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Limite de production pétrolière : malgré la hausse des prix, des nuages subsistent

Un chevalet de pompage apparaît à contre-jour dans le soleil couchant.

Le baril canadien atteint maintenant 43 $ américains, seulement 8 $ américains de moins que son équivalent américain.

Photo : Getty Images / Spencer Platt

Radio-Canada

Deux semaines après l'entrée en vigueur de limites sur la production pétrolière de la province, le gouvernement albertain se réjouit de la réduction observée de l'écart de prix entre les barils de brut américain et canadien. Plusieurs experts estiment toutefois que cette victoire rapide pourrait se révéler néfaste à long terme.

Le gouvernement albertain a limité l'extraction de pétrole sur son territoire et il s'en félicite aujourd'hui. « Le marché a répondu positivement aux mesures que nous avons entreprises », s'est réjouie la première ministre, Rachel Notley, la semaine dernière.

Le parti au pouvoir a mis ces mesures en place alors que le prix du baril de pétrole albertain se vendait atteignant à peine celui d'une entrée au cinéma. À 11 $ américains, le baril de Western Canadian Select se négociait 45 $ de moins que le prix du West Texas Intermediate en vigueur aux États-Unis.

Le plafonnement de la production, entré en vigueur le 1er janvier, a eu l'effet escompté : le baril canadien atteint maintenant 43 $ américains, seulement 8 $ américains de moins que son pendant américain.

Une pelle minière remplit un camion de transport sur une mine de sables bitumineux près de Fort McMurray, en Alberta.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'Association canadienne des producteurs pétroliers estime que l'écart de prix entre le pétrole canadien et le pétrole américain pourrait coûter à l'économie canadienne jusqu'à 100 milliards de dollars par an.

Photo : La Presse canadienne

Une amélioration suffisante pour rassurer la Banque Scotia, qui a rehaussé ses prévisions pour le secteur pétrolier albertain.

« Le rebond très marqué du prix du pétrole canadien survenu depuis la fin de l'automne [...] suggère que l'impact économique des derniers mois ne sera pas aussi grand que nous ne le craignions », indique-t-elle dans une note écrite vendredi.

Les réjouissances, cependant, pourraient être de courte durée, avertit David Goldwyn, qui a été secrétaire adjoint à l'Énergie sous l'administration du président américain Bill Clinton.

« Je compatis avec l'Alberta, assure l'ancien responsable américain. Je pense tout simplement qu'à long terme [ce plafonnement] constituera une décision malheureuse pour le secteur pétrolier albertain. »

Selon lui, la mesure mise en place par le gouvernement aura l'effet d'une épée de Damoclès au-dessus de l'avenir de l'industrie.

« L'industrie se demandera toujours, lorsque les prix atteindront un creux, si le gouvernement n'imposera pas une nouvelle limite. Ça créera une incertitude permanente pour les acteurs du secteur », ajoute l'analyste.

Martin King, un analyste de Calgary, a les mêmes craintes que son confrère américain.

Martin King, analyste du secteur pétrolier basé à Calgary, dans une salle de conférence.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Martin King croit que le plafonnement de la production pétrolière ne résout en rien le problème de transport du pétrole albertain.

Photo : Radio-Canada / Kyle Bakx

« Peut-être que des circonstances désespérées entraînent des mesures désespérées, concède-t-il. Mais [le gouvernement] doit mesurer les conséquences de ses actes. »

À son avis, la hausse artificielle du prix du pétrole ne règle en rien la saturation du réseau de transport de pétrole, car les producteurs perdent tout avantage à expédier leur surplus par train.

« En règle générale, le prix à payer pour que le brut albertain atteigne les marchés représente 15 $ américains par baril, explique Martin King. Maintenant que la différence de prix entre les barils américain et albertain s'est réduite à 8 $ américains, l'intérêt d'expédier le pétrole par train est essentiellement nul. »

L'association canadienne des explorateurs et des producteurs (EPAC) nuance ces propos. De l'avis de son président, Tristan Goodman, la hausse des prix a soulevé un certain optimisme au sein de l'industrie.

Sans expansion du réseau de transport de pétrole, cependant, il croit que les mesures du gouvernement pourraient n'être qu'un coup d'épée dans l'eau.

« La situation est difficile, admet Tristan Goodman, et je crois que [le plafonnement] a été bien mis en place. Mais c'est décevant de devoir encore souffrir du manque d'oléoducs. »

Avec les informations de Tony Seskus

Alberta

Industrie pétrolière