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Sécurité frontalière : les démocrates veulent tourner leur attention vers le Canada

Des employés travaillent à un poste frontalier.
La frontière entre le Canada et les États-Unis, à Surrey, en Colombie-Britannique Photo: La Presse canadienne / Daryl Dyck

Au moment où le président Trump exige la construction d'un mur à la frontière au sud, les démocrates de la Chambre des représentants entendent se pencher sur la menace terroriste susceptible d'émaner de la frontière au nord, selon un média américain.

Forts de leur nouvelle majorité en Chambre, les démocrates ont l’intention d’enquêter sur l’éventuelle « porosité » de la frontière canadienne, rapportait dimanche le site Politico. Ils veulent du même souffle savoir si l'agence frontalière dispose des ressources nécessaires pour empêcher des terroristes potentiels d'entrer aux États-Unis par la frontière nord.

En entrevue avec Politico, le représentant démocrate de Californie Lou Correa, pressenti pour présider la sous-commission de surveillance et d'efficacité de la gestion de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants, a affirmé qu’il fallait « absolument s’attarder à la frontière canadienne ».

Si nous voulons faire un bon travail pour assurer notre sécurité, nous devons examiner toutes nos frontières. Le Mexique, vous savez, tout le monde en a parlé. Mais personne ne s’intéresse au Canada.

Lou Correa, représentant démocrate de Californie

M. Correa a déclaré vouloir déterminer où se situent les « zones poreuses dans la structure de sécurité intérieure » des États-Unis.

Une longue frontière à surveiller

Dans son bras de fer avec les démocrates au sujet du mur qu’elle veut construire à la frontière américano-mexicaine, la Maison-Blanche demande aussi 211 millions de dollars pour embaucher 750 agents supplémentaires affectés à la patrouille frontalière. La demande semble se limiter à la frontière sud, où plus de 17 000 agents travaillent déjà.

En revanche, environ 2000 agents surveillent maintenant la frontière nord, selon un rapport récent des républicains de la commission de la Chambre sur la sécurité intérieure. La frontière canado-américaine est plus de deux fois plus longue que celle entre les États-Unis et le Mexique. Il s'agit de la plus longue frontière non défendue du monde.

Près de 200 postes d’agents de patrouille frontalière au nord sont vacants, selon Politico.

Un rapport du département de la Sécurité intérieure, daté de juin 2018, avertissait d’un risque terroriste émanant de la frontière américano-canadienne.

Des extrémistes violents du Canada ne figurant pas sur la liste de surveillance des terroristes établie par les États-Unis pourraient donc entrer légalement aux États-Unis sans se faire remarquer, expliquait le département.

Un rapport récent du département d’État soulignait que le Canada avait été la cible de trois attaques terroristes en 2017 et que la principale menace intérieure provenait de loups solitaires inspirés par des groupes armés comme l’État islamique et Al-Qaïda.

Selon le réseau NBC, entre octobre 2017 et avril 2018, les autorités douanières des États-Unis ont appréhendé presque sept fois plus d'individus apparaissant sur la liste de suspects terroristes à la frontière canadienne qu'à la frontière mexicaine.

L’enjeu sécuritaire à la frontière sud monopolise les débats depuis plusieurs semaines, et la construction d’un mur est au centre de l’impasse budgétaire survenue il y a 24 jours.

Le président Trump exige que la loi budgétaire inclue une somme de 5,7 milliards de dollars pour la construction du mur.

L'ambassadeur canadien se veut rassurant

David MacNaughton, de faceL'ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

L'ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, s’est dit ouvert à discuter avec les législateurs américains de la gestion des préoccupations de sécurité communes aux deux pays, le domaine dans lequel la relation entre les deux pays est à son mieux.

« Je dirais que c'est plus une occasion qu'un problème, a affirmé M. MacNaughton en entrevue. Cela nous permet de parler du degré de coopération en matière de sécurité que nous avons, une relation de travail phénoménale. »

Il a notamment cité un programme connu sous le nom de Shiprider (officiellement appelé Opérations intégrées transfrontalières maritimes d'application de la loi), en vertu duquel des responsables des deux pays font équipe à bord de navires canadiens et américains pour appliquer de manière plus transparente les lois nord-américaines dans les eaux de l'un ou l'autre des pays.

Les craintes d'un alourdissement majeur de la frontière canado-américaine ont atteint un sommet dans les années qui ont suivi les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, en raison d'affirmations erronées selon lesquelles les assaillants d'Al-Qaïda, tous résidents légaux des États-Unis, étaient entrés dans le pays par le Canada.

« Il nous a fallu beaucoup de temps pour contrer le récit des gars du 11 septembre venant du Canada », a reconnu l'ambassadeur.

Chris Sands, directeur du Centre d'études canadiennes de l'Université Johns Hopkins, a dit craindre pour sa part que si le Congrès américain commence effectivement à examiner de plus près les opérations qui se déroulent à la frontière canado-américaine, des ressources risquent d'être réaffectées à la frontière sud pour des impératifs politiques.

« Si le Congrès s'attardait à la frontière nord, il découvrirait que nous avons fait plus de promesses que ce que nous avons tenu. Ce que je crains, c'est qu'il décide ensuite qu'il y a de l'argent là-bas qu'il peut peut-être détourner vers la frontière avec le Mexique », a expliqué M. Sands, d’autant plus que le président a évoqué l’idée de déclarer une urgence nationale.

Avec les informations de Politico, et La Presse canadienne

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