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La jeune exilée saoudienne protégée en permanence par un garde de sécurité

Rahaf Mohammed a fait une courte déclaration à la presse, mardi, à Toronto.

Photo : Radio-Canada

François Messier

La jeune Saoudienne Rahaf Mohammed, arrivée au Canada samedi après avoir fui son pays, est protégée par un service de sécurité privé, en raison des menaces qu'elle reçoit sur les réseaux sociaux.

« Nous sommes inquiets pour sa sécurité », a indiqué Mario Calla, directeur général de COSTI, l’organisme chargé de son intégration au pays, après une courte déclaration à la presse faite par la jeune femme de 18 ans à Toronto.

Nous avons embauché une firme de sécurité professionnelle pour garder l’endroit où elle habite, et nous nous assurons qu’elle ne soit jamais seule, qu’un de nos employés ou quelqu’un que nous connaissons soit avec elle.

Mario Calla, directeur général de COSTI

« Nous allons avoir d’autres rencontres pour déterminer ce que nous pourrions avoir besoin de faire en plus », a ajouté M. Calla, avant de préciser qu'il demandera conseil au gouvernement et à la police à ce sujet.

« Elle a reçu des menaces sur les réseaux sociaux », a-t-il expliqué pour justifier ces mesures de sécurité, peu courantes parmi les réfugiés qui bénéficient des services de COSTI.

« Des gens ne sont pas d'accord avec la position qu'elle a prise. Je n'ai pas vu les menaces, mais elle dit qu'elle ne se sent pas en sécurité, alors nous avons pris des mesures. »

Nous lui avons demandé si elle se sent en sécurité. Elle répond oui, mais parfois, elle répond non. Ça dépend vraiment de ce qu’elle lit sur les réseaux sociaux.

Mario Calla, directeur général de COSTI

M. Calla a dit que le sort de la jeune femme s'est joué si rapidement que COSTI n'a pas eu le temps de vérifier si le gouvernement fédéral allait couvrir les coûts du service de sécurité avant de prendre sa décision.

« Je suis certain qu'ils vont couvrir ça. Si ce n'est pas le cas, COSTI le fera », a-t-il fait savoir.

M. Calla a par ailleurs indiqué que COSTI accompagnera Rahaf Mohammed dans les différentes étapes que doit traverser tout réfugié : informations sur les droits des immigrants, obtention des cartes d'assurance maladie et d'assurance sociale, ouverture d'un compte bancaire, etc.

« Nous pensons aussi à son déménagement dans un endroit permanent. Nous envisageons de l’installer avec une famille, afin qu’elle ne vive pas seule », a-t-il précisé.

Elle souhaite vivre enfin une vie normale

Après avoir accordé lundi trois entrevues à des médias, dont une à CBC, la jeune femme a décidé de faire une déclaration à la presse mardi avant de tenter de retrouver une vie plus normale dans son nouveau pays d'accueil, a expliqué M. Calla.

« Je comprends que tout le monde ici et dans le monde me souhaite le meilleur et aimerait continuer de savoir comment je vais, mais je ne ferai pas d’autres entrevues pour le moment. Je demande à tout le monde de respecter mes souhaits », a déclaré Rahaf Mohammed.

J’aimerais commencer à vivre une vie privée normale, comme n’importe quelle autre jeune femme vivant au Canada. Ça commence avec une aide pour mon processus de réinstallation et, bien sûr, [je veux] apprendre l’anglais.

Rahaf Mohammed

« Aujourd'hui, et pour les années à venir, je vais travailler à soutenir la liberté des femmes dans le monde. La même liberté dont j'ai fait l'expérience le premier jour où je suis arrivée au Canada », a-t-elle ajouté.

Un cas trop publicisé, craint un avocat torontois

Selon l'avocat torontois Joël Étienne, spécialisé en droit de l'immigration, la façon dont le gouvernement canadien a publicisé l'arrivée de Rahaf Mohammed au pays va compliquer son intégration à sa nouvelle vie, puisqu'elle ne pourra pas profiter de l'anonymat que le système canadien accorde habituellement aux demandeurs de statut de réfugié.

Dans presque tous les cas, « personne ne sait qui ils sont, comment ils sont et ce qu’ils font en dehors du gouvernement et de la Commission [de l'immigration et du statut de réfugié]. Ça leur donne une occasion de se refaire une vie à 100 %, de se refaire une identité, et aussi avoir la possibilité de [panser] leurs plaies », a-t-il commenté.

« Ce sont des gens qui sont blessés souvent physiquement, mais aussi psychologiquement. Et je ne sais pas comment Mme Mohammed pourra [se reconstruire] avec toute la publicité qui a été faite sur elle », poursuit-il.

Le gros problème pour Mme Mohammed, c’est cette perte de vie privée qui a été causée par cette publicité, encouragée par la publicité du gouvernement fédéral et du ministère des Affaires étrangères. Moi, c’est ce qui m’inquiète le plus par rapport à son avenir.

Joël Étienne, avocat spécialisé en droit de l'immigration

Selon M. Étienne, « les responsables du gouvernement n'ont pas été nécessairement responsables » en publicisant ouvertement son arrivée au pays. Cela n'a pas été fait dans l'intérêt de la jeune femme, croit-il.

La perte d'anonymat de la jeune femme, ajoute l'avocat, l'expose au courroux de ceux et celles qui sont en désaccord avec elle.

« On peut être inquiet pour ce qui est de la sécurité de Mme Mohammed ici au Canada, dans la mesure où des gens qui sont intolérants et qui pensent de la même façon que le gouvernement [...] en Arabie saoudite pourraient lui causer potentiellement du [tort] au Canada », affirme-t-il.

La demandeuse d'asile saoudienne Rahaf Mohammed en compagnie de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rahaf Mohammed Al-Qunun en compagnie de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Freeland se défend d'en avoir trop fait

En conférence de presse mardi après-midi à Saint-Hyacinthe, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s'est défendue d'avoir instrumentalisé la cause de la jeune femme en allant l'accueillir personnellement samedi matin à l'aéroport Pearson.

« En tant que mère d’une jeune femme de 17 ans, j’ai beaucoup de sympathie personnelle pour Rahaf », a-t-elle dit. « J’ai essayé de m’imaginer comment elle doit se sentir d’arriver dans un pays étranger sans connaissance de la langue, sans avoir ni ami ni famille ici, après une semaine très difficile, [après que] les Nations unies ont dit que sa vie était en danger. »

« J’ai pensé qu’au niveau personnel, ça pourrait être important pour elle d’être accueillie par le gouvernement personnellement », a-t-elle ajouté.

Mme Freeland a réitéré que le Canada a choisi d'accueillir Rahaf Mohammed non seulement parce que les Nations unies ont jugé que sa vie était menacée, mais aussi parce qu'il a la responsabilité de défendre les droits de la personne.

Elle a souligné, à l'intention des médias, qu'il était important de respecter les désirs de la jeune Saoudienne et de ne pas chercher à s'immiscer dans sa vie privée.

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