•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La diffusion du retrait d'un bébé de sa famille soulève des questions de vie privée

Photo d'un enfant entouré de pierres sur lesquelles sont écrits, en anglais, les mots respect, courage, sagesse, vérité et amour.
Une femme présente à une conférence de presse porte une photo d'un bébé et une plume en soutien à la mère dont l'enfant a été retiré par les Services à l'enfant et à la famille. Photo: La Presse canadienne / John Woods

La diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo montrant un bébé retiré de sa famille par les Services à l'enfant et à la famille (CFS) du Manitoba expose au grand jour le traumatisme vécu par les proches, mais elle pourrait aussi porter atteinte à leur vie privée et à celle de l'enfant.

Selon la coordonnatrice de Fearless R2W, Mary Burton, la diffusion de telles images pourrait alimenter les préjugés de ceux qui ne connaissent pas toute l’histoire.

C’est dégoûtant de penser que des gens veulent voir ce genre de choses, parce que c’est un moment difficile pour la famille dont l’enfant retiré.

Mary Burton, coordonnatrice de Fearless R2W

L’organisme de Winnipeg pour lequel elle travaille a justement pour mission d’informer les familles qui traitent avec les services de protection de l’enfance.

Des images dures

La vidéo en question montre la mère de l’enfant au milieu de sa famille, serrant celui-ci contre elle. Elle le place ensuite dans un siège d’automobile que la police de Winnipeg s’empresse de sotir de la chambre de l’Hôpital de Saint-Boniface.

Si elle reconnaît qu'il y a des inconvénients reliés à la diffusion, Mary Burton souligne qu’il y a toutefois des avantages à ce que les projecteurs se braquent sur ce type d’interventions policières qui, d’après, elle se produisent en moyenne une fois par jour.

La mince frontière des réseaux sociaux

La question de la vie privée demeure toutefois en suspens, puisque la diffusion d’un tel contenu sur les réseaux sociaux porte atteinte à la protection des familles et des travailleurs en relation avec les services de protection de l’enfance.

De plus en plus de familles exposent leurs relations avec les CFS, explique Cathy Rocke, la vice-doyenne aux programmes de premier cycle de la Faculté des sciences sociales de l’Université du Manitoba.

Identifier en contravention de la loi

La Loi sur les services à l’enfant et à la famille du Manitoba interdit de publier toute information permettant d’identifier une personne concernée, de près ou de loin, par une affaire des CFS.

Les sanctions peuvent aller jusqu’à deux ans de prison et 5000 $ d’amende pour un particulier à 50 000 $ d’amende pour une personne morale. Les règles interdisent aussi aux travailleurs sociaux de donner de l’information à propos d’une famille à la défenseure de la famille des Premières Nations sans autorisation écrite de la famille.

Rectificatif : Une version précédente de ce texte disait à tort que les règles interdisaient le partage d'informations avec la défenseure des enfants et de la jeunesse du Manitoba. Cela est toutefois interdit avec la défenseure de la famille des Premières Nations, qui relève de l'Assemblée des chefs du Manitoba.

Ces règles rendent déjà difficile la compréhension des raisons motivant une intervention des CFS, soutient Cathy Rocke.

C’est ce manque de contexte qui inquiète Cathy Rocke et Mary Burton.

« Les gens voient la vidéo et se disent : “Qu’est-ce que les services de protection de la jeunesse font là?” », explique Mme Rocke.

Pour Mme Burton, les commentaires sur la vidéo en question rapidité qu'ont les internautes à tirer des conclusions hâtives sans connaître les faits.

Diffuser pour favoriser la guérison

De son côté, la famille qui a produit les images voit les choses d’un autre oeil. Lors d’une conférence de presse vendredi, la mère du bébé a soutenu qu’elle trouvait important de lancer ce cri du coeur.

Un homme s'adresse au public, le poing en l'air.Le grand chef des Premières Nations MKO, Garrison Settee, était présent à la conférence de presse organisée par la famille qui a publié les images d'une intervention des Services à l'enfant et à la famille visant à lui retirer son enfant. Photo : La Presse canadienne / JOHN WOODS

« C’est fou de voir combien de gens entendent mon appel aujourd’hui, alors que j’ai cherché de l’aide pendant des mois et des mois », clame-t-elle. « Il sortira beaucoup de bien de tout ça, j’ai confiance. »

Depuis la diffusion des images, des leaders des Premières Nations et des intervenants ont communiqué avec la famille.

Le chef de la première Nation de Garden Hill, Dino Flett, et le grand chef des Premières Nations Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), Garrison Settee, étaient aux côtés de la famille lors de la conférence de presse.

Servir l’intérêt public

La famille espère que son histoire donnera du courage aux autres familles qui vivent des situations similaires avec les CFS.

S’il reconnaît que l’initiative contrevient à la loi, le chef du Nouveau Parti démocratique manitobain, Wab Kinew, affirme tout de même que la diffusion des images est d’intérêt général.

« Ça aide à susciter l’empathie pour ceux qui veulent du changement dans le système des Services à l'enfant et à la famille », soutient le chef de l’opposition.

De son côté, la directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, Cindy Blackstock, a refusé de regarder les images et exhorte les internautes à en cesser le partage.

Elle croit qu'« on ne devrait les montrer qu’après que la famille aura surmonté le traumatisme » et que celle-ci aura choisi consciemment d’intégrer ces images « dans les souvenirs du bébé et pour le bien de l’intérêt général ».

Voilà, selon elle, la démarche que devrait faire toute famille avant de diffuser des images de ses relations avec les Services à l’enfant et à la famille.

Avec les informations de Cameron MacLean

Manitoba

Autochtones