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La France veut attirer plus d’étudiants québécois dans ses écoles

François Legault et Emmanuel Macron assis dans un fauteuil
François Legault et Emmanuel Macron ont eu l'occasion de se rencontrer une première fois le 12 octobre 2018, au cours du sommet de la Francophonie à Erevan. Photo: AFP / Ludovic Marin

En marge de la rencontre prévue lundi entre François Legault et le président français Emmanuel Macron, qui sera essentiellement centrée sur les liens économiques entre les deux parties, la France compte également aborder le sujet des échanges universitaires. L'Hexagone souhaite attirer davantage d'étudiants québécois sur son sol et pourrait être amené à revoir, en concertation avec les grandes écoles privées, les frais de scolarité visant les ressortissants de la province.

Un texte de Romain Schué

« On veut faire en sorte qu’il y ait plus d’étudiants québécois dans les grandes écoles françaises », explique Laurence Haguenauer, consule générale de France à Québec.

La représentante du gouvernement français, qui a été chargée de l’organisation de cette première rencontre diplomatique à l’Élysée entre Emmanuel Macron et François Legault, espère ainsi travailler en concertation avec le gouvernement de François Legault pour « inciter » les jeunes Québécois à franchir l’Atlantique.

« Les échanges entre la France et le Québec sont très importants, mais ils sont déséquilibrés. On voudrait augmenter ce chiffre », ajoute-t-elle, au cours d’une entrevue accordée à Radio-Canada.

Les échanges universitaires entre la France et le Québec

  • 12 000 Français étudient chaque année au Québec, dont près de la moitié à l’Université de Montréal (UDM)
  • 1400 étudiants québécois font leurs études en France

Alors que les étudiants québécois bénéficient d’un régime particulier au sein des universités françaises en payant les mêmes frais que les Français, cet accord ne concerne pas les grandes écoles. Un étudiant ne provenant pas de l’Union européenne(UE) doit par exemple débourser 5500 euros par an pour intégrer la prestigieuse école d’ingénieurs des Mines ParisTech, contre 3500 euros pour un ressortissant de l’UE.

« C’est assez dispendieux pour les étudiants étrangers », confirme le député des Français d’Amérique du Nord, Roland Lescure, qui sera lui aussi présent durant ces rencontres.

Ce dernier assure « pousser » auprès de ces écoles « pour que quelques places puissent être réservées aux étudiants québécois qui ont le niveau ». « Je n’ai aucun doute que ça pourra se faire. J’ai eu des échanges avec [l’école] Polytechnique qui est très ouverte, prête à faire des efforts », mentionne-t-il.

Roland Lescure à l'Assemblée nationaleLe député Roland Lescure compte discuter avec les grandes écoles françaises pour faire baisser les frais de scolarité des étudiants québécois. Photo : AFP / Christophe Archambault

La France veut élargir son réseau

Que gagnerait la France à ouvrir davantage ses portes aux étudiants québécois?

« Pour un pays comme la France, former des étudiants [étrangers] et avoir un réseau, c’est toujours très bénéfique pour l’influence du pays », détaille Laurence Haguenauer, évoquant une vision à moyen et long terme.

Ces diplômés seront ainsi en mesure de « garder contact » avec leurs ex-collègues en vue de futurs échanges commerciaux, reprend-elle, précisant qu'aucun objectif chiffré n'est cependant avancé à ce jour.

Si le gouvernement Legault n’a pas souhaité commenter cette volonté française avant le début des discussions officielles, l’opposition libérale la voit, quant à elle, d’un bon œil.

L’accès aux grandes écoles en France est difficile. Si le gouvernement peut négocier une façon d’améliorer cet accès, ce serait très positif.

Paule Robitaille, porte-parole du PLQ en matière de relations internationales

Pas de discussions sur les frais de scolarité au Québec

Il ne sera en revanche pas question, pour la France, de tenter de revenir sur la décision prise par Philippe Couillard, en 2015, de tripler les droits de scolarité des étudiants français. Cette décision avait provoqué une tension entre le gouvernement libéral et celui de François Hollande, le prédécesseur d’Emmanuel Macron, élu au printemps 2017.

Selon une entente signée en 1978, les étudiants français payaient jusqu’alors les mêmes frais que les étudiants québécois. Désormais, ils doivent s’acquitter des mêmes frais que les autres étudiants canadiens.

« Ce n’est plus du tout d’actualité. [Une nouvelle discussion sur ce sujet] n’est pas du tout à l’ordre du jour », prévient la consule Laurence Haguenauer.

