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L'ex-garde du corps du président français a utilisé des passeports diplomatiques illégalement

Alexandre Benalla met son bras devant Emmanuel Macron.

Alexandre Benalla protège Emmanuel Macron au Salon international de l'agriculture de Paris, le 24 février 2018.

Photo : Reuters / Stephane Mahe/Pool

Reuters

Alexandre Benalla, l'ancien garde du corps du président français, Emmanuel Macron, a utilisé une vingtaine de fois des passeports diplomatiques après son licenciement de l'Élysée, a déclaré mercredi le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda.

« Nous savons aujourd'hui que M. Benalla a utilisé presque une vingtaine de fois ces passeports entre le 1er août et le 31 décembre 2018 », a-t-il dit devant la Commission des lois du Sénat, indiquant qu'il venait d'apprendre cet élément.

Le parquet de Paris, saisi par le ministère des Affaires étrangères, a ouvert le 29 décembre une enquête préliminaire visant Alexandre Benalla pour la non-restitution de ses deux passeports diplomatiques.

Le service compétent du Quai d'Orsay avait envoyé une lettre à l'ex-chargé de mission pour demander leur restitution le 26 juillet, cinq jours avant son départ effectif, puis une nouvelle fois le 10 septembre, a décrit Patrick Strzoda, qui a dit avoir pour sa part demandé début octobre au responsable du service du protocole à l'Élysée de s'assurer que cela soit fait.

Alexandre Benalla possédait cinq passeports, trois diplomatiques et deux de service, a précisé Patrick Strzoda.

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a expliqué que ses services étaient dans l'impossibilité de « désactiver » les passeports diplomatiques de l'ancien collaborateur, en dépit d'échanges dès octobre avec le Quai d'Orsay.

« Techniquement, le ministère de l'Intérieur n'est pas en mesure, dès lors que ces passeports ne relèvent pas du ministère de l'Intérieur, de pouvoir empêcher leur utilisation, sauf dans certains cas, si on est sur une procédure notamment judiciaire », a-t-il dit devant la Commission des lois.

Interrogé à sa suite, le ministre des Affaires étrangères a confirmé que « l'invalidation n'a pu être concrètement traduite pour des raisons techniques » liées à une incompatibilité entre les bases de données de la place Beauvau et du Quai d'Orsay.

Un cas sans précédent

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a précisé avoir reçu mardi un rapport de ses services sur cette faille et qu'il en appliquerait « toutes les recommandations ». « C'est un cas tout à fait nouveau qui était posé », a-t-il fait valoir, ajoutant qu'à sa connaissance, une telle procédure n'avait « pas de précédent dans notre histoire diplomatique ».

Le premier passeport diplomatique, valide pour un an et sollicité par le biais du service du protocole de l'Élysée, a été émis le 2 juin 2017. Le second a été émis par le même canal pour une durée de cinq ans, le 20 septembre 2017, à la demande du collaborateur, qui voulait un document « d'une durée égale à celle du mandat du président ».

Le troisième a en revanche a été demandé directement par Alexandre Benalla au Quai d'Orsay après les événements du 1er mai qui ont entraîné son licenciement, pour des violences sur des manifestants. Le document a été délivré le 24 mai 2018.

« C'est une initiative personnelle de l'intéressé, a déclaré Patrick Strzoda. On est confrontés à un comportement fautif de l'individu qui a peut-être profité de failles du système. »

Le parquet de Paris a annoncé la restitution des passeports diplomatiques le 9 janvier dernier.

Jean-Yves Le Drian a jugé plausible « le chiffre d'une vingtaine de voyages » effectués avec ces documents. Au Tchad le 26 décembre, voyage dont il a confirmation, en Israël, au Maroc, aux Bahamas, « des pays divers et variés ».

L'ambassadeur de France au Tchad avait été informé du déplacement d'Alexandre Benalla à N'Djamena mais « n'avait pas cru nécessaire d'en faire état », a expliqué le chef de la diplomatie. « Il y a eu un manque d'appréciation de la part de notre ambassadeur, qui s'en est expliqué depuis; il a reconnu son erreur », a-t-il dit.

Jean-Yves Le Drian a dit ne pas connaître les raisons des voyages d'Alexandre Benalla.

Un « faux »

Alexandre Benalla possédait en outre deux passeports de service.

Le premier lui a été délivré le 29 août 2016, avant qu'il soit à l'Élysée, pour son rôle à la délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d'outre-mer.

Le deuxième passeport a été délivré le 28 juin 2018, là encore à l'issue d'une initiative « personnelle ». « Pour obtenir ce passeport, M. Benalla a adressé au ministère de l'Intérieur une note dactylographiée à en-tête du chef de cabinet, une note non signée de façon manuscrite », a déclaré Patrick Strzoda, qui a dit avoir saisi le parquet mercredi matin à propos de ce « faux ».

Des deux passeports de service, invalidés le 30 juillet, le deuxième a été restitué le 11 janvier. Le premier devrait l'être « dans les jours qui viennent », a-t-il précisé.

Alexandre Benalla était en outre en possession, après son départ de l’Élysée, d'un Teorem, un téléphone portable ultrasécurisé.

L'Élysée s'est rendu compte le 4 octobre qu'il n'avait pas été restitué, a déclaré le directeur de cabinet du chef de l'État. Le téléphone a alors été rendu inutilisable et ses journaux de connexion ont permis de révéler que « cet appareil n'avait plus été utilisé depuis le 1er juillet », a-t-il ajouté.

Une enquête interne a été déclenchée mardi soir « pour savoir pourquoi les chefs de service n'ont pas engagé de démarche au cours de l'été afin de lui demander de restituer ce matériel ».

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