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« Il est temps de passer à l'action », plaide Legault après sa rencontre avec Trudeau

Les explications de Madeleine Blais-Morin
François Messier

Déclaration d'impôt unique gérée par Québec, baisse des seuils d'immigration, compensations pour la gestion des demandeurs d'asile : le premier ministre du Québec, François Legault, a présenté une longue liste d'épicerie à son homologue canadien Justin Trudeau lors d'une rencontre tenue jeudi, à Sherbrooke.

En conférence de presse après les pourparlers, M. Legault n’a pas fait de mystères que les multiples demandes de son gouvernement ont été plaidées dans la perspective que des élections fédérales auront lieu à l’automne, et que Québec s’attend à ce que les partis fédéraux soient à l'écoute.

« Il est maintenant temps de passer à l’action », a déclaré François Legault, qui dit espérer que le gouvernement Trudeau sera en mesure de fournir des réponses à temps pour la rencontre du caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui aura lieu du 28 au 31 janvier, à Gatineau.

On espère que peut-être ça va arriver, les réponses. De se faire confirmer les montants pour les infrastructures, de se faire confirmer qu’ils acceptent de baisser les seuils d’immigration pour l’année 2019.

François Legault, premier ministre du Québec

Québec veut abaisser de 20 % les seuils d’immigration dans les trois catégories de migrants (immigration économique, réunification familiale, réfugiés), et régler ce dossier est « un peu urgent », a-t-il ajouté, en soulignant que l’année est déjà en cours.

M. Trudeau « ne nous a pas dit non, mais il nous a dit qu’il est ouvert à y penser », a indiqué François Legault. Le premier ministre canadien est aussi « en réflexion » sur l’idée d’imposer des tests de français et de valeurs québécoises aux nouveaux arrivants, et de laisser Québec gérer les dossiers de réunification familiale, qui sont actuellement du ressort d'Ottawa.

M. Legault attend aussi des réponses quant à la somme de 300 millions de dollars qu’il réclame d’Ottawa pour les frais engagés par Québec pour répondre aux besoins des réfugiés, dont le nombre a bondi depuis 2017. Ottawa a offert 140 millions, mais une autre proposition devrait être faite bientôt, a dit le premier ministre du Québec.

Une déclaration d'impôt unique gérée par Québec?

M. Legault a aussi plaidé que Revenu Québec devrait se voir confier l’administration des impôts que les Québécois versent aux deux paliers de gouvernement. Selon lui, cela mettrait un terme à un « dédoublement » qui coûte 500 millions de dollars. Cette somme pourrait permettre de créer d'autres emplois, a-t-il avancé.

Il y aurait une opportunité de faciliter la vie des Québécois, d’avoir un seul groupe de fonctionnaires, qui serait celui de Revenu Québec, qui administrerait les deux rapports d'impôt. Je comprends que M. Trudeau veut penser à ce qu’il veut faire, mais je pense que ce serait une bonne idée. Ce serait un beau cadeau pour les Québécois

François Legault, premier ministre du Québec

Il serait « assez facile d'intégrer deux rapports d'impôt », a fait valoir M. Legault. « Il n'est pas question de forcer ni le gouvernement à Québec ni le gouvernement fédéral de complètement s’harmoniser. On peut très bien avoir un rapport d’impôt où il y a des déductions différentes pour le calcul du revenu imposable à Québec et à Ottawa. »

Quand la presse lui a demandé pourquoi M. Trudeau serait plus ouvert à cette idée, lui qui semblait avoir fermé la porte à ce sujet l’an dernier, le premier ministre québécois a rappelé que le chef du Parti conservateur Andrew Scheer est d’accord avec cette idée, avant d’ajouter, sourire en coin : « Ça change qu’il y a une élection fédérale en 2019, j’ai-tu besoin de vous expliquer ça en détail? »

M. Legault a indiqué qu'il n'entend appuyer aucun parti fédéral en vue de ce scrutin. Son gouvernement dressera une « liste de demandes » et va « insister pour avoir des réponses », mais laissera le soin aux partis de présenter leurs engagements. « Après, ce sera aux Québécois de regarder l'offre faite par les différents partis », a-t-il laissé tomber.

Ottawa réfractaire à la déclaration d'impôt unique

Interrogé au sujet de la déclaration d'impôt unique pendant que la rencontre était en cours, le ministre de l'Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, n'a pas caché qu'il n'était guère favorable à cette idée.

