncée jeudi après-midi par le maire de Mont-Royal, Philippe Roy, lors de la cinquième et dernière séance publique de la commission permanente de la Ville de Montréal, qui étudie le dossier.

Son bref témoignage n'a pas permis d'en apprendre plus sur le projet de navette. Le REM ne sera pas mis en service avant 2022 sur l'antenne concernée, a-t-il d'ailleurs souligné.

Dans un communiqué de presse, la Ville se réjouit toutefois que le promoteur ait accepté sa demande.

« Avec le lien piétonnier direct à la station de métro de la Savane [une passerelle d'environ 220 mètres qui doit enjamber l'autoroute 15], le futur site comptera deux accès directs à des équipements de transports collectifs lourds à grands débits, qui sont inexistants dans ce secteur », écrit le maire Roy. « Cela contribuera à faciliter l'accès au site, réduira la pression sur la circulation autoroutière dans l'échangeur Décarie et s'inscrit dans les règles de mobilité durable. »

Dans son mémoire, Mont-Royal fait aussi valoir que le projet de Carbonleo correspond « parfaitement » au Schéma d'aménagement de l'agglomération de Montréal et au Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) du Grand Montréal.

Une, deux, trois écoles?

La présentation du mémoire de la Ville de Mont-Royal intervient au moment où s'achèvent les travaux de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation, qui devrait rendre publiques ses recommandations jeudi prochain.

À moins qu'un report soit exigé, ses membres devront donc donner suite rapidement aux 77 mémoires reçus au cours des derniers mois.

Celui de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), qui a également été présenté jeudi après-midi, réclame pour sa part la construction de trois écoles – deux primaires, une secondaire – sur le territoire de 0,23 kilomètre carré qu'entend développer Carbonleo à l'intersection des autoroutes 15 et 40.

Pour s'insérer dans le projet du promoteur, ces écoles pourraient très bien être aménagées en hauteur, à l'intérieur même des tours qui seront construites, a indiqué Geneviève Hotte, directrice du bureau des grands projets à la CSMB.

Entrevue avec Marc-André Carignan, chroniqueur en design urbain et architecture, qui connaît bien le projet.

Royalmount est un vaste projet de 2 milliards de dollars dont l'ouverture est planifiée en 2022. Il prévoit la construction de cinq hôtels, plusieurs tours de bureaux, une centaine de restaurants, environ 200 commerces, un centre de mieux-être haut de gamme, un aquarium, un parc aquatique, un cinéma et deux salles de spectacle qui pourraient être exploitées par evenko et le Cirque du Soleil.

Une composante résidentielle a également été ajoutée au projet, après l'adoption par le conseil municipal de Montréal d'une motion déposée par l'opposition officielle l'été dernier. Dans la version du projet tel qu'étudié par la Commission, le promoteur prévoit la construction de 350 à 500 unités d'habitation par année. Un changement de zonage et une modification du Schéma d'aménagement seraient toutefois nécessaires, ce qui obligerait ultérieurement l'agglomération de Montréal à se pencher sur ce dossier.

Or, les avis sont partagés sur la manière dont le projet devrait être mené. Des commerçants des quartiers limitrophes ont fait part de leurs inquiétudes. Même chose pour le milieu culturel. Un urbaniste reconnu, Jean-Claude Marsan, a même évoqué une « catastrophe annoncée ».

Le maire de l'arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa, a également publié un nouveau communiqué, jeudi après-midi, pour détailler les raisons de son opposition au projet. La veille, il avait notamment déclaré devant la Commission qu'il ne souscrivait pas aux projections du promoteur concernant l'augmentation du volume de la circulation, croyant davantage les services techniques de la Ville de Montréal, qui entrevoient une augmentation de 20 % et des retards additionnels moyens de 15 à 30 minutes. M. DeSousa craint une « explosion » de la circulation à l'intersection des autoroutes 15 et 40 et un « cauchemar pour tous les résidents de Montréal ».

Le maire DeSousa dans l'entrée de sa mairie d'arrondissement.Le maire de l'arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa, s'oppose fermement au projet Royalmount. Photo : Radio-Canada

Québec solidaire a aussi demandé jeudi au gouvernement Legault « d'imposer un moratoire sur le projet », le temps de réaliser une étude d'impact à l'échelle régionale. Le promoteur « sous-estime gravement l'impact du Royalmount sur la congestion routière [...] et les émissions de GES qui en découlent », selon la députée Ruba Ghazal, qui a aussi rédigé un mémoire sur le sujet.

