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analyse

La CAQ à l’heure des choix

Le premier ministre du Québec, François Legault
Le premier ministre du Québec, François Legault Photo: The Canadian Press / Ryan Remiorz
Michel C. Auger

Les 100 premiers jours depuis l'élection de la Coalition avenir Québec (CAQ) sont maintenant passés, même si ces échéances sont toujours un peu artificielles. Le nouveau gouvernement Legault semble encore bénéficier de sa lune de miel avec l'électorat.

Il reste qu’à quelques semaines de la reprise des travaux parlementaires et du premier budget du gouvernement, le temps des choix est arrivé. La CAQ a beaucoup promis pendant la campagne électorale. Elle doit maintenant répondre aux attentes et cela va exiger des choix difficiles et parfois déchirants.

Le gouvernement hérite de finances publiques en ordre, avec même une certaine marge de manœuvre. Mais il y a quand même des nuages à l’horizon, puisque l’économie donne des signes de ralentissement partout en Amérique du Nord. Les politiques du gouvernement Trump font mal au Québec – pensez aux tarifs sur l’aluminium – et créent de l’incertitude.

La CAQ devra choisir les promesses qui peuvent être remplies et quand. Voyons où les choix risquent d’être les plus difficiles.

Éducation

François Legault a promis de faire de l’éducation sa grande priorité, ce qui, après tant d’années durant lesquelles ce dossier était presque à l’abandon, est une bonne nouvelle en soi.

La CAQ a beaucoup promis : la maternelle 4 ans devrait commencer à être en place à la fin du mandat. Les jeunes professeurs verront leur salaire augmenter. On remplacera les commissions scolaires par des centres de services. On rénovera et construira de « belles » écoles. Et on s’assurera qu’il y ait des professionnels pour les enfants en difficulté partout, ce qui, après l’austérité libérale, serait vraiment bienvenu.

En même temps, on uniformisera la taxe scolaire, ce qui va enlever de 700 à 900 millions de dollars au réseau de l’éducation. Et même si le gouvernement dit que cela n’aura pas d’impact sur les services, on peut en douter.

De même, des contestations juridiques sont à prévoir quant à l’abolition des commissions scolaires anglophones, la communauté tenant énormément à ces institutions.

Santé

Comme tous les gouvernements avant lui, celui de François Legault sera beaucoup jugé sur le dossier de la santé, qui reste la priorité des Québécois et accapare presque la moitié du budget. Les engagements sont nombreux, mais le plus spectaculaire reste la réduction de l’attente à l’urgence à 90 minutes. Ce qui n’est pas sans rappeler la promesse, jamais réalisée, de Jean Charest en 2003.

Le problème est connu et le constat est unanime : il faut désengorger la première ligne et donner des options aux urgences dans le réseau. Mais une fois qu’on a dit ça, on n’est pas plus en voie de trouver une solution.

Au cours des dernières années, des super cliniques des libéraux aux « sans rendez-vous » du secteur privé, on n’a jamais réussi à donner des services suffisamment proches des gens, ouverts assez longtemps et avec suffisamment de spécialités disponibles pour désengorger de façon importante les urgences.

Pour la simple raison que tout cela exige du personnel disponible pour des quarts de travail moins intéressants. Et, en période de pénurie de personnel, il n’est pas certain qu’on puisse trouver les ressources humaines et financières pour le faire.

Même avec toute la bonne volonté du nouveau gouvernement.

Transports

Du troisième lien à Québec aux nouvelles lignes du Réseau électrique métropolitain (REM), en passant par les nombreux prolongements d’autoroutes dans la banlieue de Montréal, la CAQ a fait plusieurs promesses, sans avoir toutes les études qui lui auraient permis d’en faire des projets rassembleurs et dont les coûts seraient connus d’avance.

Passons rapidement sur le troisième lien, annoncé alors qu’aucune étude de faisabilité sérieuse n’a même été entamée et dont le début des travaux de construction a été promis avant la fin du mandat, ce qui est franchement téméraire.

Dans la région de Montréal, les promesses de la CAQ sont tout aussi audacieuses. Elle a promis d’étendre le REM à Laval sur une distance de 15 kilomètres le long de l’autoroute 15. Elle étudierait aussi l’expansion du réseau dans l’axe est-ouest dans l’emprise de l’autoroute 440.

Sur la Rive-Sud, la CAQ envisage de prolonger le REM de Brossard jusqu’au secteur de Chambly. Le train pourrait même se rendre jusqu’à Sainte-Julie, soit une extension de 22 kilomètres, dans une région moins densément peuplée que Laval et où une infrastructure lourde comme le REM n’est sans doute pas la plus appropriée.

Ce sont deux promesses qui auront le même effet, soit d’augmenter le nombre de passagers sur un réseau qui, sur sa portion centrale et avant même d’être bâti, est déjà à sa capacité maximale.

Les résidents de Mont-Royal viennent de le découvrir avec effroi. Le REM traversera leur municipalité 550 fois par jour – aux deux minutes, à l’heure de pointe –, ce qui démontre que la capacité maximale est déjà atteinte sur la portion centrale.

La capacité est le talon d’Achille du REM depuis le début du projet, la question dont son promoteur CPDQ Infra préfère ne pas trop parler.

L’expérience du prolongement du métro à Laval – promise par le gouvernement Bouchard, dont faisait partie François Legault – devrait pourtant faire réfléchir. Sans études, on a ajouté trois stations à Laval sur la ligne orange, la rendant complètement engorgée aux heures de pointe.

Ce qui, d’ailleurs, justifierait amplement un nouveau regard sur la ligne rose, que le gouvernement Legault a écarté un peu rapidement du revers de la main.

Comme on a déjà vu le film, il aurait été bon d’étudier avant de promettre, au lieu de faire augmenter les attentes des gens qui ont voté pour la CAQ de bonne foi et qui risquent d’être très déçus.

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