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Une présumée victime de violence conjugale peine à obtenir de l'aide

Nikki Shecapio pose devant la caméra.

Nikki Shecapio déplore le manque de soutien et de protection à son endroit lorsqu'elle a choisi de quitter son ex-conjoint.

Photo : Nikki Shecapio

Mélissa Paradis

Une Crie de Mistissini a dû attendre un mois avant d'être protégée contre un ex-conjoint présumé violent. Après une rupture difficile, Nikki Shecapio a voulu porter plainte au service de police de sa communauté, sans succès.

La femme de 22 ans était enceinte de sept mois lorsqu'elle a décidé de quitter le père de ses deux enfants au début du mois d'août. Craignant pour sa sécurité, elle dit avoir tenté de porter plainte contre son ex-conjoint au Service de police Eeyou Eenou à plusieurs reprises. Celui-ci a refusé de prendre sa déposition et l'a plutôt invitée à se tourner vers les tribunaux pour demander un mandat de paix devant interdire à son ex-conjoint de l'approcher.

Je dirais que 80 % des femmes de la communauté font face à la violence conjugale, explique-t-elle. C'est partout. C'est fou, ajoute celle qui s'exprime en anglais.

Un processus judiciaire complexe

Au palais de justice de Chibougamau, Nikki Shecapio n'a eu droit ni à l'aide juridique ni au support d'un employé du greffe pour remplir sa requête. Son avocate, Marie-Ève Barthowiak, qui ne pratique que le droit de la famille, a tenté de l'aider. C'est finalement l'intervention d'un policier de la Sûreté du Québec qui met fin à l'impasse.

Nikki Shecapio porte finalement plainte à la police de Mistissini fin août, soit un mois après avoir entamé ses démarches. Son ex-conjoint est arrêté le 30 août, puis relâché sous différentes conditions. Il est aujourd'hui accusé d'agression armée ou d'infliction de lésions corporelles.

C'est épeurant pour les femmes qui se retrouvent dans la même situation que moi. Elles ont besoin de quelqu'un. Elle ont besoin d'aide immédiatement. C'est ce qu'ils [ policiers ] auraient dû faire. Le département de la justice aussi.

Nikki Shecapio, présumée victime de violence conjugale [traduction libre]

La situation a de quoi révolter Me Barthowiak, qui ne comprend pas pourquoi seuls les accusés peuvent être représentés par un avocat de l'aide juridique. Dans le cadre de ses démarches, elle apprend aussi que le greffe ne peut donner de conseils juridiques. Elle peine à croire que sa cliente n'ait pu obtenir l'aide dont elle avait besoin dans un moment critique.

Marie-Ève Barthowiak porte la toge.

Me Marie-Ève Barthowiak aurait souhaité un meilleur soutien pour sa cliente.

Photo : Jean Girard, avocat

On dit à quelqu'un : "Arrange-toi pour faire ta preuve devant un juge et contre un avocat qui va être là en défense", explique-t-elle. Une procédure généralement plus longue que celle qu'exécute un agent de la paix.

Dans un courriel, le ministère de la Justice confirme que l'aide juridique n'est accessible qu'aux accusés et qu'un employé du greffe a le devoir d'informer, de vulgariser et d'expliquer la démarche à suivre [...], [mais qu'il] n'est pas autorisé à donner des conseils juridiques puisque cet acte est réservé aux avocats.

Une question de proximité?

Selon la présumée victime et Me Barthowiak, la police pourrait avoir refusé de l'aider parce que certains membres de la famille de l'accusé oeuvrent au sein du corps policier. Le capitaine Shawn Coonishish n'a pa voulu commenter ce dossier pour des raisons de confidentialité, mais il assure que ses agents ne refusent généralement aucune plainte pour violence conjugale.

Selon Josiane Loiselle-Boudreau, coordonnatrice à la justice et la sécurité publique de l'organisme Femmes autochtones du Québec, la proximité des membres d'une même communauté peut être un obstacle à la dénonciation des femmes. Elle rappelle qu'au Canada les Autochtones sont également plus à risque d'être victimes de violence conjugale que les non-Autochtones. Femmes autochtones du Québec propose l'échange de policiers entre communautés. Ça pourrait pallier les problématiques liées à la proximité dans les petits milieux, explique Josiane Loiselle-Boudreau.

Pour Roxanne Bradette, intervenante à l'Auberge de l'amitié de Roberval, un organisme d'aide aux victimes de violence, le cas de Nikki Shecapio envoie un mauvais message aux femmes qui sont encore peu nombreuses à dénoncer leur agresseur. Des situations comme celles-là, ça peut décourager les femmes à s'embarquer dans le processus judiciaire, déplore-t-elle.

Saguenay–Lac-St-Jean

Autochtones