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Les députés britanniques rejettent l’accord du Brexit négocié avec l’UE

Le reportage de Jean-François Bélanger
Radio-Canada

La défaite était prévisible, mais l'échec de la première ministre britannique, Theresa May, n'en est pas moins cuisant : le Parlement a rejeté par une large majorité, mardi soir, l'accord sur le Brexit qu'elle a négocié pendant plusieurs mois avec Bruxelles. Elle devra se soumettre à un vote de confiance du Parlement.

Près de 75 jours avant la sortie prévue du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE), la première ministre conservatrice a perdu son pari, en échouant à récolter les appuis nécessaires, notamment au sein de son propre parti.

Négocié pendant plus d'un an, le texte de 585 pages a été rejeté par 432 voix contre 202.

C'est la pire défaite parlementaire subie par un premier ministre britannique de l'ère démocratique, ont souligné les sites de BBC News et du quotidien britannique The Guardian.

Selon BBC News, 118 conservateurs, autant dans le camp des Remainers que dans celui des Brexiters, ont voté avec l'opposition.

Ironiquement, le vote, aux conséquences imprévisibles, a ainsi uni les tenants d'un « Brexit dur », selon lesquels le Royaume-Uni maintenait des liens trop étroits avec l'UE dans le cadre de cet accord, et ceux qui s'opposent à la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

La Chambre a parlé, et le gouvernement va l’écouter. Il est évident que la Chambre ne soutient pas cette entente, mais le vote de ce soir ne nous éclaire pas sur ce qu’elle soutient.

Theresa May

L'issue du vote plonge le Royaume-Uni dans l'incertitude, les scénarios allant d'un nouveau référendum sur le Brexit à une sortie sans accord.

Lors de son ultime plaidoyer en faveur de l'accord, tout juste avant la tenue du vote, Theresa May avait mis en garde contre ces deux possibilités, appelant les députés à honorer le résultat du référendum du 23 juin 2016.

Entrevue avec avec Hubert Rioux, chercheur à l'ENAP

May se soumettra à un vote de confiance

Vue d'ensemble de la Chambre des communes, où sont assis l'ensemble des députés.Une forte majorité de députés s'est opposée à l'entente négociée avec l'UE par Theresa May. Photo : Reuters / Reuters TV

Qualifiant l’issue de « défaite catastrophique » pour la première ministre, le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a rapidement réclamé un vote de confiance.

La première ministre a d'emblée indiqué qu'elle s'y soumettrait mercredi.

La Chambre a rendu son verdict sur son accord. Les reports et le déni ont atteint leurs limites.

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste

Les unionistes nord-irlandais du DUP, qui ont voté contre l'accord sur le Brexit, ont néanmoins annoncé qu'ils soutiendraient le gouvernement lors de ce vote.

Theresa May a par ailleurs répété qu'elle souhaitait que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne « avec un accord ».

Si les députés lui permettent de rester en poste, Theresa May aura jusqu'à lundi prochain pour présenter une stratégie en ce sens. L'hypothèse d'une sortie de l'UE sans entente inquiète les milieux d'affaires.

La première ministre s'est dite prête à aborder avec les autres partis les futures discussions de manière « constructive », ajoutant que son gouvernement ne ferait que des propositions « réalistes ».

L'ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, figure de proue du Brexit dur, a évoqué une « défaite plus importante que ce à quoi les gens s'attendaient ». Il a toutefois indiqué qu'il soutiendrait Mme May lors du vote de confiance de mercredi.

L'accord de Mme May est maintenant « mort », a-t-il estimé, ajoutant que le vote conférait à la première ministre un « mandat massif pour retourner à Bruxelles » afin de négocier un meilleur accord, sans la clause controversée de « sauvegarde » de l'Irlande du Nord.

Cette clause, qui demeure la principale source de blocage, prévoit d'empêcher le rétablissement d'une frontière physique entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, instituant de facto un statut spécifique pour cette dernière.

Avant le vote sur l'ensemble du plan de sortie, les députés britanniques avaient d'ailleurs rejeté par une vaste majorité l'amendement soumis par le député conservateur John Baron sur la clause de « sauvegarde » irlandaise.

Les trois autres amendements à l’entente qui devaient être soumis au vote des élus ont été retirés.

Alors que le débat sur l'entente se déroulait aux Communes, des manifestants exprimaient devant le parlement de Westminster leur opposition à l'accord, les uns dénonçant un Brexit jugé trop mou, les autres réclamant le maintien de leur pays au sein de l'UE.

Des opposants au Brexit, brandissant des drapeaux de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne.Pendant que leurs députés se prononçaient sur l'entente, des opposants au Brexit ont fait entendre leur voix devant le parlement britannique. Photo : Reuters / Henry Nicholls

L'UE regrette l'issue du vote et évoque une sortie sans entente

Les réactions au sein de l'UE ne se sont pas fait attendre.

Sur Twitter, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dit regretter la décision du Parlement britannique. « J'exhorte le Royaume-Uni à clarifier ses intentions aussitôt que possible. Le temps est presque écoulé », a-t-il écrit.

Il a en outre estimé que le « risque d'un Brexit désordonné » venait de s'accroître. Selon lui, la défaite de l'accord contraint les 27 autres pays de l'UE et sa commission à « poursuivre ses travaux d'urgence pour aider l'UE à se préparer pleinement » à un retrait du Royaume-Uni de l'UE sans accord pour la suite des choses.

« Si un accord est impossible et que personne ne souhaite l'absence d'un accord, qui aura finalement le courage de dire quelle est la seule solution positive? », a écrit le président du Conseil européen, Donald Tusk, sur Twitter.

M. Tusk a toujours laissé la porte de l'UE ouverte pour que le Royaume-Uni reste membre, si les événements futurs le permettaient.

L'Union européenne s'est parallèlement dite à de multiples reprises opposée à toute renégociation en profondeur de l'accord, une position réaffirmée clairement par le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Le ministre des Finances et vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, a de son côté parlé sur Twitter d'un « jour amer pour l'Europe ». « Nous sommes prêts. Cependant, un Brexit dur est la pire de toutes les possibilités pour l'UE, mais surtout pour le Royaume-Uni », a-t-il soutenu.

Les premiers perdants d’une sortie non négociée seraient les Britanniques, a ajouté le président français, Emmanuel Macron, estimant que les parties étaient allées au bout de ce qu’elles pouvaient faire.

L'Irlande a par ailleurs annoncé intensifier ses préparatifs pour un Brexit sans accord.



Avec les informations de BBC, The Guardian, Reuters, et AP

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