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Viol d'une touriste canadienne : deux policiers français devant le tribunal

Une photo du bâtiment
Le viol se serait produit dans les bureaux de la police judiciaire de Paris, sur l'île de la Cité, aussi connus sous le nom de « 36 quai des Orfèvres ». Photo: AFP/Getty Images / Patrick Kovarik
Agence France-Presse

Deux policiers d'élite français sont jugés aux assises à Paris à partir de lundi, accusés d'avoir violé il y a cinq ans une touriste canadienne dans les locaux de la police judiciaire parisienne.

La cour d'assises a trois semaines, jusqu'au 1er février, pour comprendre précisément ce qu'il s'est passé dans la nuit du 22 au 23 avril 2014. La touriste, Emily S., et les policiers se sont rencontrés dans un pub irlandais, face au siège de la police judiciaire.

Bière, whisky : l'alcool a coulé à flots et l'ambiance était au flirt. Peu après minuit, la Canadienne, très ivre, et des policiers de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention), un service d'élite, se sont rendus dans les locaux de la police judiciaire, pour une visite nocturne.

Elle y est allée en voiture avec Antoine Q., alors que Nicolas R. a préféré marcher.

« J'avais beaucoup bu, je me voyais mal rentrer à l'hôtel dans cet état et je pensais qu'en allant dans un commissariat, je me sentirais plus en sécurité », a expliqué aux enquêteurs Emily S., mettant en avant que son père était lui-même policier au Canada.

Mais sur l'heure et demie passée dans les locaux de la police, les versions divergent totalement. La Canadienne, aujourd'hui âgée de 39 ans, est ressortie vers 2 h, sans ses collants, en larmes et en état de choc.

« Quatre policiers m'ont violée avec condoms », a-t-elle raconté, dans ses premières déclarations aux enquêteurs, le 23 avril au matin. Elle a décrit fellations et pénétrations vaginales forcées. Elle parlera ensuite d'au moins trois violeurs.

Les accusés, Nicolas R., 49 ans, et Antoine Q., 40 ans, nient farouchement l'avoir violée. Le premier parle d'une fellation consentie, sans éjaculation.

Après avoir démenti tout rapport sexuel, le second a reconnu tardivement des caresses sexuelles dans la voiture, avec une pénétration digitale.

Difficile de déceler la vérité

L'examen médico-judiciaire a révélé notamment une lésion gynécologique traumatique sur le sexe d'Emily S. Les empreintes génétiques des deux accusés ont été retrouvées sur son string.

Un troisième ADN se trouvait sur le sous-vêtement. Malgré une opération de prélèvement sur plus de 100 fonctionnaires de la Police judiciaire, cet ADN n'a pu être identifié. Deux caleçons d'Antoine Q. portent l'ADN d'Emily S. mélangé à son sperme.

Sur les téléphones des policiers, SMS et vidéos ont été effacés. Un message compromettant, envoyé par Nicolas R. a été retrouvé sur le portable d'un collègue : « Ça est une touseuse [partouzeuse, NDLR], dépêche ».

Les experts sont partagés sur la personnalité de la victime présumée. Certains ont posé « une forte réserve » sur la possibilité de s'appuyer sur son seul témoignage. L'expertise toxicologique a révélé qu'Emily S. avait pris antidépresseurs et opiacés, et consommé du cannabis. Pendant l'enquête, elle a été présentée comme « extravertie », « joviale », « libérée ».

En 2016, les juges d'instruction avaient prononcé un non-lieu pour les deux policiers. « Les mensonges des mis en cause s'expliquent plus simplement que les incohérences dans le discours de Madame S. », jugeaient les magistrates.

Mais après un appel du parquet et de la partie civile, les policiers ont finalement été renvoyés aux assises. Les deux parties s'accusent mutuellement d'avoir multiplié les versions et de mentir.

Sophie Obadia, l'avocate d'Emily S. envisage de demander un huis clos, peut-être partiel. « C'est une épreuve pour elle, cinq ans après les faits. Les confrontations [en 2015] ont amplifié son traumatisme », a-t-elle expliqué.

« Mon client est combatif et impatient que son innocence soit reconnue », a déclaré l'avocat de Nicolas R., Sébastien Schapira.

Les accusés, qui comparaîtront libres sous contrôle judiciaire, encourent 20 ans de réclusion criminelle.

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