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analyse

Les risques calculés des assemblées citoyennes de Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau répond aux questions des gens venus le rencontrer lors d'une assemblée publique à l'Université de Regina, vendredi.
Le premier ministre Justin Trudeau répond aux questions des gens venus le rencontrer lors d'une assemblée publique à l'Université de Regina, vendredi. Photo: La Presse canadienne / Michael Bell
Fannie Olivier

Justin Trudeau a été solidement bousculé cette semaine par des citoyens qui lui ont dit sans détour – et souvent crié – leur façon de penser. Il poursuit malgré tout sa tournée d'assemblées publiques, qui le mènera aux quatre coins du pays. S'il risque fort d'essuyer à nouveau une pluie d'insultes, le premier ministre se soumet de plein gré à un tel exercice. Pour lui, le jeu en vaut la chandelle.

Dans la foulée de ses vacances controversées chez l'Aga Khan, Justin Trudeau cherchait, en janvier 2017, à casser son image de riche jet-setter qui se balade sur des îles privées et s'était prêté au jeu des assemblées citoyennes. Son objectif : entendre directement les préoccupations des gens et rester « connecté », affirmait-il à l’époque.

L'exercice a semblé lui plaire, puisque pour une troisième année de suite, il occupe une partie de son mois de janvier à s'inviter dans des gymnases et des centres communautaires bondés pour répondre aux questions souvent peu amicales des citoyens.

N'importe qui peut y aller. N'importe qui peut lever sa main pour poser une question. N'importe quoi peut être demandé. Justin Trudeau donne la parole à tour de rôle, sans sélectionner ceux qui pourraient sembler plus favorables à ses idées.

« Vous, là-bas, avec le t-shirt "j'aime les pipelines!" », a-t-il lancé ce jeudi à Regina, pointant du doigt un homme qui affichait clairement ses couleurs. Le citoyen l'a, sans surprise, critiqué pour son approche sur le transport du pétrole. Sans perdre son calme, Justin Trudeau lui a expliqué son point de vue, probablement sans réussir à le convaincre, toutefois.

Presque à chacun de ces « town hall », quelqu'un interrompt l'assemblée en criant des insultes, parfois plus ou moins cohérentes. À chaque fois, le premier ministre tente de le faire rasseoir en lui parlant fermement, mais poliment – et il réussit bien souvent à l'apaiser.

C'est sans doute pour ne pas se retrouver dans ces situations inconfortables qu'il n'est jamais passé dans l'esprit de son prédécesseur, Stephen Harper, de se soumettre à ce genre d'exercice. À l'époque du premier ministre conservateur, tout était filtré. Seuls les membres conservateurs, approuvés par le parti, avaient le droit de se trouver dans ces rassemblements.

L'équipe de Stephen Harper calculait certainement que les risques des séances de questions-réponses improvisées dépassaient les bénéfices politiques qu'il aurait pu en tirer.

Une question d'image... et de stratégie

Or, même s'ils font beaucoup de bruit, les individus qui invectivent le chef libéral dans ces assemblées sont assez inoffensifs pour son image. Le véritable risque, ce ne sont ni les questions agressives ni les insultes des participants. Le danger politique pour Justin Trudeau, ici, est la possibilité qu'il perde son calme.

C'est arrivé cet été. Dans un rassemblement près de Saint-Jean-sur-Richelieu, une femme lui a demandé à répétition quand il allait rembourser le Québec pour les frais liés à la hausse de demandeurs d'asile (qu'elle appelait « vos immigrants illégaux »). Sa réponse a été tranchante : « Cette intolérance par rapport aux immigrants n'a pas sa place ici [...]. Vous n'avez pas votre place ici. »

Dans certains cercles, on s'en souvient encore. Un électeur m'a dit qu'il avait alors mesuré toute l'arrogance du premier ministre. L'incident n'est pas survenu lors d'une assemblée citoyenne, et Justin Trudeau n'était visiblement pas sur ses gardes. Mais il a raté sa chance d'écouter les préoccupations des gens, ce qui est pourtant l'objectif de ces assemblées publiques.

Le premier ministre a peut-être tiré des leçons de cet épisode, parce qu'il a fait preuve d'un flegme et d'un calme hors du commun au cours de la dernière semaine.

N'importe qui se faisant interpeller de façon agressive devant des centaines de personnes – et des caméras de télévision – aurait envie de répliquer sur le même ton. Mais un premier ministre n'est pas, justement, n'importe qui. Il doit être le premier ministre de tous les Canadiens, y compris ceux qui ne pensent pas comme lui. Sans compter que s'il s'emporte, c'est ce qui fera la une des journaux.

Les premières séances de 2019 ont été particulièrement tendues. Mais ça ne décourage pas l'entourage de Justin Trudeau, qui continue d'y voir une façon d'écouter les gens, de cerner leurs préoccupations par régions... mais aussi de faire passer son message.

Justin Trudeau avait d’ailleurs un message tout préparé pour ses adversaires. « J'espère que plus de leaders politiques vont relever le défi de rencontrer les Canadiens, prendre leurs questions sans vernis et expliquer leur vision pour ce pays », a-t-il lancé, vendredi.

Une façon pour lui de rappeler que le chef conservateur Andrew Scheer ne s’est pas encore lancé à l’eau. Parce que même si le défi est lancé au nom de l’exercice démocratique, la stratégie partisane n’est sûrement pas bien loin.

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