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Mike Ward conteste en appel le versement de dommages punitifs à Jérémy Gabriel

Le reportage de Karine Bastien

Les arguments de l'humoriste Mike Ward ont été entendus mercredi par la Cour d'appel, lui qui conteste la décision du Tribunal des droits de la personne du Québec qui l'a condamné à verser à Jérémy Gabriel 35 000 $ en dommages-intérêts moraux et punitifs, et 7000 $ à sa mère, pour avoir fait des blagues sur son handicap.

Devant un comité de trois juges, l'avocat de l'humoriste, Julius Grey, a plaidé que les blagues sur Jérémy Gabriel n'étaient pas discriminatoires, mais plutôt offensantes, et que les propos offensants doivent être protégés dans une société libre et démocratique.

« La discrimination l'aurait été s'il n'avait pas été admis quelque part ou s'il avait été évalué différemment, a soutenu l'avocat devant les juges. Il ne suffit pas de se moquer de lui pour créer une discrimination. »

« Vous ne pouvez pas humilier une personne ou violer sa dignité. Jérémy Gabriel a été ciblé parce qu'il avait un handicap. […] La nuance, c'est que l'exercice de la liberté d'expression ne doit pas violer les droits fondamentaux d'une autre personne », a pour sa part répliqué Stéphanie Fournier, l’avocate représentant le Tribunal des droits de la personne.

Les juges ont pris la cause en délibéré.

Le Tribunal des droits de la personne a conclu en 2016 que Mike Ward avait tenu des propos discriminatoires sur Jérémy Gabriel lors de spectacles entre 2010 et 2013, en se moquant du fait qu’il est atteint du syndrome de Treacher Collins, une maladie congénitale caractérisée par des déformations du crâne et du visage.

Dans ses spectacles, Mike Ward affirmait que les gens étaient gentils avec « le petit Jérémy » parce qu'ils croyaient que le garçon allait mourir bientôt. Il disait aussi qu'après avoir réalisé que le garçon n'allait pas mourir, il avait essayé de le noyer.

Le juge a statué que la blague violait le droit du jeune homme handicapé à la dignité, à l'honneur et à la réputation, ainsi que son droit à l'égalité et à la protection contre la discrimination.

Dans sa plaidoirie, Julius Grey a plutôt affirmé mercredi que son client avait voulu de cette façon souligner que parler contre Jérémy Gabriel était considéré comme un tabou dans la société.

« Dans ce cas particulier, si le jugement est maintenu, personne ne pourra plus oser être un humoriste, parce que normalement on se moque de choses controversées. Sinon, ce n'est pas drôle. Si tout ce qui suscite la controverse peut autoriser quelqu'un à dire : ''J'ai été blessé, je vais au tribunal'', alors nous sommes finis », a ensuite déclaré l'avocat aux journalistes présents au palais de justice de Montréal.

Jérémy Gabriel avait acquis une certaine notoriété au Québec lorsqu'il a chanté en 2006, à l'âge de 9 ans, pour le pape Benoît XVI à Rome.

Jérémy Gabriel au micro de Catherine PerrinJérémy Gabriel Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

« L’humour n’est pas un crime »

Sur Facebook, après la plaidoirie, Mike Ward a publié un message visant à expliquer le pourquoi de son appel.

Il écrit que « la seule raison pourquoi je me bats encore » est la peur de voir le verdict du Tribunal des droits de la personne nuire aux autres humoristes.

« Ça aurait été tellement plus simple [de] payer l'amende, mais je ne voulais pas créer un précédent », dit-il.

Mike Ward qualifie de « ridicule » le fait d’être en cour contre la Commission des droits de la personne « pour une blague que j'ai écrite il y a 10 ans ».

« C'est ça que je fais dans la vie, des blagues de mauvais goût. C'est comme mon trademark. J'ai gagné de nombreux prix et fait le tour du monde avec ces blagues de mauvais goût. Amener Mike Ward en cour pour une joke de mauvais goût ça serait comme donner un ticket à Vin Diesel parce qu'il conduisait vite dans The Fast and the Furious. C'est complètement stupide », soutient-il encore.

L’humoriste affirme qu’il n’est pas une mauvaise personne, mais bien quelqu’un « qui vit son rêve, une joke louche à la fois ».

L'humour n'est pas un crime. […] J'aime l'humour, j'aime les humoristes, c'est pour ça que je me bats.

Mike Ward

De la « propagande », dit Jérémy Gabriel

Quant à Jérémy Gabriel, il considère « qu'on exagère un peu la portée que peut avoir ce jugement-là sur la liberté d'expression ».

Je pense qu'il s'agit un peu d'une propagande pour faire peur aux gens par rapport à la liberté d'expression.

Jérémy Gabriel

« C'est un cas particulier et je pense qu'il faut le voir dans son contexte et avec les impacts que cette situation-là a eu sur moi et sur ma famille », affirme-t-il.

Jérémy Gabriel, qui est maintenant âgé de 22 ans, a raconté que quand il était encore à l'école, des enfants se moquaient de lui en répétant les blagues de Mike Ward, et que le monologue de l'humoriste l'avait amené à remettre en question sa valeur en tant qu'être humain et à lui donner des pensées suicidaires.

Le jeune homme dit avoir hâte de mettre toute cette histoire derrière lui, mais il souhaite que le jugement du Tribunal des droits de la personne soit maintenu.

« Ces démarches-là visent à rétablir justice. Mais aussi, ça se veut un appel pour aider d'autres personnes qui sont dans la même situation que moi », indique-t-il.

Avec les informations de La Presse canadienne

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