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L’ingérence politique nuit à la stabilité en éducation, selon la VG Kim MacPherson

Les élèves assis à leurs pupitres en petits groupes font de la lecture
La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick présentera ses conclusions sur le rendement des élèves de la province. Photo: Radio-Canada / Michel Nogue
Pierre-Philippe LeBlanc

Le système d'éducation du Nouveau-Brunswick manque de stabilité, selon la vérificatrice générale, Kim MacPherson, qui met en cause l'ingérence politique, entre autres facteurs.

Malgré son engagement élevé durant 15 ans, le système d’éducation n’a pu atteindre ses cibles pour les résultats des évaluations provinciales en lecture, en mathématiques et sciences, affirme Mme MacPherson.

Il y a eu cinq plans d’éducation différents au cours de ces 15 dernières années, et trois changements importants ont été apportés au programme d’immersion en français sur dix ans, souligne-t-elle dans son rapport rendu public mercredi à l’Assemblée législative.

L’ingérence politique déstabilise le système d’éducation.

Kim MacPherson, vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick

Les gouvernements successifs ont apporté des changements trop fréquemment aux priorités, ce qui a créé de l’instabilité et détourné l’attention des éducateurs de l’enseignement des élèves du Nouveau-Brunswick, explique-t-elle.

Mme MacPherson rappelle par exemple le plus récent changement du point d’entrée au programme d’immersion française afin de tenir, dit-elle, une promesse politique.

La mise en œuvre précipitée du changement a perturbé les activités et a mené à une demande d’enseignants qui a surpassé la disponibilité sur le marché du travail, ce qui a donné lieu à l’embauche de personnel enseignant ne possédant pas les compétences linguistiques requises, souligne la vérificatrice générale.

La pauvreté, autre facteur déstabilisant

Des questions socioéconomiques, dont la pauvreté, influencent aussi le rendement des élèves, selon la vérificatrice générale. Les enseignants doivent souvent aider des élèves qui ont faim ou qui ont besoin de vêtements adéquats, dit-elle, avant de se consacrer à l’enseignement.

La stabilité du système et plus de collaboration avec les autres ministères et les organismes communautaires sont nécessaires pour s’assurer que les efforts des enseignants sont consacrés à l’éducation des élèves, estime Kim MacPherson.

Kim MacPherson tourne les pages d'un rapport volumineux.Kim MacPherson, vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick, a présenté mercredi matin les volumes II et III de son rapport 2018. Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

La Loi sur l’éducation énonce des plans et des rapports à différents niveaux en vue d’améliorer le rendement des élèves indique Kim MacPherson. Elle dit toutefois que des lacunes à chaque étape empêchent ce cycle de fonctionner comme prévu.

Les programmes provinciaux d’évaluation du rendement des élèves manquent aussi de stabilité, ajoute-t-elle. Il est donc difficile d’évaluer et de prendre des mesures correctives afin d’améliorer le rendement des élèves.

Des recommandations pour plus de stabilité en éducation

La vérificatrice générale a présenté 14 recommandations au gouvernement provincial pour améliorer la situation, dont les suivantes:

  • Maintenir les plans d’éducation provinciaux de 10 ans actuels;
  • stabiliser les programmes provinciaux d’évaluation;
  • préparer un plan détaillé avant de mettre en oeuvre tout changement exerçant un impact sur le rendement des élèves;
  • prendre des mesures correctives pour améliorer le rendement des élèves en lecture, mathématiques et sciences;
  • faciliter le partage des succès et des meilleures pratiques entre les secteurs anglophone et francophone;
  • respecter (ou réviser) la Loi sur l’éducation.

Un professeur approuve et renchérit

Mathieu Lang, professeur en éducation à l’Université de Moncton, abonde dans le sens de la vérificatrice générale sur la question de l’ingérence politique.

Là-dessus, oui, il y a vraiment beaucoup d’ingérence politique, trop, oui. Ça prend une certaine ingérence politique, mais définitivement, dans les derniers dix ans... La vérificatrice générale confirme mon intuition et l’intuition de bien d’autres personnes, dit-il.

Quant au manque de stabilité, Mathieu Lang estime qu’il faut améliorer la planification à long terme, par exemple en conservant le plan actuel de dix ans comme le recommande Mme MacPherson.

Mathieu Lang en entrevue dans une salle de classe à l'universitéLes changements rapides de plan d'éducation, « ça affecte concrètement la salle de classe », affirme Mathieu Lang, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Moncton. Photo : Radio-Canada

Le professeur Lang recommande aussi au ministère de mieux prévoir les besoins en matière de personnel enseignant, en rappelant qu’il y eu une compression de 300 postes en éducation en 2015 et du financement deux ans plus tard pour embaucher 250 enseignants.

La stabilité, c’est ce qui est le plus important en éducation

Mathieu Lang, professeur en éducation à l’Université de Moncton

Beaucoup d’élèves manquent effectivement de vêtements chauds pour l’hiver ou arrivent à l’école affamés, indique M. Lang, et il propose un moyen d’améliorer la situation.

Les enseignants et les comités de parents assurent des programmes merveilleux, mais ils ont besoin d’un effort beaucoup plus concerté des autres ministères. Les échanges entre les ministères pourraient profiter d’une meilleure collaboration, explique Mathieu Lang.

L’Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB) a réagi favorablement au rapport de la vérificatrice générale par voie de communiqué, mercredi.

En effet, ce sont des constatations qui surprennent peu.

Lucie Martin, présidente de l’AEFNB

Les facteurs socioéconomiques et l’ingérence politique ont été décriés à maintes reprises comme source d’insuccès académique, rappelle l’association.

Nous sommes ravis que la vérificatrice générale confirme cette constatation, conclut l’AEFNB.

Les enseignants exercent leur métier dans des conditions parfois pénibles, soulève Mme Martin, tout en soulignant l’importance de valoriser la profession d’enseignant.

Nouveau-Brunswick

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