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Les gouvernements doivent-ils continuer de soutenir les investissements étrangers?

Débat avec Louis Têtu, président et chef de la direction de Coveo, et Hubert Bolduc, PDG de Montréal International
Radio-Canada

Les investissements étrangers, notamment dans le secteur du multimédia, bénéficient d'un soutien de la part des gouvernements. Il se traduit entre autres par le programme de crédit d'impôts remboursables créé en 1996 par le gouvernement de Bernard Landry. Doit-on continuer à soutenir ces injections de capitaux dans l'économie québécoise? Débat.

En entrevue à RDI économie, Hubert Bolduc, PDG de Montréal International, estime qu’il est bénéfique de continuer à soutenir les compagnies étrangères parce qu’elles « représentent 1 % des entreprises dans le Grand Montréal, 10 % des emplois et 20 % du PIB ».

« Ces entreprises, poursuit M. Bolduc, représentent aussi 50 % des exportations et 35 % des investissements. »

Le patron de Montréal International avance également l’argument de la rémunération. Alors que le salaire moyen au Québec est d'environ 45 000 $ par an, ces entreprises versent en moyenne des salaires annuels de 75 000 $.

Est-ce la meilleure méthode?

Louis Têtu, président et chef de la direction de Coveo, une société de Québec qui œuvre dans le domaine du numérique et de l’intelligence artificielle, affiche des réserves.

Dans le secteur numérique en particulier, il n’y a pas de création d’emplois depuis maintenant plus de cinq ans.

Louis Têtu président et chef de direction de Coveo

« On est en plein emploi », poursuit M. Têtu, qui évoque un déplacement de main-d’œuvre lorsqu'une entreprise étrangère s'installe au Québec.

« Lorsqu’on attire une entreprise et qu’on la paie pour venir ici, pour embaucher des gens, on alimente la rareté de la main-d’œuvre dans nos entreprises et on exporte également toute la création de valeurs aux actionnaires à l’étranger », ajoute-t-il.

Le chef de direction de Coveo aborde la question sous l’angle de la création de richesse « qui n’est pas réalisée ici », mais ailleurs.

La création de richesse, c’est important. C’est ça qui va payer le prochain hôpital, c’est ça qui va payer les prochaines écoles.

Louis Têtu, président et chef de direction de Coveo

Citant l’exemple de la société française Ubisoft, M. Têtu se montre critique de l'aide financière accordée aux entreprises. « On peut dire qu’ils emploient 3800 personnes […] mais on a envoyé plus de 1 milliard [de dollars] à cette société-là dans les 10 dernières années », fait-il remarquer.

Il soutient qu'Ubisoft a réalisé moins de profits à l'échelle mondiale au cours de cette période, ce qui signifie que « le gouvernement a payé l’ensemble de la ligne d’en bas ». « Ce faisant, poursuit-il, on a augmenté la capitalisation boursière à Paris de 4 milliards. Moi, j’aurais préféré que cela se fasse au Québec. »

« On n’est pas propriétaire. On s’est loué une industrie […] qui a eu des bénéfices pendant une vingtaine d’années, qui a revitalisé des quartiers, mais c’est une logique économique qui ne tient plus », affirme M. Têtu.

Hubert Bolduc rappelle que « huit provinces au Canada offrent des crédits d’impôt pour le jeu vidéo, dont quatre sont plus avantageux que ceux offerts par le Québec ».

Il cite l’exemple des États-Unis, où le gouvernement verse jusqu’à 56 000 $ US pour chaque emploi créé sur son territoire par une entreprise étrangère.

« La compétition est féroce », insiste M. Bolduc.

Tant et aussi longtemps qu’on va se battre avec Toronto, avec Chicago et New York, qui sont plus agressifs que nous, je vois mal comment on peut diminuer les crédits d’impôt.

Hubert Bolduc, PDG, Montréal International

« On ne peut pas se livrer à la concurrence fiscale », rétorque Louis Têtu, qui rappelle qu’il y a une inflation fiscale entre les provinces, entre les pays.

« On a le choix ». On a ici une ressource rare, explique M. Têtu ,qui y voit un levier économique, « un emploi-locomotive qui permet à nos entreprises d’être plus compétitives ».

J’aimerais bien que les entreprises étrangères viennent ici parce qu’on est bon, pas parce qu’on est l’endroit le moins cher au monde.

Louis Têtu président et chef de direction de Coveo

M. Bolduc conclut, pour sa part, que lorsqu’on attire de grandes entreprises de technologies les plus modernes reconnues, notamment dans le domaine de l’aérospatial, cela permet à nos petites entreprises « de se coller » à ces puissantes sociétés.

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