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Human Rights Watch appelle le Canada à bloquer toutes ventes d'armes à l'Arabie saoudite

Deux personnes marchent non loin d'une école détruite par la guerre, dans le sud-ouest du Yémen.
La guerre au Yémen a fait des milliers de morts. Des millions de personnes sont à risque de famine en raison du conflit. Photo: Reuters / ANES MAHYOUB
Radio-Canada

Afin de contraindre Riyad à mettre un terme aux frappes aériennes de la coalition qu'elle dirige au Yémen, le Canada et d'autres « puissances moyennes » doivent faire cesser les ventes d'armes à l'Arabie saoudite, affirme la directrice de Human Rights Watch pour le Canada, Farida Deif.

Mme Deif a formulé cet appel à l'occasion du dépôt, jeudi, du rapport annuel de Human Rights Watch (HRW) sur la situation des droits de la personne dans 100 pays.

La directrice de HRW pour le Canada invite non seulement le Canada, mais aussi le Danemark, le Mexique, l'Allemagne et autres « puissances dites moyennes » à poursuivre leur défense des droits de la personne dans le monde. Ce faisant, elle leur conseille de ne pas céder aux manoeuvres d'intimidation que peuvent exercer des « gouvernements répressifs comme l'Arabie saoudite » lorsque ces derniers sont critiqués pour « leurs actes de violence ».

À la suite « du meurtre brutal » du journaliste Jamal Khashoggi en octobre, Mme Deif affirme que l'Allemagne et la Suède ont annoncé qu'elles suspendaient leurs exportations d'armes vers Riyad.

« D’autres pays, dont le Canada, devraient faire de même et bloquer toutes les ventes d’armes à l’Arabie saoudite jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de mettre fin aux frappes aériennes illégales au Yémen et enquête de manière crédible sur les violations présumées », affirme Farida Deif.

L'Arabie saoudite est à la tête, depuis mars 2015, d'une coalition militaire qui soutient les forces progouvernementales yéménites dans leur guerre contre les rebelles houthis. Le conflit a fait au moins 10 000 morts. Des millions de personnes sont aussi à risque de famine.

Une mobilisation grandissante pour la liberté

Dans l'ensemble, toutefois, le bilan que dresse l'organisation n'est pas tout noir. HRW affirme en effet que le développement le plus important de la dernière année a été la mobilisation croissante de gouvernements, de groupes civiques et de mouvements populaires contre « ceux qui cherchent à brimer les libertés ».

Dans le rapport dévoilé à Berlin, HRW explique que cette résistance est incarnée par les efforts pour protéger la démocratie en Europe, pour empêcher un bain de sang en Syrie ou pour mettre fin aux attaques saoudiennes contre des civils yéménites.

« Les mêmes populistes qui propagent la haine et l'intolérance alimentent une résistance qui ne cesse de remporter des victoires », a déclaré Kenneth Roth, directeur de HRW. Selon M. Roth, « des combats importants sont remportés, ce qui donne une nouvelle énergie à la défense mondiale des droits de la personne ».

Continuer à défendre les droits, envers et contre tout

Il n'en reste pas moins que le mouvement mondial de défense des droits de la personne fait face à un défi majeur, de l'avis de Farida Deif : convaincre ces États qui ne dominent pas la scène internationale, tout en y jouant un rôle important, de faire de ces droits un élément central de leur politique étrangère.

Ce n'est pas chose facile, d'expliquer Mme Deif, car en défendant ces droits, des pays comme le Canada engagent des coûts politiques et économiques potentiellement élevés.

Elle cite l'exemple de ce message routinier qu'avait publié le Canada sur Twitter en août dernier et qui avait engendré « une grave crise diplomatique » avec l'Arabie saoudite. Les Affaires étrangères canadiennes, affirme Mme Deif, avaient appelé à la libération de militantes saoudiennes, un appel auquel Riyad avait répliqué en expulsant l'ambassadeur canadien de son territoire et en rappelant le sien.

En août toujours, Amnistie internationale avait vivement dénoncé l'arrestation, en Arabie saoudite, de Samar Badawi, soeur du blogueur saoudien Raif Badawi et militante des droits de la personne. Raif Badawi, emprisonné en Arabie saoudite pour des propos tenus sur son blogue, a été condamné à purger 10 ans de prison et à recevoir 1000 coups de fouet. Son épouse et ses trois enfants vivent au Québec.

Pour une action internationale concertée

Aujourd’hui, des gouvernements répressifs comme l’Arabie saoudite non seulement réduisent brutalement au silence leurs propres activistes, mais tentent également de museler de manière agressive les critiques de leurs actes de violence émanant d’autres capitales.

Farida Deif, de Human Rights Watch Canada

Aux yeux de la directrice de HRW au Canada, « les puissances moyennes respectueuses des droits [...] ne doivent pas renoncer à leurs principes dans l'espoir d'éviter les foudres des autocrates ».

Selon Farida Deif, « une action internationale coordonnée est le cauchemar d'un gouvernement répressif ».

Avec les informations de La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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