Cette dernière espère cependant des avancées pour une meilleure reconnaissance des diplômes concernant les ingénieurs, les médecins ou encore les vétérinaires formés en France, afin qu’ils puissent exercer au Québec.

Baisse des seuils d’immigration : pas d’inquiétude pour Paris

La baisse annoncée par François Legault des seuils d’immigration d’environ 20 %, dès 2019, sera « sans doute » évoquée au cours de ce séjour, affirme l’élu Roland Lescure.

« Je reçois régulièrement des interrogations de la part de Français qui sont en attente de statut, qui s’interrogent sur les délais [de traitement] », précise-t-il. Environ 150 000 Français seraient installés au Québec, sous différents statuts juridiques, selon le Consulat de la France dans la province.

« Il peut y avoir une inquiétude pour les Français qui immigrent », poursuit Yan Chantrel, conseiller consulaire à Montréal auprès de l’Assemblée des Français de l’étranger.

Du côté du gouvernement d’Édouard Philippe, on reste néanmoins prudent. « Est-ce que ça inquiète Paris? Non. Derrière ce message général, il n’y a pas eu de message particulier vis-à-vis de la France et des Français », reprend Roland Lescure.

J’ai quand même tendance à dire que dans le monde d’aujourd’hui où les frontières ont tendance à se refermer, le Québec reste très largement ouvert, notamment envers les travailleurs français.

Roland Lescure, député des Français d’Amérique du Nord

L’économie au cœur des discussions

Durant ce séjour en France, qui sera suivi par le Forum économique mondial à Davos, en Suisse, l’équipe de François Legault ne cache pas son ambition « d’attirer des investisseurs étrangers » au Québec.

Le premier ministre, qui sera accompagné de la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, et du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, prononcera un discours en ce sens, mardi, au palais Brongniart, un édifice historique qui a accueilli la Bourse de Paris.

L’objectif de M. Legault est de se présenter comme un premier ministre économique, un homme d’affaires, dans le but de nouer des contacts et d’attirer des entreprises de haut niveau.

Un conseiller de François Legault

Le chef de la CAQ, qui a fondé Air Transat, rencontrera ainsi des patrons du CAC 40 (le principal indice de la Bourse de Paris) provenant des secteurs de pointe, financiers et aéronautiques, glisse-t-on au sein de l’équipe du premier ministre.

François LegaultDurant cette visite officielle, François Legault espère convaincre des entrepreneurs français d'investir au Québec. Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Du côté de la France, on compte également renforcer cette relation privilégiée.

« Il ne faut pas se leurrer, on est dans un monde où la globalisation est en danger avec un certain nombre de poussées protectionnistes. Affirmer les bonnes relations économiques entre la France et le Québec, c’est une bonne chose », note Roland Lescure.

Paris doit ratifier l’AECG

L’Accord économique et commercial global (AECG), signé en 2016 entre le Canada et l’Union européenne, qui vise à faciliter et à augmenter les échanges commerciaux entre les deux parties, sera lui aussi à l’ordre du jour. De nombreuses inquiétudes avaient été soulevées par les producteurs laitiers québécois, qui craignent entre autres la concurrence avec les fromages français, exemptés de tarifs douaniers.

Oui [cet accord] a été critiqué. Il y a beaucoup de fantasmes sur ce sujet. Non, la viande canadienne n’a pas envahi la France et non, les laitages français n’ont pas envahi le Québec.

Laurence Haguenauer, consule générale de la France à Québec

Cet accord de libre-échange n’a cependant pas encore été ratifié par le Parlement français, malgré un discours appuyé du premier ministre canadien Justin Trudeau, l’an passé, devant les députés hexagonaux.

« On parlera sans doute du calendrier de la ratification », signale Roland Lescure, ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, avant de préciser qu’il faudra vraisemblablement attendre les prochaines élections européennes, au printemps, pour une présentation de ce texte à l’Assemblée nationale.

« Il faut s’assurer que tout se fasse sans heurts, ajoute l’élu français, qui possède également une propriété à Montréal. On voit que les entreprises ont encore un peu de mal à comprendre que c’est une nouvelle donne qui s’ouvre. Le Québec peut être une belle tête de pont pour entrer au Canada et au-delà, en Amérique du Nord. »

Le programme de François Legault à Paris

  • Dimanche : Rencontre et souper avec des chefs d’entreprise
  • Lundi : Rencontre vers midi avec le président Emmanuel Macron, le premier ministre Édouard Philippe, puis les présidents de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, et du Sénat, Gérard Larcher
  • Mardi : Discours économique au palais Brongniart devant de nombreux partenaires économiques
  • Mercredi matin : départ pour Davos (Suisse) pour le Forum économique mondial

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