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Theresa May survit à une motion de censure au Parlement britannique

La première ministre britannique s'adresse aux députés de la Chambre des communes à Londres.

Photo : La Presse canadienne / AP

Radio-Canada

Après avoir remporté le vote de confiance du Parlement, la première ministre britannique s'est adressée à ses concitoyens pour réitérer sa ferme intention d'aller de l'avant au sujet du retrait du pays de l'Union européenne (UE). Ce nouveau chapitre dans la saga du Brexit survient au lendemain du rejet de l'accord conclu avec l'UE.

Évitant de justesse le renversement de son gouvernement, Mme May a obtenu, mercredi, l'appui de 325 des 650 députés de la Chambre; 306 élus des formations d'opposition lui ont refusé leur confiance.

Les députés conservateurs rebelles et le Parti unioniste démocrate (DUP) d'Irlande du Nord, un allié du gouvernement, ont renouvelé leur soutien envers la première ministre, même s'ils avaient rejeté la veille son entente sur le Brexit.

« Je ne prends pas cette responsabilité à la légère », a-t-elle assuré devant le Parlement dans les secondes suivant l'annonce des résultats. Elle a ensuite promis d’œuvrer pour s’assurer que la volonté populaire exprimée lors du référendum de juin 2016 soit respectée.

À moins de trois mois de la date prévue de sortie officielle du pays du bloc européen, Theresa May a réitéré son intention de présenter une nouvelle stratégie lundi, dans la foulée du rejet massif de l'entente sur le Brexit par le Parlement.

« Nous devons trouver des solutions négociables qui obtiennent un soutien suffisant dans cette Chambre », a-t-elle martelé, conviant les chefs de parti à des rencontres individuelles, qui ont débuté en soirée.

« La Chambre a placé sa confiance dans le gouvernement ce soir. Je suis prête à travailler avec tout membre de cette Chambre pour concrétiser le Brexit et m’assurer que la Chambre conserve la confiance du peuple britannique », a dit la première ministre aux députés.

May appelle les partis à faire primer l'intérêt national

Theresa May, devant des micros, s'adressant aux Britanniques au cours d'une allocution prononcée de l'extérieur de sa résidence de Downing Street.

Theresa May a assuré les Britanniques qu'elle piloterait la sortie de leur pays de l'Union européenne.

Photo : Reuters / Clodagh Kilcoyne

Au cours d'une allocution télévisée n'ayant duré que 150 secondes, Theresa May s'est adressée en fin de soirée au peuple britannique, de l'extérieur de sa résidence de Downing Street.

Appelant les députés à « mettre de côté [leurs] intérêts personnels », elle a soutenu qu'il était de son « devoir » de faire respecter la décision du peuple de quitter l'UE.

« Maintenant que les députés ont dit clairement ce qu’ils ne voulaient pas, nous devons tous travailler ensemble de façon constructive pour déterminer ce que veut le Parlement », a-t-elle déclaré, reconnaissant l'ampleur du défi.

Plus de deux ans et demi plus tard, il est temps pour nous de nous unir pour faire de l’intérêt national une priorité et concrétiser le résultat du référendum.

Theresa May, première ministre du Royaume-Uni

Elle a indiqué avoir déjà eu « des rencontres constructives » avec les libéraux-démocrates et les leaders du Parti nationaliste écossais (SNP) et du Plaid Cymru, parti nationaliste gallois.

Une rencontre entre des représentants gouvernementaux, dont elle-même, et un groupe de députés de « tous les horizons politiques », aura lieu jeudi, a-t-elle ajouté.

« Je suis déçue que le chef du Parti travailliste [Jeremy Corbyn] n’ait pas jusqu’ici souhaité y participer, mais notre porte demeure ouverte », a glissé Theresa May.

Les travaillistes restent en retrait, les autres partis posent leurs conditions

Jeremy Corbyn prend la parole à la Chambre des communes.