Ce n'est pas une façon intelligente, responsable, de faire de l'aménagement.

Ruba Ghazal, députée de Mercier et responsable en matière de transition économique et énergétique de Québec solidaire

À l'inverse, le projet a reçu l'appui de l'Association des hôtels du Grand Montréal, de Tourisme Montréal, de Montréal International, de l'APCHQ et du milieu des affaires.

Mercredi, le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, a d'ailleurs lancé un sérieux avertissement aux élus municipaux. « Le signal de barrer ce projet va être puissant », a-t-il lâché à la toute fin de sa présentation, en réponse à la question d'un commissaire. Invité à préciser sa pensée, M. Leblanc a expliqué que des déclarations faites par certains membres de l'administration Plante donnaient à penser que la décision sur Royalmount était déjà arrêtée.

Plante souffle le chaud et le froid

En guise de réponse à la sortie de la CCMM, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a déclaré jeudi matin, en marge d'un événement dans un centre communautaire du quartier Centre-Sud, qu'elle n'avait « pas de parti pris ».

Malgré « des préoccupations au niveau de la circulation [...] les milieux locaux, l'habitation et les commerces » – et bien qu'il y ait « matière à bonification » –, « il n'est pas question de jeter le bébé avec l'eau du bain », a-t-elle assuré, allant même jusqu'à qualifier d'« intéressants » les investissements et les retombées économiques envisagées.

Cela étant dit, la mairesse a accueilli de manière « positive » les réticences exprimées par certaines parties, y voyant surtout le signe que « la population se sent interpellée [et] investie » dans la planification du territoire.

« Je pense que la population est plus que jamais sensibilisée au fait qu'on ne veut plus et on ne peut plus faire, créer des complexes immobiliers immenses sans qu'il y ait les besoins de base. Et un besoin de base, pour la population, oui, c'est une épicerie; oui, c'est peut-être une station d'essence ou une caisse pop; mais c'est également une école, des écoles », a-t-elle souligné.

Les mains liées

Même si, comme le craint le milieu des affaires, l'administration de la mairesse devait se prononcer contre le projet, il est improbable que ce soit suffisant pour y mettre fin, dans la mesure où le site du futur mégacentre se trouve entièrement sur le territoire de la ville de Mont-Royal.

Ce faisant, la Ville de Montréal pourrait aussi s'exposer à des poursuites judiciaires, selon ce qu'a laissé entendre le maire de Mont-Royal lors de la présentation de son mémoire, jeudi.

« Je pense que le promoteur aurait, à ce moment-là, le très, très grand droit de demander une compensation », a estimé Philippe Roy. « Parce que lui, techniquement, il investit énormément d'argent et je peux comprendre qu'il doit à un moment donné [...] rembourser ses investissements. Alors je pose la question : est-ce que, au niveau juridique, on aurait ce droit-là? Je pense que non. »

M. Marcotte à l'hôtel de ville de Montréal.Claude Marcotte, vice-président de Carbonleo. Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Vice-président chez Carbonleo, Claude Marcotte refuse pour l'instant d'envisager ce scénario. Il rappelle d'ailleurs que son entreprise a déjà obtenu les permis nécessaires à la réalisation de son projet et que les travaux ont déjà commencé. « Je doute fort que Québec lance un signe au développement économique au Québec qui tenterait d'arrêter ce projet-là pour avantager l'un ou l'autre des arrondissements, ou faire des débats publics qui ne sont pas pertinents dans le cadre de ces discussions-ci », a-t-il commenté lors d'une mêlée de presse, jeudi après-midi, à l'hôtel de ville.

Carbonleo se dit maintenant prêt à ajouter 5000 à 8000 logements, une école, un centre communautaire et un parc linéaire de deux kilomètres à son projet. Mais les coûts pourraient doubler, voire tripler, prévient M. Marcotte, qui a évalué que les coûts d'un projet bonifié pourraient osciller entre 5 et 6 milliards de dollars.

Selon lui, les pouvoirs publics devront aussi faire leur part... et modérer leurs attentes envers Carbonleo.

On ne peut pas tout régler avec Royalmount.

Claude Marcotte, vice-président de Carbonleo

En guise de bonne foi, le promoteur s'est enfin engagé jeudi à participer à une table de concertation locale afin d'établir une stratégie de transport intégré le long du corridor Décarie – une recommandation formulée cette semaine par la municipalité de Côte-Saint-Luc.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

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