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Autobus scolaires : s’attacher ou ne pas s’attacher?

Le reportage de Pascale Turbide
Pasquale Turbide

L'ajout de ceintures de sécurité dans les autobus scolaires pourrait-il éviter de graves blessures lors d'accidents? À la suite des révélations de CBC/Radio-Canada, le ministre fédéral des Transports abordera la question avec ses homologues des provinces, lundi prochain, à Montréal.

« C’est un projet urgent », affirme le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, dans une entrevue accordée à l’émission Enquête.

Il devrait bientôt prendre la décision d’imposer ou non l’installation de ceintures de sécurité dans les autobus scolaires. Mais, ajoute-t-il, « on est dans une confédération, on travaille avec les provinces. Oui, j’ai le droit de l’imposer, mais on veut le faire de la bonne façon ».

Au mois d’octobre, le ministre Garneau avait demandé à Transports Canada, l’autorité réglementaire en la matière, de refaire ses devoirs sur la question des ceintures.

Blessures graves

Le ministère maintient depuis des décennies que les autobus scolaires sont sécuritaires, même sans ceintures de sécurité, parce qu’ils sont munis de sièges coussinés qui protègent les enfants en cas de collision.

Gabriel Gélinas, lui, en doute.

L’ancien élève du Collège Saint-Hilaire, en Montérégie, était passager d’un autobus scolaire qui le ramenait vers la maison, en 2016, lorsqu’une voiture en pleine course a frappé le côté de l’autobus de plein fouet.

Un pompier sécurise les lieux de l'accident
Un autobus scolaire renversé à la suite d’un accident à Mont-Saint-Hilaire, en 2016 Photo : Vincent Guilbault / L’Oeil régional

« J'ai vu la voiture arriver, rentrer dans l'autobus littéralement [...] Je me suis accroché. En me réveillant, tout ce que je vois, c'est les 52 étudiants couchés un par-dessus l'autre, par terre », se rappelle Gabriel, qui avait 16 ans lors des événements.

Il a été l’un des seuls à ne pas avoir été transporté à l’hôpital. Son amie Virginie Riel a eu moins de chance.

Je me suis ramassée à terre, avec la tête en sang. Je ne me rappelle pas vraiment d’autre chose.

Virginie Riel

« J’avais une lacération d’environ cinq centimètres et ça pissait le sang. J'ai eu une commotion cérébrale sévère après », ajoute-t-elle.

Pour Virginie, il n’y a qu’une seule conclusion possible. « Si j'avais été attachée, je ne pense pas que j'aurais revolé sur la fenêtre », dit-elle.

« On aurait évité plein de blessures cérébrales, des bras cassés, parce qu'on aurait été tenus et attachés comme dans une voiture », croit aussi son ami Gabriel.

Plusieurs pompiers et ambulanciers sont sur les lieux de l'accident.
Les secours s’activent à la suite de l’accident au Mont-Saint-Hilaire Photo : Vincent Guilbault / L’Oeil régional

Des transporteurs réticents

De nombreuses études, dont une tenue secrète par Transports Canada et récemment découverte par CBC, démontrent que les ceintures de sécurité à bandoulière, comme celles des voitures, protègent beaucoup mieux les élèves en cas de collision latérale. Elles empêchent les enfants de frapper le côté opposé de l’autobus. Pire, d’être carrément éjectés sur la chaussée.

L’installation de ce type de ceintures se fait déjà dans certaines localités américaines.

L’industrie des transporteurs par autobus craint pour sa part les coûts associés aux ceintures de sécurité. « Il n'y aura plus de marge de profit. Il y aura peut-être des entreprises qui seront en sérieuses difficultés financières », explique Luc Lafrance, président de la Fédération des transporteurs par autobus.

L’installation de ceintures ajouterait environ 12 000 $ au coût d’un autobus de 110 000 $, selon des fabricants québécois d’autobus.

Même si les accidents d’autobus scolaires avec blessures ont augmenté de 15 % au Québec entre 2012 et 2016, M. Lafrance rappelle qu’aucun enfant n’a perdu la vie dans un autobus en 33 ans.

Les transporteurs et des chauffeurs s’inquiètent aussi de la gestion de toutes ces ceintures. « Comment le chauffeur peut-il s’assurer que les enfants sont tous attachés correctement? Vous voyez la hauteur des banquettes? Avec son miroir, il n’est pas capable de voir si l'enfant est attaché. Alors, qui va être responsable pour savoir si l'enfant est attaché ou non », dit Luc Lafrance.

Il ajoute toutefois que les transporteurs se plieront à la nouvelle réglementation si le ministre Garneau décide de la modifier.

Interrogé sur la question, le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, s’est contenté d’affirmer par courriel que « la sécurité est importante pour nous », tout en ajoutant que « nous allons laisser le fédéral entamer la réflexion sur cet enjeu et nous allons collaborer avec eux ».

Retrouvez tous les contenus de l'émission Enquête

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