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analyse

Trump et l’état d’urgence : y a-t-il vraiment urgence?

Le président américain Donald Trump parle aux Américains depuis le bureau ovale.
Le président américain Donald Trump, dans le bureau ovale, s'adresse aux Américains. Photo: The Associated Press / Carlos Barria
Christian Latreille

Le président Trump pourrait déclarer l'état d'urgence aux États-Unis afin de forcer la construction de son mur à la frontière avec le Mexique. Cette option semble, à ses yeux, une des seules solutions pour venir à bout de la crise. Le gouvernement américain est partiellement paralysé depuis 22 jours. Un record, depuis 1995!

C’est l’impasse, voire la guerre, entre la Maison-Blanche et les démocrates. Ces derniers refusent d’octroyer à Donald Trump les 5,7 milliards de dollars nécessaires à la construction d’une partie de la barrière de métal (c’est le nouveau modèle de mur que favorise Trump), dont le coût total est évalué à plus de 20 milliards.

Le président laisse entendre qu'il n'a plus vraiment le choix de recourir aux grands moyens dans le but de respecter sa promesse de campagne en 2016.

L'instauration de l’état d’urgence est un immense pouvoir que détient le président des États-Unis. Cela lui permet d’intervenir en cas de crise ou de menace qui requiert une réponse immédiate. Mais est-ce qu’il y a une crise en ce moment à la frontière sud des États-Unis? Les républicains répondent oui et les démocrates pensent que non.

Le Washington Post affirme que la situation à la frontière est un défi logistique énorme. Les lois sur l’immigration, ajoute le quotidien, ne répondent plus aux besoins humanitaires et sécuritaires.

Mais la situation est loin de représenter une menace pour le pays et de nécessiter la mise en place de mesures d’urgence, conclut le Post. De plus, le nombre d’arrestations aux postes frontaliers, situés dans le sud, a chuté des deux tiers depuis la présidence de George W. Bush, dans les années 2000.

Le président dit au contraire que de la drogue, des armes et des criminels traversent illégalement la frontière à un rythme inquiétant et sans précédent. En juin dernier, Donald Trump déclarait que 63 000 personnes avaient été tuées par des clandestins depuis 2001. Un chiffre difficilement vérifiable, selon le site de vérification des faits Politifact.

Le chef de la Maison-Blanche semble vouloir agir pour calmer ses partisans qui attendent ce mur depuis trop longtemps. Sans compter que les commentateurs de la droite américaine, comme Ann Coulter, Laura Ingraham et Rush Limbaugh, s’impatientent et propagent la rumeur que le fameux mur ne pourrait jamais voir le jour. Une hérésie chez les « trumpistes ».

De possibles pouvoirs élargis qui inquiètent

Le recours aux mesures d’urgence conférerait à Trump quelque 136 pouvoirs différents, qu’il pourrait exercer en tout temps. L'idée que le président dispose d'autant de prérogatives suscite de l'inquiétude aux États-Unis.

Il aurait, entre autres, le droit de saisir des propriétés et des comptes de banque, d’adopter la loi martiale, de restreindre les déplacements, d’intercepter les communications ou encore le droit de prendre le contrôle d’Internet. La publication The Atlantic soulève que cette concentration de pouvoirs entre les mains du président qui a encensé autant de dictateurs pourrait devenir un arsenal dangereux.

Seulement, dans le cas qui nous préoccupe, l’attribution de sommes d’argent (5,7 milliards) au département de la Défense, comme Donald Trump le souhaite pour financer la construction du mur, est une prérogative du Congrès. Jamais dans l’histoire des États-Unis un président n'a invoqué des mesures d’urgence pour pouvoir utiliser de l’argent que le Congrès lui refusait. En tout état de cause, si le locataire de la Maison-Blanche s'entêtait à imposer son choix, il devrait composer avec des contestations judiciaires.

Vendredi après-midi, le président Trump a répété qu’il n’était pas encore prêt à utiliser des moyens extrêmes pour arriver à ses fins. Mais jusqu’à quand Donald Trump aura-t-il la patience d’attendre?

Les coûts politiques de ne pas construire le mur sont élevés et le prix de l’imposer par la force l’est aussi. Le maître de la négociation, que se dit être l’actuel président, a tout un cas de figure devant lui. L’art de négocier cette sortie de crise sera déterminant pour la suite de sa présidence.

Christian Latreille est correspondant de Radio-Canada à Washington

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