Le chef des travaillistes britanniques, Jeremy Corbyn

Photo : Reuters

« Avant qu'il n'y ait des discussions positives sur la suite des choses, le gouvernement doit écarter clairement, une fois pour toutes, la perspective catastrophique d'un Brexit sans accord avec l'UE et tout le chaos qui en résulterait », avait averti en début de soirée le chef travailliste devant la Chambre, après avoir échoué à faire tomber le gouvernement de la première ministre conservatrice.

Il avait déposé une motion de censure mardi soir, après que le Parlement britannique eut infligé une cuisante défaite à Theresa May en rejetant par 432 voix contre 202 l'accord de sortie de l'Union européenne qu'elle avait négocié avec Bruxelles.

Le Parti travailliste n'a pas exclu la possibilité de déposer d'autres motions de défiance. M. Corbyn subit toutefois des pressions de la part de dizaines d'élus de ses propres rangs pour plutôt appuyer les appels à la tenue d'un nouveau référendum sur une sortie du bloc européen.

Les autres partis d'opposition ont dit accueillir positivement l'offre de discussions, mais ont eux aussi exprimé leurs conditions.

Le libéral-démocrate Ed Davey a jugé « très important » d'exclure une sortie sans entente préalable et d'envisager le report du Brexit au-delà de la date du 29 mars.

S'engageant à « travailler de manière constructive avec le gouvernement », le chef du SNP, Ian Blackford, a déclaré que plusieurs options devaient « être sur la table », ajoutant la tenue d'un autre référendum à celles énumérées par les libéraux-démocrates.

Le chef du DUP, Nigel Dodds, a pour sa part souligné l'importance de l'alliance conclue en 2017 entre son parti et les conservateurs, minoritaires en Chambre. Après leur avoir permis de former le gouvernement l'an dernier, le DUP a, cette fois-ci, assuré sa survie.

Le Brexit sera-t-il reporté?

Plus tôt, Theresa May a prévenu que le Royaume-Uni quitterait l'UE dans 10 semaines, avec ou sans accord, quoi qu'il arrive. « La politique du gouvernement est que nous quittons l'Union européenne le 29 mars », a-t-elle déclaré sans détour aux élus britanniques.

L'UE n’acceptera pas de reporter ce délai en l’absence d’un plan crédible de négociation, a-t-elle soutenu, plaidant pour l'unité et le « besoin de certitude » qu'assurerait la survie de son gouvernement.

Mercredi matin, la Commission européenne a déclaré que l'accord de retrait du Royaume-Uni n'est pas ouvert à la renégociation et que, pour l'heure, Londres n'avait pas demandé un report de la date du Brexit.

Le ton était cependant moins tranchant du côté du négociateur en chef des Européens, Michel Barnier, qui a pour sa part estimé que l'UE avait négocié de bonne foi pendant un an et demi avec Londres et que c'était désormais aux Britanniques de dire ce qu'ils veulent.

M. Barnier a cependant prévenu que le Royaume-Uni devra faire des compromis pour sortir de l'impasse. Devant le Parlement européen, le négociateur en chef de l'UE a invité les 27 pays membres à se préparer à un Brexit sans accord.

Le Times de Londres rapporte cependant que les responsables de l'Union européenne examinaient des plans visant à reporter le Brexit à 2020, après que l'Allemagne et la France eurent affiché une ouverture à poursuivre les négociations. Les précédents scénarios évoquant un report évoquant plutôt le mois de juin 2019.

Le négociateur en chef de l'UE a par ailleurs prévenu que le « backstop » ne pourrait pas être écarté. L'opposition d'une large part des parlementaires britanniques s'est précisément concentrée sur cette clause de sauvegarde qui permettrait d'empêcher le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande, État indépendant qui demeure membre de l'UE, et l'Irlande du Nord, qui fait partie du territoire britannique.

En contrepartie, toutefois, le Royaume-Uni continuerait de respecter le régime fiscal et douanier de l’UE.

Avec les informations de Reuters, BBC News, et AFP

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