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analyse

Brexit : le Parlement britannique choisit l’incertitude

Une manifestation en faveur du Brexit a eu lieu dans le centre de Londres, au Royaume-Uni, le 12 janvier 2019.
Une manifestation en faveur du Brexit a eu lieu dans le centre de Londres, au Royaume-Uni, le 12 janvier 2019. Photo: Reuters / Simon Dawson
Gérald Fillion

ANALYSE - Il est clair qu'un Brexit abrupt, sans modalités précises, aurait des effets économiques négatifs à court terme, mais il est difficile de se lancer dans des projections détaillées. Une chose est certaine : une forte majorité des élus britanniques a choisi l'incertitude, qui persiste et qui grandit.

Il faudra donc voir quelles seront les prochaines étapes au Royaume-Uni, après le rejet par le Parlement britannique de l'accord conclu entre la première ministre Theresa May et les Européens.

L’Union européenne est le premier partenaire du Royaume-Uni. L’UE représente 44,5 % des exportations du Royaume-Uni et 53,1 % de ses importations.

Le Royaume-Uni affiche un déficit commercial de 67 milliards de livres sterling avec l’UE. Il est en déficit commercial avec presque tous les pays de l’Union, sauf l’Irlande, la Suède, le Luxembourg et le Danemark. Son déficit commercial le plus important, de 21 milliards de livres, est avec l’Allemagne.

Londres étant une place financière, le Royaume-Uni affiche un surplus dans les services, pour un surplus commercial de 28 milliards de livres. Mais, sur les biens, le déficit s’élève à 95 milliards de livres. Le Royaume-Uni est en déficit commercial avec le reste de l’Europe depuis 1999.

Selon une étude de la RBC, l’acceptation de l’entente sur le Brexit aurait eu peu d’effet sur l’économie, voire un impact légèrement positif. Cependant, un effet négatif significatif est à prévoir, selon les économistes de cette institution, si la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se fait sans aucune entente, à la fin mars.

Toutefois, une nouvelle négociation ou de nouvelles élections maintiendraient l’incertitude, mais auraient un effet négatif moindre sur l’économie qu’une sortie brutale.

En retour, un nouveau référendum sur la question serait accueilli de façon positive, d’autant qu’il pourrait changer le résultat final. Une telle avenue entraînerait un effet à la hausse sur les marchés et l’économie, mais le trouble politique, et peut-être social, que cela provoquerait serait de taille, étant donné le choix clair et démocratique exprimé en 2016 par le peuple britannique, en faveur du Brexit.

Les marchés prévoient un nouveau référendum

Les marchés envoient des signaux indiquant que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait ne pas avoir lieu, comme prévu, le 29 mars prochain. Il y a quelques mois, les opérateurs de marché croyaient, à 60 %, que le Brexit se ferait dans les temps. Aujourd’hui, cette probabilité est à 40 %.

De plus, la probabilité d’un report assez long du Brexit ou même de l’abandon du processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est passée de 13 % à 27 %. Et la possibilité d’un second référendum est passée de 25 % à 40 %.

Les marchés anticipent un vote différent s’il y a un nouveau référendum, en faveur cette fois-ci du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

Incertitude économique

Les économistes se montrent prudents sur la situation britannique. Dans son dernier rapport sur la politique monétaire, la Banque du Canada n’a pas cru bon évaluer l’effet d’un Brexit difficile. « La Banque continue de supposer, dans son scénario de référence, que le processus du Brexit se déroulera de manière ordonnée et que l’incertitude qui l’entoure n’aura qu’un impact négatif modéré », est-il écrit en petite note à la page 3.

Récemment, à l'émission RDI économie, l’économiste Clément Gignac semblait même calmer les appréhensions face à la situation britannique. « C’est l’Angleterre qui paie le prix de toute cette incertitude, nous a-t-il dit. Je ne pense pas qu’au niveau des places financières, il y ait un impact si important. Mais, ça a un impact, aucun doute, sur l’Europe. Ça a un impact sur la livre Sterling et on verra quelles sont les règles du jeu. On pourrait se ramasser, finalement, en élections de nouveau, en élections référendaires. Donc, je vais le croire quand je vais le voir! »

Déjà, il faut dire que la croissance économique au Royaume-Uni est modeste. Après une hausse de 1,3 % en 2018, les économistes ne s’attendent pas à beaucoup mieux cette année et la croissance pourrait tomber sous les 1 % en 2020. Les exportations ont ralenti en 2017 et 2018, le chômage baisse, à seulement 4 %, mais la montée des salaires est presque à zéro.

L’OCDE prévoit une réduction de 2 % du PIB sur deux ans en cas de sortie abrupte de l’Union européenne. Dans ses prévisions pour le Royaume-Uni en 2019, l’OCDE écrit que « certaines incertitudes liées au Brexit persisteront jusqu’à ce que la nature des futurs accords commerciaux soit clarifiée. [...] Les autorités devraient se tenir prêtes à prendre des mesures complémentaires en cas d'affaiblissement sensible de la demande dû au Brexit. »

L’OCDE ajoute que « le manque de précisions quant aux relations futures entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ou à la prolongation de la période de transition et les incertitudes qui en découlent pourraient inciter les entreprises à différer davantage leurs projets d'investissement. À l'inverse, la perspective d'un maintien de relations économiques aussi étroites que possible avec l'Union européenne se traduirait par une croissance économique plus forte que prévu ».

Par ailleurs, la Banque d'Angleterre envoie des signaux de hausse des taux d’intérêt, mais il lui sera difficile d’aller de l’avant si les choses se passent mal. D’ailleurs, l’OCDE appelle le grand patron de la banque centrale, le Canadien Mark Carney, à remonter les taux de façon progressive, à faire le tout dans une « communication claire » et à maintenir une politique accommodante si le Brexit ne se passe pas très bien et ralentit l’économie.

Gérald Fillion

Politique internationale

Économie