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Emmanuel Macron détaille son « grand débat national » avec les gilets jaunes

Emmanuel Macron, dans un bureau de l'Élysée, regarde devant lui, les mains jointes, devant une affiche représentant le visage d'une femme au-dessus du mot «fraternité» en lettres majuscules.

Emmanuel Macron, photographié ici lors de l'annonce de ses vœux pour l'année 2019, désire un débat national serein et dénonce les violences contre les journalistes.

Photo : Reuters

Reuters

Emmanuel Macron propose un « nouveau contrat pour la Nation » et promet de « transformer les colères en solutions » dans une lettre publiée dimanche à deux jours du « grand débat national » censé répondre au mouvement des gilets jaunes et qui ne sera « ni une élection ni un référendum ».

Cette grande concertation, dont le coup d'envoi sera donné mardi à Grand Bourgtheroulde (Eure) et durera jusqu'au 15 mars, « est une initiative inédite dont j'ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions », assure le chef de l'État dans cette lettre diffusée en début de soirée par l'Élysée.

« J'entends transformer avec vous les colères en solutions », poursuit-il. « Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l'action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat ».

La lettre aux Français d'Emmanuel Macron est affichée sur l'écran d'un téléphone intelligent.

Le président Emmanuel Macron a écrit une lettre aux Français pour détailler les paramètres de son grand débat national.

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Violences condamnées

« En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires », écrit Emmanuel Macron.

« Mais il y a pour cela une condition : n'accepter aucune forme de violence », poursuit-il. « Je n'accepte pas, et n'ai pas le droit d'accepter la pression et l'insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n'accepte pas et n'ai pas le droit d'accepter la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. »

Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait.

Emmanuel Macron, président de la France

Des violences ont ciblé samedi des journalistes lors de manifestations des gilets jaunes, un phénomène jugé croissant et dénoncé comme le signe d'une « haine du pluralisme » par l'organisation Reporters sans frontières (RSF).

Un homme portant un gilet jaune brandit une pancarte sur laquelle il est écrit: « Médias = propagande d'État » en lettres majuscules.

Les journalistes sont parfois la cible des gilets jaunes en France.

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Une cinquantaine d'élus de la République en Marche (LaRem), le parti d'Emmanuel Macron, ont par ailleurs fait l'objet ces dernières semaines d'insultes et de menaces, parfois à caractère raciste, sur les réseaux sociaux ou via des lettres anonymes.

Des permanences voire le domicile de plusieurs députés ont été vandalisés.

Une solution incertaine

Promis par le chef de l'État en pleine crise des gilets jaunes, qui ont manifesté pour la neuvième fois samedi, le « grand débat national » a suscité ces dernières semaines scepticisme et doutes quant à la sincérité de l'exercice et la prise en compte des positions exprimées par l'exécutif.

Sur les médias sociaux, les adversaires politiques de M. Macron n’ont pas tardé à critiquer l’initiative du gouvernement.

« Le grand débat? Une grande diversion », a écrit sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, chef de file du mouvement La France insoumise. « On refait le débat de la présidentielle, mais le gouvernement fixe les conclusions. »

« La lettre d'Emmanuel Macron est explicite. On ne bougera pas la répartition des richesses et il faut continuer à réduire la dépense publique, estime pour sa part Benoît Hamon, fondateur du mouvement Génération.s « En matière de démocratie, tous les sujets sont ouverts à la discussion sauf le rôle du Président de la République. Faible et prévisible. »

Les gilets jaunes, regroupement spontané, protéiforme, sans leader et émaillé de violences qui perturbe le pays depuis la mi-novembre, a émis une série de revendications, notamment en matière de pouvoir d'achat et de démocratie participative.

Le premier ministre Édouard Philippe a assuré que le gouvernement tiendrait compte de ce qui serait dit tout en excluant à plusieurs reprises ces dernières semaines « tout détricotage » des mesures prises depuis le début du quinquennat.

« Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises » en matière fiscale « afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage », confirme Emmanuel Macron dans sa lettre, à l'heure où les manifestants réclament le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF). « Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable. »

Le premier ministre Édouard Philippe, en complet cravate et portant des lunettes rondes, parle derrière un micro.

Le premier ministre français Édouard Philippe refuse de revenir sur des engagements déjà réalisés par le gouvernement.

Photo : Reuters

« Pas de questions interdites »

« Nous devons en revanche nous interroger pour aller plus loin », estime-t-il. « Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité? »

« Nous ne pouvons, quoi qu'il en soit, poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire », ajoute-t-il évoquant une possible suppression de certains services publics.

Au-delà de la question fiscale, les Français vont être appelés à débattre sur trois autres thèmes – la transition écologique, l'organisation de l'État et la démocratie et citoyenneté.

« Comment finance-t-on la transition écologique : par l'impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité », demande le chef de l'État qui liste une trentaine de questions appelées à cadrer le débat.

« Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l'initiative? », « une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement? » ou encore « faut-il reconnaître le vote blanc? ».

« Pour moi, il n'y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d'accord sur tout, c'est normal, c'est la démocratie », souligne Emmanuel Macron. « Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, de débattre. Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d'accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu'on ne le croit. »

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