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Remaniement à Ottawa : Philpott au Trésor, le Québécois David Lametti à la Justice

Le reportage de Fannie Olivier
Radio-Canada

Le premier ministre du Canada a procédé lundi à un léger remaniement ministériel, dans la foulée de la démission de Scott Brison. Justin Trudeau a ainsi choisi Jane Philpott pour lui succéder à la présidence du Conseil du Trésor, tandis que le député montréalais David Lametti accède au Conseil des ministres à titre de ministre de la Justice, à neuf mois des élections.

Mme Philpott, qui devient également ministre du Gouvernement numérique, sera remplacée aux Services aux Autochtones par Seamus O'Regan, qui cède par ailleurs sa place au ministère des Anciens Combattants à Jody Wilson-Raybould. Cette dernière devient aussi ministre associée à la Défense nationale.

Le député de LaSalle – Émard – Verdun, David Lametti, succède à la Justice à Jody Wilson-Raybould, offrant au Québec un nouveau ministre au sein du Cabinet de Justin Trudeau.

Ancien professeur de droit à l'Université McGill, M. Lametti était jusqu'ici secrétaire parlementaire du ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains.

La cinquième députée touchée par le remaniement est la Néo-Écossaise Bernadette Jordan, qui prendra la direction d'un nouveau ministère du Développement économique rural.

La nomination de la députée de South Shore – St. Margarets, en Nouvelle-Écosse, permet au premier ministre de remplacer M. Brison comme ministre représentant cette province.

C'est la deuxième fois que le premier ministre Trudeau remanie son Cabinet au cours des six derniers mois.

Jody Wilson-Raybould, Jane Philpott, Seamus O'Regan, David Lametti et Bernadette Jordan sont assis côte-à-côte dans une salle de la résidence de la gouverneure générale. De gauche à droite, les ministres Jody Wilson-Raybould, Jane Philpott, Seamus O'Regan, David Lametti et Bernadette Jordan. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Pas une rétrogradation pour Wilson-Raybould, assure Trudeau

En conférence de presse, le premier ministre Trudeau a démenti que les nouvelles fonctions confiées à Mme Wilson-Raybould constituent un désaveu. Il a assuré qu'elle avait accompli un travail exceptionnel au ministère de la Justice et a dit être convaincu qu'elle fera de même aux Anciens Combattants.

Je mets en garde quiconque penserait que servir les Anciens Combattants, et s'assurer qu'ils reçoivent les soins auxquels ils ont droit, n'est pas une immense et incroyable responsabilité.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Mme Wilson-Raybould, première Autochtone nommée à la tête du ministère de la Justice, a aussi affirmé qu'elle n'est pas déçue par ses nouvelles fonctions. Servir les anciens combattants n'est pas une rétrogradation, mais un « honneur », a-t-elle dit.

Elle s'est félicitée d'avoir accompli les tâches que M. Trudeau lui avait confiées, d'avoir nommé 250 juges reflétant la diversité canadienne et d'avoir piloté 13 projets de loi, dont ceux sur l'aide médicale à mourir, la légalisation du cannabis et la réforme de la justice pénale.

Son successeur, David Lametti, a déclaré pour sa part qu'il agira comme un membre de l'équipe gouvernementale, comme il l'a toujours fait depuis qu'il a été élu, en 2015.

Il a notamment indiqué qu'il suivra la façon dont la loi sur l'aide médicale à mourir est appliquée, et le déroulement du procès actuellement en cours à Montréal, où deux personnes souffrant de maladies dégénératives incurables contestent les règles d'accessibilité fixées par le gouvernement fédéral.

Le premier ministre Trudeau a souligné que M. Lametti a abandonné « une carrière juridique et universitaire impressionnante pour servir les Canadiens » et qu'il est « connu non seulement pour ses analyses légales, mais aussi pour son mentorat de jeunes leaders à travers le pays ».

C’est un exemple de la profondeur de l’équipe que les Canadiens ont élue en 2015. [...] Par son travail et son vécu, il va nous amener beaucoup de force en tant que procureur général et ministre de la Justice.

