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Les cols bleus de Montréal préparent leur propre révolution

Un employé de la Ville de Montréal de dos.
Les cols bleus retraités n'acceptent pas d'être écartés des prochaines assemblées générales et contestent en justice. Photo: Radio-Canada / Vianney Leudière
Thomas Gerbet

Les 7500 cols bleus de Montréal tiendront bientôt des assemblées qui s'annoncent houleuses. Ébranlés par des crises à répétition et sous tutelle depuis 20 mois, les syndiqués doivent se prononcer sur une réforme majeure de leur organisation. Et ça ne plaît pas à tout le monde.

« Allez vous occuper de vos petits-enfants! » Le message destiné aux cols bleus retraités est sans détour. Les retraités ne sont pas les bienvenus aux prochaines assemblées générales qui se tiendront entre le 22 janvier et le 2 février.

L'auteur du message est Pierre Raîche, lui-même col bleu retraité de Montréal. Il se plaint sur la page Facebook du local SCFP-301 : « J'ai participé à des AG dernièrement et il y avait des retraités qui faisaient honte à voir et entendre par leur manque de savoir-vivre. Ils criaient à tue-tête en arrière de la salle. »

Pour la première fois, les influents cols bleus retraités ne seront pas autorisés à assister aux assemblées sur la réforme majeure des statuts, ce qui cause des remous. Un groupe de retraités a déposé une requête en Cour supérieure, jeudi, pour tenter d'obtenir le droit de participer, mais le juge l'a rejetée, vendredi.

Les cols bleus doivent voter la révision d'une grande partie de leurs règles de fonctionnement. Le Syndicat canadien de la fonction publique recommande de revoir les règles électorales, les finances, le fonctionnement des assemblées, du fonds des aînés ou encore les droits des membres et des élus.

Les votes auront lieu les 22, 23, 24 janvier et le 2 février. C'est à l'issue de l'ultime assemblée que les résultats seront dévoilés.

Les retraités ont toujours pu assister aux assemblées générales, mais sans avoir le droit de vote. Plusieurs cols bleus se sont toutefois plaints de leur comportement ces dernières années, notamment de l'influence de l'ancien président du syndicat, Jean Lapierre.

Si les changements de statuts sont approuvés par les membres actifs, les retraités pourront revenir aux assemblées à l'avenir, mais ils devront impérativement s'enregistrer et l'assemblée devra accepter leur présence.

« C'est honteux que des retraités qui ont payé des cotisations toute leur vie soient rejetés de cette manière, écrit Manon Savignac sur la page Facebook du SCFP-301. Ils sont traités comme des membres de seconde zone. »

« Ce n’est pas une raison pour mettre tous les retraités dans le même chapeau, qu’ils s’occupent de ceux qui font du bruit et qu’ils laissent les autres tranquilles », ajoute Carole Haché.

En refusant notre droit de parole où nous pouvions vous faire profiter de notre expérience [...] avant que vous votiez, c’est votre droit à la pleine information qu’ils mettent en jeu.

Denis Maynard, retraité des cols bleus, sur la page Facebook SCFP-301.

Les membres actifs sont aussi divisés sur cette large réforme des statuts. « Enfin un nouveau départ pour 2019 », écrit Daniel Barrette, sur la page Facebook. « Trop de changements d’un coup », juge pour sa part Marcel Collin.

« On pense que les membres vont approuver les changements, dit Lisa Djevahirdjian, porte-parole du SCFP. L'idée, c'est d'amener plus de transparence et plus de démocratie. »

Le Syndicat canadien de la fonction publique avait reçu une multitude de plaintes sur une longue période de temps. Il était question de dépenses non autorisées, de harcèlement, d'intimidation, de dysfonctionnements en général et il y avait un climat toxique pour le personnel.

Lisa Djevahirdjian, porte-parole du SCFP.

Constats accablants du tuteur

Denis Régimbald, tuteur désigné par le SCFP national, devant l'édifice du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, avenue PapineauDenis Régimbald, tuteur désigné par le SCFP national pour le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal Photo : Radio-Canada

Radio-Canada a pu consulter le rapport de tutelle remis aux membres au mois de juin 2018. Le tuteur Denis Régimbald explique que « les problèmes étaient tellement nombreux que ça a pris plusieurs mois pour faire le tour de la question et nous n'avons pas terminé de redresser les lacunes ».

« Mauvaises pratiques de gestion », « dépenses non autorisées de la part de la présidence », « climat tendu et malsain », « graves lacunes dans l'administration », « perte de confiance »... la liste est longue. Le tuteur mentionne aussi qu'en raison d'un conflit interne, en 2016, « des dispositifs de surveillance ont été placés sur des véhicules des membres de l'exécutif ».

En mai 2017, l'ancienne présidente Chantal Racette avait été démise de ses fonctions. 

Autres enjeux

Un des changements proposés qui inquiète des membres concerne le passage d'une cotisation syndicale fixe à un paiement proportionnel au salaire. Le taux effectif devra être calculé par le nouvel exécutif et voté par les membres par la suite. Certains syndiqués craignent des erreurs de calcul.

Par ailleurs, le SCFP propose que les immeubles devront être considérés comme la propriété du syndicat plutôt que d'une coopérative distincte. La tutelle s'est rendu compte que les actionnaires de la compagnie à but non lucratif, tous membres de l'accréditation de Montréal, se servaient de la corporation « pour éviter la transparence ». La dissolution de la corporation n'est toutefois pas à l'ordre du jour.

Économie