L'Agence du revenu du Canada (ARC) emploie 4700 personnes au Québec, dont 1600 au Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan, a rappelé le député de Saint-Maurice—Champlain, en Mauricie, et il importe de préserver ces emplois.

« Les Québécois doivent savoir que les déclarations de revenus qui sont traitées au Québec ne proviennent pas nécessairement du Québec », a-t-il dit, avant de souligner que les centres fiscaux du gouvernement fédéral font partie du « tissu socio-économique » à plusieurs endroits.

1600 emplois en région… Nous, vous comprendrez qu’on est pour la simplification, pour améliorer les processus, mais vous comprendrez qu’en termes d’emplois en région, vous verrez toujours un ministre comme moi qui vient des régions défendre des emplois fédéraux en région.

François-Philippe Champagne, ministre de l'Infrastructure et des Collectivités

Après la rencontre des deux chefs de gouvernement, à laquelle il a assisté, le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, est allé dans le même sens. Le gouvernement Trudeau est ouvert à la discussion, mais il a tout de même fait part de ses « préoccupations ».

Les fonctionnaires de l'ARC qui travaillent au Québec sont non seulement nombreux, a-t-il noté, mais il ont développé une « expertise importante » sur les questions d'évasion fiscale, et il importe de ne pas « affaiblir » la lutte contre ce phénomène.

Relancé au sujet de possibles pertes d'emplois, François Legault ne s'est pas dédit.

« Vous avez raison quand on parle des employés [de l'ARC], mais si on a deux groupes employés qui font la même chose, et qu'on pourrait avoir seulement un groupe d'employés qui fait le travail des deux groupes, cet argent [économisé] pourrait être investi par exemple pour créer des emplois en éducation, en innovation, dans des domaines ou ce serait productif, où ce serait efficace, où l'argent des Québécois serait mieux géré », a-t-il dit

C'est certain que quand on dit 500 millions de dédoublements, ce sont essentiellement des emplois. Mais si on crée d'autres types d'emplois qui sont efficaces - entre autres dans le domaine de l'éducation, de l'innovation - tout le monde est gagnant. Ça donne quoi d'avoir deux groupes d'employés qui font exactement la même chose?

François Legault, premier ministre du Québec

Ottawa veut une « discussion cohérente »

Au sujet des demandes du Québec sur les seuils d'immigration et la compensation fédérale pour les demandeurs d'asile, le ministre LeBlanc a dit que son gouvernement souhaitait avoir une « discussion cohérente », s'inscrivant dans le contexte de la pénurie de main-d'oeuvre qui touche le Québec.

Les dossiers de pénurie de main-d’œuvre, la question financière autour des demandeurs d’asile, le [fait que] Québec veut réduire temporairement les seuils immigration. Ce que nous avons proposé au gouvernement du Québec, c’est qu’on ait une discussion cohérente autour de tous ces enjeux.

Dominic LeBlanc, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales

« La priorité pour nous et pour l’économie québécoise, c’est la question de la pénurie de main-d’œuvre au Québec. On a hâte de commencer cette conversation, et peut-être, si on est chanceux, de la conclure dans deux semaines », a-t-il ajouté. « Nous allons commencer dans une couple de semaines avec nos homologues québécois, quand ils seront à Ottawa. »

Sortant de rencontres avec des entrepreneurs à Drummondville, M. LeBlanc assure que ces derniers sont « énormément inquiets » de la situation actuelle. « La pénurie de main-d'oeuvre, on ne veut pas que ça risque de freiner la croissance économique que le Québec a », a-t-il dit.

Le ministre a aussi réitéré que son gouvernement reconnaît que le Québec a agi comme « chef de file » dans l'accueil de milliers de demandeurs d'asile, et que cela s'est traduit par « des pressions financières importantes » pour son gouvernement.

Nous sommes ouverts à s’assurer que le Québec reçoive une compensation appropriée pour le fait qu’ils ont été – et on espère qu’ils vont continuer de l’être – un partenaire important. Nous reconnaissons qu’il faut compenser le Québec. C’est une discussion que nous avons hâte d’avoir.

Dominic LeBlanc, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales

Prenant acte de la volonté du gouvernement Legault d'exporter ses surplus en hydro-électricité, M. LeBlanc a aussi fait savoir que M. Trudeau a parlé à M. Legault de « l'appui qu'on veut donner pour l'électrification en termes est-ouest à travers le Canada ».

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