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Qui sont les gilets jaunes dans l'Ouest canadien?

Un homme tient une pancarte sur le trottoir.
Des manifestants vêtus de vestes jaunes manifestent régulièrement leur colère dans une rue passante de Regina. Photo: Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay
Miriane Demers-Lemay

Après des dizaines de manifestations et des convois automobiles, le mouvement des gilets jaunes jouit d'une popularité croissante dans l'Ouest canadien. Les protestataires dénoncent la taxe carbone et le Pacte mondial pour les migrations des Nations unies. Ils flirtent également avec la xénophobie, selon certains observateurs.

Au cours des dernières semaines, des centaines de personnes vêtues de vestes jaunes ont montré leur colère envers des mesures du gouvernement fédéral dans des manifestations tenues un peu partout dans l’Ouest canadien.

Sur des pancartes, on peut lire des messages comme « Trahison. Trudeau doit partir », « Non à l’ONU, non à la taxe carbone, non à Trudeau, oui aux pipelines », « Trudeau a volé mon avenir » ou encore « Guerre à la classe ouvrière, nous sommes tous Canadiens ».

Des convois de camions se réclamant du mouvement des gilets jaunes du Canada ont circulé dans les rues de plusieurs villes de l’Ouest, comme Estevan et Saskatoon, en Saskatchewan. Un convoi de camions organisé par les gilets jaunes doit d’ailleurs parcourir, en février, une grande partie du Canada, entre Red Deer, en Alberta et Ottawa.

une longue file de camions circule sur une autoroute.Un convoi de camions organisé par les gilets jaunes se rendra à Ottawa, en février, pour plaider la cause du groupe. Photo : Radio-Canada

Sur Facebook, divers groupes de gilets jaunes ont rapidement gagné des milliers d’adhérents. Le groupe Yellow Vests Canada, créé il y a un mois seulement, a déjà plus de 100 000 abonnés.

Toutefois, si les protestataires ont enfilé le symbole de la lutte sociale en France, les problèmes au Canada sont différents.

Des positions qui inquiètent

« Du côté des gilets jaunes, des gens mettent de l’avant des arguments économiques. Mais un côté beaucoup plus dangereux de cet argumentaire est composé de propos xénophobes, anti-migration et presque racistes », observe le professeur de sciences politiques à l’Université de la Saskatchewan Charles Smith.

Cela montre que le Canada n’est pas immunisé contre la politique d’extrême droite.

Charles Smith, professeur de sciences politiques à l’Université de la Saskatchewan
Deux hommes sont vus de dos parmi les manifestants. Ils portent des vestes à l'effigie des Soldats d'Odin du Canada.Des membres des Soldats d'Odin, un groupe d'extrême droite fondé en Finlande, étaient présents au rassemblement des gilets jaunes à Edmonton. Photo : Scott Neufeld/CBC

Des partisans de mouvements d’extrême droite, tels que les Soldats d’Odin et de la conspiration pro-Trump QAnon, ont d’ailleurs été observés parmi les manifestations de gilets jaunes dans des villes comme Edmonton.

Le 8 janvier, le groupe Canada Action, un organisme qui fait la promotion du secteur pétrolier, a demandé aux gilets jaunes de ne pas participer à une manifestation propipelines qui s'est déroulée à Regina, par crainte de voir leur réputation entachée par le discours radical des gilets jaunes.

Des manifestants de Canada Action montrent leur soutien aux pipelines devant le Palais législatif de Regina, le 8 janvier. Le groupe Canada Action cherche à se distancer des gilets jaunes, même si les deux groupes sont en faveur de l'expansion des projets de pipelines au pays. Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

Dans sa description, le groupe Facebook Yellow Vests Canada affirme vouloir « lutter contre les politiciens canadiens qui ont eu l’audace de vendre la souveraineté du pays aux mondialistes des Nations unies et leurs politiques tyranniques ». Les gilets jaunes s'opposent ainsi au Pacte mondial pour les migrations des Nations unies, un accord non contraignant visant à assurer la sécurité des migrants par divers moyens, comme la documentation des migrations, le combat de la traite de personnes et la réduction des détentions administratives.

Justin Trudeau, bouc émissaire

« C’est un drôle d’amalgame de frustrations et d’objections, et c’est évident que ces frustrations se focalisent sur la personne du premier ministre Justin Trudeau », affirme le professeur d'histoire de l’Université de Regina et observateur politique Stephen Kenny.

Le 10 janvier, une manifestation a d’ailleurs eu lieu à l’entrée de l'Université de Regina, où Justin Trudeau a participé à une assemblée publique. Une dizaine de camions ont offert un concert de klaxons et roulé autour du lieu de la rencontre avant le commencement de la rencontre. Une douzaine de personnes vêtues de gilets jaunes ont également manifesté à cet endroit.

