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Un poupon frôle la mort après une surdose de fentanyl dans un hôpital de Sherbrooke

La petite Alysse a reçu trois fois la dose de fentanyl nécessaire. Photo: Photo fournie
Radio-Canada

Les parents d'Alysse, un bébé de deux mois, ont eu toute une frousse durant le temps des Fêtes. Hospitalisé à Fleurimont, à Sherbrooke, le poupon a reçu par mégarde une surdose de fentanyl. L'erreur médicale a bien failli lui coûter la vie.

On nous l’a dit, le docteur nous l’a dit : si elle avait été dans une chambre ailleurs, si elle n’avait pas été pluggée sur autant de machines, elle serait morte, confie sobrement Zabryna Delaney.

Encore sous le choc, la maman d’Alysse a peine à croire ce qui s’est passé.

C'est dans la journée du 19 décembre que tout a commencé. À ce moment, Alysse a un mois et demi. Ses parents réalisent qu’elle respire mal. Elle est petite et prématurée, on n’a pas pris de chance. Nos garçons venaient de sortir d’une pneumonie, raconte-t-elle.

À leur arrivée à l’urgence de l’Hôpital Fleurimont, la petite est transférée aux soins intensifs en pédiatrie. Son poumon est infecté et les médecins doivent l’intuber, poursuit Zabryna Delaney.

Elle était aussi sur gavage. […] À cause de ça, il fallait qu’elle soit sur plusieurs médicaments pour être sûr qu’elle reste calme, qu’elle ne bouge pas, qu’elle ne se mette pas à gigoter et qu’elle arrache tous les tubes, résume-t-elle.

« Une mauvaise nuit »

Parmi les médicaments qui lui sont administrés se retrouve le fentanyl, un puissant analgésique. Dans la nuit du 23 au 24 décembre, les parents d’Alysse apprennent qu’elle a passé une mauvaise nuit.

On a été avertis qu’Alysse... que ça ne s’était pas bien passé et qu’il y avait eu un massage cardiaque dû à une réanimation parce que sa trachée s’était comme bloquée, elle avait arrêté de respirer et son cœur était en train de lâcher, explique la jeune maman.

Zabryna Delaney a décidé de raconter son histoire pour éviter que ce genre d'histoire se reproduise. On la voit ici en entrevue avec notre journaliste. Zabryna Delaney a décidé de raconter son histoire pour éviter que ce genre d'histoire se reproduise. Photo : Radio-Canada

C’est seulement 12 jours plus tard que le médecin, après avoir fait enquête, a pu leur confirmer que l’arrêt cardiorespiratoire du poupon avait été causé par une erreur médicale.

Selon un rapport médical consulté par Radio-Canada, le bébé a reçu trois fois la dose de fentanyl nécessaire. Sur le coup, on ne comprenait pas. […] On ne connaît pas les dosages, on ne sait pas à quel point ça peut être dangereux, se remémore-t-elle.

C’est justement quand les parents ont compris à quel point leur petite fille était passée proche de la mort que le choc est arrivé.

C’est indescriptible. Tu te sens impuissant. Ça n’a juste pas de sens.

Zabryna Delaney

Heureusement, Alysse s’en sort pour l’instant sans séquelles. Une batterie de tests a cependant été entamée et la petite, toujours à l’hôpital, sera suivie de près par l’équipe de l’Hôpital. C’est dur de dire : est-ce que ça a atteint sa mémoire? Sa parole? C’est dur de dire ce que ça a causé comme séquelle, nuance-t-elle.

Tous les recours évalués

C’est pour éviter d’autres erreurs de cette gravité que Zabryna Delaney a décidé de raconter son histoire aux médias.

Samedi matin, elle a rencontré pour la première fois la directrice du Département.

Le CIUSSS de l’Estrie – CHUS explique de son côté avoir lancé une enquête sentinelle, c'est-à-dire qu'une enquête interne exhaustive est menée par la Direction de l'éthique, de la qualité et des partenariats et qu'un comité d'experts est mandaté pour faire la lumière sur cette situation, a-t-on expliqué par courriel.

La maman songe à poursuivre l’établissement, même si le dossier ne sera complet que lorsqu’Alysse sera sortie de l’hôpital. Mme Delaney a déjà contacté une firme d’avocats.

Ils croient qu’il y a vraiment eu un manquement quelque part et que c’est une cause qui se défend, soutient-elle.

Selon l'avocat spécialisé en responsabilité médicale Jean-Pierre Ménard, les chances de succès d'une telle poursuite dépendront en grande partie des impacts à long terme sur la santé de la jeune Alysse.

La faute m'apparaît assez claire. Maintenant, il faudra voir ce que ça a causé comme dommage. Si c'est moindrement substantiel, oui, ça peut générer une poursuite.

Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en responsabilité médicale

Les parents d’Alysse auront trois ans pour entamer ou non une poursuite.

Une campagne de sociofinancement

La famille de Magog a lancé une campagne de sociofinancement pour l'aider à payer les dépenses liées à l'hospitalisation de leur fille Alysse, comme on peut le voir sur le site gofundme. La famille de Magog a lancé une campagne de sociofinancement pour l'aider à payer les dépenses liées à l'hospitalisation de leur fille Alysse. Photo : gofundme.com

La jeune famille a lancé une campagne de sociofinancement sur le site Gofundme pour lui venir en aide.

Avec quatre autres enfants à la maison et les nombreux allers-retours à faire entre Magog et Sherbrooke, les parents disent avoir bien besoin d’un coup de pouce.

Ça va faire un mois qu’on vient, qu’on doit passer toutes les nuits. Les allers-retours, le stationnement, le gaz, les repas… Tout ça s’accumule, explique Zabryna Delaney. Les parents espèrent récolter 2500 $. Leur objectif est déjà presque atteint.

Avec les informations de Louis-Philippe Bourdeau

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