Justin Trudeau, au sujet de la nomination de David Lametti

Il a aussi affirmé que Mme Philpott constituait un « choix naturel » pour succéder à Scott Brison, puisqu'elle était déjà vice-présidente du Conseil du Trésor, et que M. O'Regan avait tout ce qu'il fallait pour lui succéder aux Services aux Autochtones. « Il va nous aider à cheminer sur la route de la réconciliation avec les Autochtones », a-t-il dit.

Justin Trudeau et Bernadette Jordan se tiennent par les bras. Le premier ministre Justin Trudeau félicite la nouvelle ministre du Développement économique rural, Bernadette Jordan. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Un nouveau ministère pour le Développement économique rural

Le premier ministre Trudeau a pris un bref moment pour expliquer sa décision de créer un nouveau ministère du Développement économique rural. « Les petites villes n’ont tout simplement pas les mêmes défis que les grandes villes », a-t-il dit.

« Quand notre équipe voyage dans le pays, pour visiter de petites ou de grandes communautés, nous entendons tout le temps que les défis que doivent affronter les Canadiens des milieux ruraux et urbains sont très différents », a-t-il dit.

L’accès à des services Internet haute vitesse, la distance pour se rendre en voiture au service garde le plus proche, faire un montage financier pour des projets d’infrastructures; ces choses ne viennent pas en tête de liste si vous vivez dans une ville de millions d’habitants, mais ça peut être une lutte quotidienne si vous vivez dans un village de 500 habitants.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau a précisé dans un communiqué que Mme Jordan devra élaborer une « stratégie de développement rural » visant à encourager la croissance économique et la création d’emplois dans ces communautés. Elle devra aussi s’assurer qu’un plus grand nombre de foyers et d’entreprises en région rurale aient accès à l’Internet haute vitesse et répondre aux besoins de ces régions en matière d’infrastructures.

Deltell sceptique

Le porte-parole du Parti conservateur pour les dossiers relevant du Conseil du Trésor, Gérard Deltell, s'est montré peu impressionné par le remaniement ministériel. Selon lui, le gouvernement change de visage, mais ses objectifs demeurent les mêmes.

« Ce n’est pas parce qu’on change de face qu’on va changer de tête », a-t-il commenté en entrevue à Midi info. Il a plus tard soutenu que le premier ministre utilisait le « même paquet de cartes », même s'il les avait rebrassées quelque peu, pour transmettre la même idée.

Selon M. Deltell, la nomination de Mme Philpott, par exemple, n'envoie aucun signal « rigoureux, sérieux » que le gouvernement Trudeau entend rééquilibrer les comptes publics pour la prochaine année financière, comme il avait promis de le faire en campagne électorale.

La nomination de l'ancien ministre libéral fédéral Wayne Easter, qui a été membre du Conseil des ministres à l'époque de Jean Chrétien et Paul Martin, réputés pour leur lutte contre le déficit, aurait pu envoyer un meilleur signal aux Canadiens, selon lui.

M. Deltell note en outre que la nomination de David Lametti fait en sorte que cinq députés montréalais siègent au Cabinet Trudeau (les autres étant le premier ministre, Marc Garneau, Pablo Rodriguez et Mélanie Joly, NDLR). D'autres députés libéraux élus en région, comme Joël Lightbound et Richard Hébert, auraient aussi eu les capacités pour s'y retrouver, a-t-il souligné.

Le député néo-démocrate de Rosemont - La-Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, abonde dans le même sens. Il se demande si la nomination de M. Lametti constitue « un aveu de faiblesse » des libéraux dans les régions du Québec, d'autant plus que les libéraux ont peu de gains électoraux à faire à Montréal.

Le nouveau ministre de la Justice a bel et bien un « parcours remarquable », mais il est difficile de croire qu'il pourra accomplir quoi que ce soit d'ici les prochaines élections, a-t-il souligné lors d'une entrevue accordée à ICI RDI.

« Est-ce qu’il va être capable de dire on va radier des dossiers judiciaires des gens [condamnés dans le passé pour] possession simple de marijuana, qu’on vient de légaliser? Est-ce qu’il va avoir le temps de mettre sur la table un projet de loi pour avoir un meilleur accès au système judiciaire? », se demande M. Boulerice.

« C’est comme si on venait de lui donner un mandat, mais pas nécessairement le temps nécessaire pour livrer la marchandise. On se pose des questions. »

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