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Le quotidien particulier des résidents de l'Angle nord-ouest

Une pancarte qui indique l'entrée d'un complexe hôtelier.
La pourvoirie Jake's of Northwest Angle accueille les touristes toute l'année à cet endroit réputé pour la pêche. Photo: Radio-Canada / Lizaville Sale
Radio-Canada

Une erreur d'arpentage est à l'origine de l'Angle nord-ouest, cette parcelle isolée de l'Amérique rurale dédiée aux activités de plein air. Une récente pétition a de nouveau attiré l'attention sur cet orphelin de la frontière américaine dont les résidents semblent très bien s'accommoder de leur isolement géographique.

Paul et Karen Colson s'amusent de la récente pétition selon laquelle ce petit morceau du Minnesota, enclavé entre le Manitoba et l’Ontario, devrait être remis au Canada. La pétition en ligne a été lancée sur un site web du gouvernement américain à la fin du mois dernier par une personne qui s’est identifiée uniquement comme " C.C. ".

L'Angle du nord-ouest n'a pas de sens, car il ne devrait pas en avoir.

Les arpenteurs qui ont défini les frontières entre les États-Unis et ce qui était alors l'Amérique du Nord britannique ont stipulé que la ligne de division s'étendrait de la pointe nord-ouest du lac des Bois à l'ouest du fleuve Mississippi. Le problème est que la rivière ne coule pas vers l'ouest, mais vers le sud-est, et l'erreur n'a jamais été corrigée.

Une carte qui montre un territoire à l’intersection de l’Ontario, du Manitoba et du Minnesota.L’Angle nord-ouest du Minnesota, un tout petit territoire américain, situé à l’intersection de l’Ontario, du Manitoba et du Minnesota. Photo : Google Maps

La curiosité que ce lopin de terre coincé entre le Lac-des-Bois et le Canada ne dérange pas les Colson, qui y accueillent les pêcheurs dans leur pourvoirie toute l'année. Cette curiosité génère du tourisme et des affaires.

Mais visiter cette soi-disant " cheminée du Minnesota " est un exercice fastidieux. Par voie terrestre, les visiteurs ne rencontrent pas un seul agent frontalier.

Un poste de douane sans personnel à la frontière américano-canadienne.Une simple cabane sans personnel sert de frontière à l'Angle du nord-ouest. Un iPad est à installé à l'intérieur de l'abri chauffé pour les personnes qui demandent à entrer aux États-Unis. Les personnes qui tentent de passer au Canada utilisent un téléphone à l'extérieur. Photo : Radio-Canada / Lyzaville sale

Au lieu de cela, ils trouvent une cabane chauffée où trône un iPad, qui refuse de s'allumer lorsque la température est glaciale.

L'alternative consiste à appeler les autorités frontalières ou à utiliser une application mobile disponible sur son téléphone, ce qui n’est d'aucune utilité pour les visiteurs disposant d'un service de téléphonie cellulaire de piètre qualité.

Heureusement, il y a des endroits en ville, y compris quelques commerces, où des iPad fonctionnent et où le franchissement de la frontière est autorisé, dont le complexe hôtelier Jake's of Northwest Angle, qui appartient aux Colson.

Un écran d'Ipad.Les visiteurs qui tentent d’entrer aux États-Unis par l'Angle nord-ouest peuvent utiliser un iPad pour entrer leurs informations personnelles et faire vérifier leur arrivée par un représentant de la douane américaine. Photo : Radio-Canada

La demeure familiale des Colson est un sanctuaire consacré à une vie passée à l'extérieur. Aux murs sont accrochées des photos du gibier que leurs trois fils ont chassé, on y trouve aussi des bois de cerf, ainsi qu'un lynx et un orignal empaillés surplombant le salon.

Vivre dans l'angle, c'est aussi un sacrifice.

« Nous sommes tellement loin du reste des États-Unis que nous n'avons rien de ce que les gens prennent normalement pour acquis », observe Paul Colson.

« Pouvez-vous imaginer avoir à dire aux gens d'avoir un passeport pour souper chez vous? »

Leurs enfants, maintenant de jeunes adultes, sont partis étudier à Warroad, au Minnesota. Ils partent vers six heures du matin et prennent le bus. Il est hors de question pour eux d'y rester pour participer à des activités sportives.

« Ça n'a pas d'importance s'ils le voulaient, c'est notre réalité géographique. Vous devez accepter le fait que la vie est comme ça », résume sa femme, Karen.

Un homme et une femme assis dans leur salon montre une carte.Paul et Karen Colson possèdent le chalet de pêche, Jake's of Northwest Angle, dans lequel ils accueillent les touristes toute l'année. Photo : Radio-Canada

Au total, neuf enfants sont scolarisés dans la minuscule école d'une seule classe de la communauté, située à Inglet. Elle y accueille les élèves de la garderie à la sixième année. Il s'agit de la plus petite école du Minnesota. À partir de la 7e, les élèves doivent aller à Warroad.

« Ils doivent traverser la frontière quatre fois par jour, deux fois dans chaque direction, ce qui prend plusieurs heures dans la journée. », explique Peter Haapala, le surintendant du district scolaire de Warroad.

Comme tous les habitants de cette petite communauté de 1700 habitants, il a entendu parler de la pétition demandant que l'« Angle » soit rattaché au Canada.

Nous sommes fiers d'avoir la seule école à classe unique du Minnesota. Nous l'aimons bien et nous ne voulons pas la perdre.

Peter Haapala, surintendant du district scolaire de Warroad au Minnesota

Une étroite collaboration

Les échanges entre l'Angle nord-ouest et la petite communauté de Warroad sont constants. Outre la nourriture, le matériel pour construire les maisons, les pièces pour les voitures, les bateaux et les artisans qui viennent régulièrement faire des travaux dans l'Angle du nord-ouest arrivent de Warroad.

Selon Peter Haapala, la pétition est pourtant loin d'occuper les discussions dans le village. « Les gens en parlent comme d'une blague », indique-t-il, avant d'ajouter : « je suis curieux de savoir qui a signé cette pétition ».

Le professeur titulaire au département de géographie de l'université Laval, Frédéric Lasserre, se dit sceptique quant à l'issue de cette pétition.

« À ma connaissance, il n'y a jamais eu de discussion où on a sérieusement envisagé entre Ottawa et Washington de modifier la frontière. Au contraire, jusqu'à présent, ce qui a prévalu, c'est que l'on a constaté qu'il y a eu des erreurs dans la démarcation de la frontière, mais ensuite on a décidé qu'on allait vivre avec ces erreurs », résume-t-il.

« Ça m'étonnerait que les Américains envisagent de corriger cette erreur. »

Pour l'instant, le document a réuni plus de 5000 signatures. Pour être considérée par l'administration de la Maison-Blanche, la pétition doit réunir 100 000 signatures avant le 29 janvier 2019.

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