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La colonisation de l'Ouest canadien a commencé dans l'Angle nord-ouest

Une reproduction du fort Saint-Charles édifié à l'endroit où l'original construit par Pierre de La Verendrye se tenait. La croix symbolise l'emplacement de la chapelle où les restes de Jean-Baptiste de La Verendrye ont été découverts. Photo: Société historique de Saint-Boniface
Pierre Verrière

L'angle nord-ouest, l'enclave du Minnesota collée au Manitoba qui fait la manchette parce qu'elle est l'objet d'une pétition demandant son annexion au Canada, est, en réalité, un élément fondateur de la colonisation de l'Ouest canadien et de l'histoire francophone du pays.

Il a suffi d'une erreur d'arpentage lors de la délimitation des frontières entre ce qui était alors l'Amérique du Nord britannique et les jeunes États-Unis d'Amérique pour que l'angle nord-ouest soit un territoire américain.

Cette parcelle boisée de 300 kilomètres carrés coincée entre le Manitoba et le Lac-des-Bois renferme pourtant une histoire méconnue, mais essentielle pour l'histoire du Canada.

« On voit l'Angle du nord-ouest aujourd'hui comme une curiosité géographique, mais cette curiosité géographique est intimement liée à la présence française dans l'Ouest canadien », explique Michel Lagacé, un membre de la Société historique de Saint-Boniface.

Avant les chalets de pêche, qui attirent les touristes à longueur d’année, il y a d'abord eu un poste de traite fondé par Pierre de La Vérendrye, le fort Saint-Charles.

C'est La Vérendrye et ses hommes qui ont construit ce fort-là en 1732. C'était donc leur quartier général pour aller à l'exploration de l'ouest.

Michel Lagacé, Société historique de Saint-Boniface

« C'était le fort le plus à l'ouest de l'époque et on voulait s'en servir comme lieu de traite et de ravitaillement avec les Indiens », ajoute-t-il.

Tableau peint montrant des hommes sur les bords d'une rivière.Pierre de la Vérendrye, sur la rivière Saint-Maurice, par John David Kelly, 1725 Photo : Musée McCord

L'histoire prend une tournure dramatique lorsque l'explorateur La Vérendrye envoie son fils, Jean-Baptiste, chercher du ravitaillement.

Une nuit, le groupe avec lequel il bivouaque sur le lac-des-Bois est massacré par des Autochtones. Son corps, comme ceux des 20 autres hommes, dont le père Jean-Pierre Aulneau, est ensuite transporté au fort Saint-Charles et enterré dans la chapelle.

Un homme aux cheveux et à la barbe blanche et un chandail gris.Michel Lagacé est membre de la Société historique de Saint-Boniface. Photo : Radio-Canada

« En 1902, l'évêque de Saint-Boniface, Mgr Langevin, et une petite équipe d'amateurs sont partis de Saint-Boniface pour retrouver le fort Saint-Charles », indique Michel Lagacé.

Il estime qu'à cette époque une telle expédition avait également une portée politique pour les francophones. C'est d'ailleurs lors de cette première expédition que la Société historique de Saint-Boniface a été officiellement fondée.

Une vieille carte dessinée au crayon.Une carte retrouvée dans le carnet de bord de la première expédition menée par la Société historique de Saint-Boniface en 1902. Photo : Radio-Canada

« Le français était menacé. On venait, en 1890, d'abolir illégalement l'usage du français à la législature et dans les tribunaux. Alors on avait ce besoin de se réaffirmer comme francophone », rappelle Michel Lagacé.

Il ajoute qu'en partant sur les traces d'un personnage aussi mythique que La Vérendrye, cela aidait à établir que les francophones étaient les premiers découvreurs dans l'Ouest.

La façade en briques de l'ancien Collège de Saint-Boniface, illuminée par les braises. Une statue fantomatique semble planer devant l'édifice déformé. Une carte postale photographique de l'incendie du Collège de Saint-Boniface. L'image a été prise le 25 novembre 1922, dans la nuit. Photo : Société historique de Saint-Boniface

La première expédition ne permet pourtant pas de situer le site du fort. Ce n'est qu'en 1908, lors d'une quatrième expédition, que le site du fort est trouvé et que les ossements sont récupérés.

Ils sont transportés et entreposés au Collège de Saint-Boniface, mais disparaissent dans l'incendie qui détruit le bâtiment en 1922.

Les quelques ossements qui n'ont pas disparu ont été inhumés dans un coffret fixé dans le monument Aulneau-La Vérendrye qui se trouve dans le cimetière de la Cathédrale de Saint-Boniface.

On est allé vers l'ouest à partir du fort Saint-Charles et, malheureusement, nos origines francophones dans l'Ouest canadien sont maintenant en territoire américain à cause de cette anomalie, mais La Vérendrye est parti de l'angle du nord-ouest pour explorer l'ouest.

Michel Lagacé, Société historique de Saint-Boniface

« Alors, si on voulait vraiment dire d'où est parti le Manitoba, comment ça a commencé, il faudrait aller au fort Saint-Charles », conclut M. Lagacé.

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