Justin Trudeau parle à plusieurs centaines de Saskatchewanais lors d'une Assemblée publique à Regina, le 10 janvier.Le premier ministre Justin Trudeau a participé à une assemblée publique à l'Université de Regina, le 10 janvier, dans un climat de tension envers le gouvernement fédéral dans l'Ouest canadien. Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

« Je crois que ce bouillonnement est l’une des conséquences du leadership politique au pays, ajoute Stephen Kenny. On voit maintenant à travers le pays les premiers ministres provinciaux comme Doug Ford, Blaine Higgs, Brian Pallister, Scott Moe, et éventuellement Jason Kenney, qui affichent énergiquement leur opposition à la politique du gouvernement fédéral. »

Des travailleurs inquiets

De leur côté, les gilets jaunes se disent préoccupés par les difficultés sur le marché de l’emploi et dénoncent les politiques fédérales.

« Le Canada a l’un des plus hauts taux d’augmentation des sans-abri dans toutes les nations développées. Alors je veux que tous les travailleurs s’unissent et aient une voix pour chacune de leurs industries », explique un gilet jaune durant une manifestation à l’Université de Regina, le 10 janvier.

Ce dernier dit avoir l'intention de se rendre à Vancouver en février pour faire de l’activisme en tant que sans-abri, puis d’inciter d’autres personnes à établir un regroupement de sans-abri sur la colline du Parlement, à Ottawa, au printemps.

Nous allons montrer à Justin Trudeau comment les Canadiens luttent pour équilibrer leurs budgets.

Protestataire des gilets jaunes à Regina

« Je pense qu’il faut commencer à créer davantage d’emplois au Canada avant d’accepter plus de personnes. Je ne m'oppose pas à l’immigration, je veux tout simplement m'assurer qu'il y a des emplois pour tout le monde », ajoute-t-il.

« D’une certaine façon, je sens qu’on nous a enlevé nos droits », déclare une femme portant un gilet jaune à la même manifestation. « Nous ne sommes pas entendus. Le gouvernement n’est plus ce qu’il devrait être pour les gens. Nous n’avons rien à voir avec le Pacte mondial pour les migrations. »

Elle dit qu’elle aimerait demander à Justin Trudeau s’il serait heureux avec un salaire minimum et s'il serait en mesure d'équilibrer un budget.

Une autre manifestante se dit également préoccupée par la situation économique d’une grande partie de la population. Elle dit qu'elle ne comprend pas les décisions du gouvernement fédéral.

« Je ne suis pas contente de tout ce qui se passe », dit-elle.

« Oui, on devrait accueillir des immigrants, mais on devrait scruter leur dossier avec beaucoup plus d’attention parce que je pense que le processus de sélection n’est pas fait comme il le devrait », ajoute la manifestante.

J'ai peur pour notre pays.

Manifestante des gilets jaunes à Regina
Des manifestants sur la rue Albert, à ReginaUne centaine de manifestants arborant des drapeaux canadiens et des pancartes manifestent régulièrement dans la rue Albert, à Regina. Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

L’Ouest, un terrain fertile?

« On vit un moment assez critique pour l’économie de l’Ouest canadien, avec la baisse des prix de pétrole, la baisse de l’emploi, l’incertitude économique qui touche de nombreux travailleurs dans l’Ouest, explique Stephen Kenny. Et tout cela se mélange avec une vague populaire contre la politique de Trudeau, que ce soit dans le domaine des finances, des ressources naturelles, des changements climatiques. »

Un chevalet de pompage apparaît à contre-jour dans le soleil couchant.Le ralentissement de l'économie serait l'un des facteurs alimentant les frustrations dans l'Ouest canadien, selon l'observateur politique Stephen Kenny. Photo : Getty Images / Spencer Platt

« Je ne suis pas surpris par la montée du mouvement des gilets jaunes dans l’Ouest canadien, » affirme l’avocat et membre de la Coalition contre le racisme de la Saskatchewan Bob Hughes.

« C'est [l'Ouest] un terrain fertile, depuis plusieurs années, pour ce type d'attitude », dit Bob Hughes, en se référant à des positions se rapprochant de la xénophobie de la part de certains gilets jaunes.

« Une grande part de [cette attitude] est causée par l'absence d’un bon système d’éducation et de connaissances de l’histoire », croit-il.

Selon l’avocat, le discours parfois radical des gilets jaunes peut également servir des intérêts politiques.

« Des groupes comme les gilets jaunes peuvent faire que les gens restent divisés. Ce sont des outils politiques très dommageables », estime Bob Hughes. Il ajoute que cette division permet à certains politiciens de mieux imposer leur programme électoral.

« Je pense qu’on peut tous travailler ensemble, sans diviser et blâmer certaines portions de notre population », conclut-il.

Société